L'impression de Fifi ABOU DIB

Les voilà !

IMPRESSION
21/12/2017

Y a-t-il au monde plus merveilleux que voir apparaître ceux qu'on attend depuis longtemps? « Attend » et « longtemps » sont deux mots qui riment de toute éternité, aussi vrai que l'attente est cette douleur exquise qui élonge et étire les minutes en heures, les heures en jours, les jours en mois. L'attente fait partie de notre identité, ce qui ne nous a jamais rendus plus patients. À l'évidence, le folklore libanais est truffé de dabkés et de chansons qui célèbrent l'arrivée des absents dans la liesse. La cuisine libanaise et le concept même du mezzé semblent avoir été inventés pour permettre à ces derniers de retrouver par petites bouchées – et en un seul repas ! – toutes les saveurs qui leur ont manqué. Notre petit pays a toujours vécu au rythme des flux et reflux migratoires, marées d'équinoxes qui laissent sur les murs des portraits jaunis, dans les cœurs comme une meurtrissure et dans les regards un espoir délavé. Jusqu'au début de ce siècle, les départs étaient de douloureux arrachements motivés par la faim, la guerre, la nécessité ou la rage. Depuis quelques années, le monde a rétréci et le voyage n'est plus un tel événement. Aussi loin que l'on parte, le plus souvent par ambition, pour de meilleures études, un meilleur travail, on revient plutôt vite, et même de temps en temps. Pour les fêtes de fin d'année, par exemple. D'où l'effervescence et l'agitation particulières que nous vivons en ce moment.

Inventaire, en vrac : sous le sapin, un pull pour toutes les fois où il aura oublié sa petite laine; les souliers de ses premiers pas ; une boîte de confiseries pour toutes les fois où, enfant, on lui a interdit les bonbons; une poupée qu'il a achetée au bazar de Noël de l'école pour apprendre l'usage de l'argent ; objets de quelque valeur, objets de quelque sentiment ; objets de quelque souvenir ; objets culturels ; objets de nécessité; nécessaires futilités. À la cuisine, de quoi tenir un siège bien au-delà des jours où il sera là, marqués 1 à 15 sur le frigo : J1, mloukhiyé. J2, arnabiyé. J3, siadiyé. J4, labniyé, ainsi de suite. Dans chaque recoin du salon, c'est la fête au glucose, débauche de chocolat et de marrons glacés. Une Byzance de pacotille se déploie, rouge et or, entre guirlandes hirsutes et personnages insolites. Bon, on a fait ce qu'on a pu, on a mis ce qu'on a trouvé, on a trouvé joli et on en a rajouté ? C'est trop ? Ce n'est jamais assez. Ils arrivent ! Ce cri nous rappelle forcément une chanson. Une chanson ancestrale. On fait comme on a toujours fait.

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Neuschwander Joël

Mes plus chaleureuses pensées surfent sur les vagues de la Méditerranée. Vers vous Fifi, vers l'équipe de l'Orientle Jour, vers le Liban. Que cette fin d'année soit douce et paisible, souriante et joyeuse comme cette dabké que je n'ai jamais vraiment bien dansée. A l'année prochaine!

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