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Idées

Un nouveau point d'équilibre au Moyen-Orient

Commentaire
29/12/2017

Nous vivons une époque de transition géopolitique. La tentative de la Chine visant à remplacer les États-Unis comme première puissance mondiale, ou au moins à devenir un partenaire dans le leadership mondial, suscite à juste titre une forte attention. Cependant, la dynamique qui définit l'évolution à long terme du Moyen-Orient évolue également : sur ce plan aussi, l'influence américaine risque bien de diminuer.
Il y a un peu plus d'un siècle, l'accord Sykes-Picot divisait le Moyen-Orient entre la France et la Grande-Bretagne et établissait des frontières nationales qui sont restées en place jusqu'à nos jours. Mais à présent, l'ordre régional est en train de changer.
Depuis la fondation d'Israël, le conflit israélo-arabe domine largement la géopolitique de la région. Israël a remporté la première guerre israélo-arabe en 1948 et toutes les guerres qui ont suivi (à l'exception de l'agression contre le Liban en 2006, Ndlr.). Mais la question de savoir si les Israéliens et les Palestiniens peuvent parvenir à un règlement acceptable et apporter ainsi la paix au Moyen-Orient reste une préoccupation cruciale pour les affaires internationales.

Rôle central
Les Israéliens et les Palestiniens se sont le plus approchés du succès de la paix entre la signature du premier accord d'Oslo le 13 septembre 1993 et l'assassinat du Premier ministre israélien d'alors, Yitzhak Rabin, le 4 novembre 1995. Il convient de rappeler que, dans les accords d'Oslo de 1993 et de 1995, le statut de Jérusalem n'a pas été résolu. Il a été largement admis qu'une question aussi délicate et complexe devrait être traitée à la fin du processus de paix.
Le conflit israélo-palestinien a perdu son rôle central dans la région après l'invasion de l'Irak par les États-Unis en 2003 et plus encore après le début du Printemps arabe à la fin de l'année 2010. Après 2011, la guerre civile syrienne et l'émergence de l'État islamique (EI) ont dominé le récit régional. Et à présent qu'une coalition internationale a privé l'EI de son « califat » en Syrie et en Irak, la lutte entre l'Iran et l'Arabie saoudite pour la domination régionale revient sur le devant de la scène. Jusqu'à présent, l'Iran et l'Arabie saoudite se sont affrontés principalement dans des guerres par procuration en Syrie et au Yémen. En outre, le soutien de chaque pays en faveur de factions rivales au Liban, ainsi que les tensions diplomatiques en cours entre le Qatar et l'Arabie saoudite, font également partie de leur lutte plus étendue. Dans ce contexte, le conflit israélo-palestinien non résolu semblait être reléguée au niveau d'une dispute marginale. Cela a bien été le cas jusqu'à ce que le gouvernement du président américain Donald Trump décide unilatéralement ce mois-ci de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël.
Le gouvernement israélien et la Knesset sont basés à Jérusalem-Ouest et les dignitaires étrangers y font régulièrement des visites officielles. Mais l'annexion unilatérale de Jérusalem après 1967 n'a jamais été reconnue internationalement et d'autres pays, notamment les États-Unis, ont maintenu leurs ambassades à Tel-Aviv, en sachant que le statut de Jérusalem est une question politique et religieuse tendue. En outre, tous les autres pays comprennent que peser d'un côté sur la question de Jérusalem nuirait aux perspectives d'une solution à deux États - dont l'idée remonte au Plan de partage des Nations Unies pour la Palestine de 1947 - parce que les Israéliens et les Palestiniens considèrent la ville comme leur capitale. En 1947, une solution à deux États n'était pas viable, parce que les États arabes ont réagi à la fondation d'Israël lui en faisant la guerre. Lorsque les Palestiniens ont enfin reconnu l'existence d'Israël en 1993, cette décision à elle seule a été considérée comme un grand pas en avant.


Trois options
Même si les diplomates parlent encore d'un processus de paix au Moyen-Orient, il n'y a pas eu de processus pour instaurer la paix depuis de nombreuses années. Une solution à deux États demeure la seule option envisageable pour satisfaire les deux camps, mais elle devient de moins en moins crédible avec le temps et avec l'expansion continue des colonies israéliennes en Cisjordanie. À présent, la reconnaissance par les États-Unis de Jérusalem comme capitale d'Israël pourrait signifier la fin de la solution à deux États une fois pour toutes.
Mais l'autre possibilité, un arrangement binational, confronterait Israël à un dilemme : rester démocratique ou juif, mais pas les deux. Avec une solution à deux États exclue des négociations, ce n'est plus qu'une question de temps avant que les Palestiniens, qui ont abandonné la lutte pour leur propre État, n'exigent plutôt des droits civils égaux.
Il existe une troisième option, du moins en théorie : un État palestinien pourrait être créé à Gaza, étendu au nord du Sinaï et placé sous le contrôle de facto de l'Égypte, alors que la Cisjordanie pourrait être divisée entre Israël et la Jordanie. Mais les Palestiniens n'accepteront jamais ce résultat et cela ne résoudra pas le problème de la transformation d'Israël en un État binational.
On se demande pourquoi Trump a décidé d'agir maintenant sur la question de Jérusalem. Cela résulte-t-il de son irrationalisme habituel ou de la politique nationale ? Ou envisage-t-il une nouvelle solution territoriale qui transcende les paramètres traditionnels du conflit israélo-palestinien ? Il convient de noter que la démarche unilatérale de Trump n'a suscité qu'une réponse modérée de la part des grandes puissances arabes : l'Arabie saoudite, l'Égypte et la Jordanie. Pour les Saoudiens, contrer l'Iran est la première priorité. Et parce que l'Arabie Saoudite est trop faible pour remporter cette lutte par elle-même - en particulier au Liban et en Syrie - elle continuera de renforcer ses liens avec les autres rivaux iraniens, en particulier avec la superpuissance militaire de la région : Israël.
L'alliance émergente entre l'Arabie saoudite et Israël, autrefois inimaginable, risque bien de devenir l'une des forces motrices du nouveau Moyen-Orient. Seul le temps nous dira quel sera le prix d'une telle alliance anti-iranienne.

© Project Syndicate, 2017.

Joschka Fischer a été ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier de la République fédérale d'Allemagne de 1998 à 2005. Il est conseiller stratégique senior au sein du cabinet Albright Stonebridge.

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