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Liban

La déclaration du GIS, un garde-fou qui a permis d’éviter le pire

Focus
14/12/2017

Au Liban, comme dans certains milieux diplomatiques européens que la France s'est attelée à rassurer, le scepticisme était de mise récemment quant à la possibilité, pour Beyrouth, d'honorer la politique de distanciation des conflits régionaux, à laquelle le gouvernement s'est solennellement engagé au cours de sa réunion du 5 décembre.


La tournée effectuée par Kaïs el-Khazaali, chef de la puissante milice irakienne, Assaïb Ahl el-Haq, proche du Hezbollah, au Liban-Sud, au mépris des procédures et des lois libanaises, a constitué, indépendamment du timing de la diffusion de la vidéo le montrant en treillis à la Porte de Fatima (au lendemain de la réunion du Groupe international de soutien au Liban – GIS, vendredi dernier), un premier test pour le gouvernement qui s'est empressé d'ouvrir une enquête, sous l'impulsion du Premier ministre, Saad Hariri. L'histoire ne dit pas si l'enquête va aboutir ou si ses résultats seront annoncés, mais le fait est que le Liban officiel a réussi ce premier test, au regard de la communauté internationale qui a promis de suivre de près l'application par le gouvernement de la politique de distanciation.

 

(Pour mémoire : Pour Beyrouth, Macron a donné un nouvel élan aux relations franco-libanaises)


Que ce soit pour la France, principal artisan du règlement de l'affaire Hariri et de la réunion du GIS, ou pour les États-Unis, toujours déterminés à dessécher les sources de financement du Hezbollah, à travers des sanctions qui risquent fort d'affecter l'économie libanaise, le Liban n'a d'autre choix que de se conformer à cette politique s'il compte préserver l'appui international à sa stabilité politique et économique, confirmé durant la réunion du GIS et qui devrait se traduire par la tenue de trois autres assises internationales de soutien, durant le premier trimestre de l'an prochain : la conférence de Rome qui sera consacrée à l'appui à l'armée ; celle portant sur les réfugiés, prévue à Bruxelles ; et, enfin, la réunion économique de Paris IV à laquelle les Français souhaitent donner un autre nom.


Le chef du gouvernement n'arrête pas de rappeler à quel point le gouvernement est sérieux dans sa volonté d'appliquer la politique de distanciation et s'en porte d'ailleurs lui-même garant. Mais, dans le même temps, il relève, comme il l'a fait hier durant la conférence-débat annuelle du Carnegie Middle East Center, les limites libanaises d'un règlement du dossier des armes du Hezbollah, dans ce qui peut être considéré comme une allusion à l'appel du GIS à une application de la résolution 1559 (2004) du Conseil de sécurité sur le désarmement des milices, en plus de la 1701 (2006). Mais ses propos, selon lesquels « la question du Hezbollah dépasse le cadre du Liban puisqu'il s'agit d'une question régionale et d'un problème qui n'est pas seulement celui du Liban mais aussi de la communauté internationale », renvoient aussi au communiqué du GIS et aux discours des présidents français, Emmanuel Macron, et du secrétaire d'État américain, Rex Tillerson, qui ont pointé du doigt la responsabilité de l'Iran et de l'Arabie saoudite dans les bouleversements qui se sont produits au Liban et qui se produisent dans la région.

 

(Lire aussi : Un vaste soutien international au Liban, mais sous condition)


Il reste que c'est à Beyrouth d'honorer, pour l'heure, sa part de contrat, quitte à laisser la diplomatie internationale s'occuper du bras de fer irano-saoudien et neutraliser éventuellement ses effets sur le pays. Si la réunion du GIS a proposé, à travers sa déclaration conjointe, une feuille de route de nature à aider le Liban à se prémunir contre les ingérences étrangères dans ses affaires, elle a surtout permis au pays d'échapper à une internationalisation de la crise qui aurait pu avoir des conséquences encore plus graves que la crise elle-même. À ce sujet, de sources européennes on indique que l'intervention rapide de la France a barré la voie à une éventuelle intercession du Conseil de sécurité, surtout qu'à un moment donné, le président Aoun avait menacé de le saisir de l'affaire Hariri. Une intervention du Conseil de sécurité, dans le contexte régional actuel qu'on connaît, aurait ouvert la boîte de Pandore. Le Liban aurait été exposé à des pressions plus accrues pour obtenir le désarmement du Hezbollah ou bien il aurait vu sa crise se prolonger, avec les conséquences auxquelles on pouvait s'attendre dans ce cas, du fait de tiraillements russo-américains au sein du Conseil de sécurité, autour de son dossier. Il serait intéressant dans ce contexte de rappeler que la Chambre des représentants aux États-Unis avait adopté en octobre dernier une résolution appelant la Maison-Blanche à presser le Conseil de sécurité à « imposer des sanctions internationales contre le Hezbollah en raison de son utilisation de civils en tant que boucliers humains », notamment en Syrie. Aujourd'hui, le Conseil de sécurité est sur le point d'avaliser la déclaration conjointe du GIS.

 

(Pour mémoire : Une concrétisation de la volonté de Macron d’aller jusqu’au bout de son engagement)


De mêmes sources, on rappelle que l'intervention française a au final permis de recadrer le problème, surtout que ce document – qui reste avant tout un texte de soutien au Liban – réaffirme tous les principes de base qui avaient besoin d'être affirmés, dont l'application de la 1559. Nul ne se fait d'illusions quant à la mise en œuvre de cette résolution dans le contexte actuel, mais, de l'avis des mêmes sources, le processus mis en place par ces assises, notamment la conférence de Rome, devrait à terme permettre au Liban à travers ses forces armées et de sécurité d'étendre son autorité sur tout le territoire national.


Un processus auquel la France reste fortement engagée et qui devrait être associé à une activité diplomatique pour assainir les relations libano-saoudiennes, auxquelles Saad Hariri reste attaché, selon les mêmes sources qui rappellent que le président Macron est attendu en 2018 au Liban (dans le cadre d'une tournée qui doit également le mener en Jordanie, en Israël et dans les territoires palestiniens) où il doit signer une feuille de route de la francophonie, qui se rapporte à divers domaines de la coopération libano-française. L'importance de cette visite réside surtout dans le fait que le chef de l'État souhaite lui donner une impulsion semblable à celle qui caractérisait les rapports du président Chirac avec le Liban.

 

 

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