X

La Dernière

Live Love Beirut, et l’aimer utilement

Beyrouth Insight

Tout a commencé avec un ruban en guise de bracelet, plein d'énergie positive, qui a fait le tour du monde. Cinq ans plus tard, ce « signe extérieur d'appartenance » s'est transformé en ONG pour « un Liban meilleur ». Par et pour les jeunes.

Carla Henoud | OLJ
04/01/2018

C'est un geste citoyen, qui se renouvelle une fois par mois avec des initiatives efficaces partout où le besoin se fait ressentir. Une ONG et entreprise sociale d'utilité publique qui donne la parole et, enfin, le pouvoir aux jeunes. Lorsque Live Love Beirut fut créée le 30 juin 2012, sous l'impulsion d'Édouard Bitar et de Youmna Chamcham. Ce slogan ressemblait à un cri d'amour teinté de désespoir. « Tout allait mal, raconte Youmna Chamcham. Nous avons d'abord pensé reproduire et distribuer le fameux bracelet brésilien "Senhor de Bonfim" supposé porter bonheur, pour donner une image positive du Liban. Et nous avons demandé aux personnes de photographier leur poignet partout où ils étaient dans le monde. Pour cette première campagne, nous leur avons demandé de partager le beau Liban sur #livelovebeirut et ne regarder que le positif à travers ce hashtag. C'est comme cela que le "Think Positive", malgré tout ce qui se passe, a commencé. Puis ils ont envoyé des photos des quatre coins du Liban. Nous en avons choisi les meilleures et les avons postées sur les réseaux sociaux. »

Ces images sont vite devenues un témoignage de leur attachement, du regard qu'ils portent sur la ville et le pays. Petit à petit, ce jeu devient plus sérieux, l'engagement plus important, stimulé par le (très grand) nombre de personnes intéressées. Les objectifs augmentent avec les besoins d'un pays totalement délaissé par ses responsables et défiguré par tant de laisser-faire et tant d'indifférence. Des milliers de volontaires vivant au Liban ou expatriés se lancent à leur tour et chacun selon ses possibilités dans l'aventure.

 

(Pour mémoire : Plongée sous-marine et recyclage pour sauver le Liban de ses déchets)

 

Rêver et agir
Édouard Bitar et Youmna Chamcham, très complémentaires, sont la tête et l'âme de cette belle initiative. Édouard, Eddy pour les amis, hyperactif, est le moteur de cet « engin », Youmna la rêveuse, « le volant », dit-elle. « Eddy est sur le terrain et je suis la voix, la rédactrice en chef de ce gros magazine collectif, avec une équipe de trois personnes, précise-t-elle. Je crée les campagnes, les visuels et les films sur les réseaux sociaux. Puis nous reprenons et partageons les histoires et les témoignages qu'on nous confie. » Eddy a toujours été sur le terrain, mais un terrain de loisirs, il gérait plusieurs sociétés et activités liées à l'écotourisme, le sport et autres événements pour enfants.

Youmna a grandi au cœur de Mini Studio, ses amis n'étaient autre que les personnages qu'elle imaginait et qu'elle soufflait à l'oreille de son oncle, le très inspiré Ghazi Feghali. « J'ai grandi à la télévision, indique-t-elle. C'était mon monde, ma maison. » Elle quitte le Liban et son enfance à 19 ans, et s'envole pour LA, la cité des anges, où elle s'inscrit à l'Art Center College of Design pour y apprendre le design digital. Un monde virtuel qui la fait également rêver. « L'idée de nous mettre sur les réseaux sociaux s'est vite imposée à nous, à travers Instagram et Facebook, souligne Youmna, pour être notre propre voix et celle des personnes qui n'en ont pas une. » Les photos du Liban suscitent un engouement collectif, même le ministère du Tourisme s'y associe. En 2014, suite à une campagne commune, une hausse de 21 % des touristes est enregistrée. Après avoir promu la beauté souvent cachée du pays, souvent gâchée aussi, Live Love Beirut décide d'agir. De lancer des campagnes d'éveil puis de propreté. Des campagnes ciblées, avec l'aide du secteur privé, comme L'Orient-Le Jour, partenaire depuis deux ans dans toutes les initiatives qui concernent l'environnement et la promotion d'un Liban positif, Sohat, qui a beaucoup aidé, des municipalités, des ONG, ou des organismes internationaux, tels que le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et enfin l'application mobile de Live Love Beirut, une carte touristique du Liban avec plus de 20 000 abonnés actifs en six mois, n'aurait pas pu voir le jour sans le soutien de LibanPost.

 

(Lire aussi : L'entrepreneuriat social, l'autre vivier de solutions)

 

« Le parcours de Live Love Beirut est très atypique, poursuit Édouard Bitar. Une sorte de parcours initiatique où un projet se redéfinit à travers les personnes engagées collectivement. Cette mission s'est développée pour devenir une plate-forme qui permet de rechercher des solutions, et aussi de créer un entrepreneuriat social. » Avec des Live Love Tours dans plus de 22 villages libanais, des Live Love Ambassadors, 300 à ce jour, qui représentent leur village et organisent des événements, trois festivals, et enfin le Live Love Volunteer Ground Action, l'ONG est présente partout, et surtout très active. Jamais à court d'idées, jamais en manque de cette rage positive qui donne des ailes, tous ces volontaires réussissent à donner de l'espoir et à changer les choses, même s'il reste tant à faire. Ainsi, après cinq ans de présence, les missions se précisent : le 14 octobre dernier, 117 plongeurs, menés par Maya Saad, une expatriée de passage au Liban, ont nettoyé huit côtes locales durant deux journées qui seront bientôt suivies par d'autres. Le 9 novembre, 5 000 arbres ont été plantés dans les forêts de Bécharré, en collaboration avec The Lebanese Reforestration Initiative. Le 19 novembre, 250 000 douilles, les restes de chasseurs insouciants et irrespectueux de l'environnement, ont été ramassées. Il y a quelques jours enfin, Live Love Recycle a été lancé. Une superbe initiative commune avec le World Food Program et Acted, qui se charge de récupérer sur demande des sacs-poubelle dans Beyrouth, afin de les recycler. Il suffit pour cela de s'inscrire sur liveloverecycle.com, de préparer son sac déjà organisé. À l'aide de 55 motos électriques et une main-d'œuvre importante, Live Love Recycle se chargera de les récupérer et de les recycler. Les trois premiers mois seront gratuits, en attendant de voir la demande et les possibilités à venir.

« Il y a de l'espoir au Liban, il faut juste le trouver, conclut Youmna Chamcham. Live Love Beirut est née d'un cri de désespoir. Aujourd'hui, nous sommes une communauté motivée. C'est notre force qui nous aide à continuer et affronter les difficultés. » Pour elle qui vit en dehors du Liban depuis longtemps, le cordon émotionnel n'est pas coupé et tout est possible, même de loin. « Pour ceux qui sont partis, c'est comme perdre sa maison, être conditionné, obligé de prendre une décision. Ça ne veut pas dire qu'on oublie... »

À la une

Retour à la page "La Dernière"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

L’édito de Ziyad MAKHOUL

Pays : Liban ; capitale : Téhéran

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué