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Moyen Orient et Monde

La mort de Saleh ouvre un nouveau chapitre dans la guerre

Yémen

L'Arabie saoudite devrait intensifier ses bombardements sur les positions des houthis à Sanaa, estiment de nombreux observateurs.

Julie KEBBI | OLJ
05/12/2017

C'est tout un pan de l'histoire yéménite qui a pris fin hier alors que la guerre ravage le pays et sa population depuis trois ans déjà. L'ancien président yéménite Ali Abdallah Saleh a été tué hier au sud de la capitale Sanaa, où ses partisans affrontent depuis cinq jours les miliciens houthis, leurs anciens alliés.

« Le ministère de l'Intérieur proclame la fin de la milice de la trahison et la mort de son chef (Ali Abdallah Saleh) et d'un certain nombre de ses éléments criminels », a-t-il été annoncé en milieu de journée sur al-Massirah, la chaîne de télévision des houthis. Le chef des houthis, Abdel Malik al-Houthi, a pour sa part salué « ce grand jour, exceptionnel et historique, qui a vu la défaite du complot et de la trahison, en ce jour de deuil pour les forces de l'agression ». Ali Abdallah Saleh, qui a dirigé le Yémen pendant 33 ans, s'était dit prêt samedi à « tourner la page » de ses relations conflictuelles avec l'Arabie saoudite, ce que les houthis ont considéré comme une trahison.

Les images non authentifiées d'un corps inanimé ressemblant fortement à celui de M. Saleh ont rapidement circulé hier sur les réseaux sociaux, rappelant celles de Mouammar Kadhafi en Libye en 2011. Le décès de l'ancien président a été confirmé plus tard à l'AFP par Faïka al-Sayyed, une dirigeante du parti de M. Saleh, le Congrès populaire général. « Il est tombé en martyr en défendant la République », a-t-elle déclaré en attribuant sa mort aux rebelles. Selon la chaîne de télévision saoudienne al-Arabiya, les houthis auraient par ailleurs tué plus de 200 partisans de Ali Abdallah Saleh hier à Sanaa.

La mort de l'ancien président yéménite intervient dans un contexte de plus en plus agité au Yémen alors que ces derniers jours ont été marqués par des rebondissements en série, entre l'interception par les forces saoudiennes de missiles tirés par les houthis, et le nouvel agencement des alliances sur le terrain. M. Saleh avait ainsi notamment annoncé samedi dernier être prêt au dialogue avec Riyad. « J'appelle nos frères dans les pays voisins (...) à arrêter leur agression et à lever le blocus (...) et nous tournerons la page », avait-il déclaré à la télévision. Les rebelles houthis, soutenus par l'Iran, avaient alors dénoncé « un coup de force contre (leur) alliance et (leur) partenariat (...) qui révèle l'imposture de ceux qui affirment lutter contre l'agression » saoudienne. Le dirigeant des houthis était allé jusqu'à dénoncer « une grande trahison » de la part de M. Saleh qui, selon lui, formait « un seul front » avec la coalition menée par les Saoudiens.

 

(Lire aussi : Saleh, ou l’art de danser avec les serpents)

 

Les houthis « se tirent une balle dans le pied »
La mort de l'ex-président Saleh, suite à son retournement d'alliance, représente un renversement inattendu pour l'Arabie saoudite qui voyait en lui un élément-clé pour sortir du bourbier yéménite, véritable gouffre financier et désastre humanitaire sans précédent. « La frange la plus radicale des houthis remporte la première manche », estime ainsi François Frison-Roche, chercheur au CNRS et ancien directeur du projet « Aide à la transition démocratique au Yémen » au sein de l'ambassade de France de 2012 à 2014 à Sanaa. Mais les rebelles semblent s'être « tirés une balle dans le pied puisqu'ils vont devoir désormais lutter contre les bombardements saoudiens, les forces de l'actuel président yéménite Abed Rabbo Mansour Hadi et celles des forces loyalistes de M. Saleh », nuance-t-il, interrogé par L'Orient-Le Jour.

Car les houthis, déjà fortement affaiblis, ont perdu l'aide et le savoir-faire militaire précieux des forces loyales à l'ancien président yéménite. « Les houthis se sont aguerris sur le terrain, mais le lancement de missiles réclame une certaine technicité sur le plan des compétences militaires dont les pro-Saleh disposent et pas les rebelles », affirme pour sa part une source bien informée, interrogée par L'Orient-Le Jour.

Selon plusieurs observateurs, Riyad devrait désormais intensifier ses attaques aériennes sur la capitale yéménite pour la reprendre des mains des houthis. Le président Hadi a d'ailleurs ordonné hier à ses troupes de reprendre Sanaa, selon un membre de son entourage cité par l'AFP. Abed Rabbo Mansour Hadi aurait exigé auprès de son vice-président, Ali Mohsen al-Ahmar, « d'activer la marche vers la capitale » sur le front est dans le cadre d'une opération baptisée « Sanaa l'arabe », la ville étant considérée comme étant sous l'emprise iranienne. Les forces loyalistes pourraient en outre bénéficier d'un soutien de taille : hier soir, al-Arabiya indiquait en effet que nombre de partisans de Saleh avaient rejoint les troupes loyalistes. Les forces pro-Saleh bénéficient également du soutien des tribus de Khawlane qui contrôlent l'est de Sanaa. La télévision saoudienne al-Ekhbariya a par ailleurs rapporté un peu plus tard que la coalition menée par le royaume wahhabite avait demandé aux civils de la capitale de rester à « plus de 500 mètres » des zones aux mains des rebelles.

 

(Lire aussi : Saleh-houthis : les raisons d’un divorce)

 

Négociation prochaine ?
Dans ce conteste, « il va certainement y avoir un phénomène de regroupement des houthis car ils vont être attaqués de toutes parts » dans la capitale, souligne M. Frison-Roche. Mais les rebelles ne disposent pas de moyens suffisants pour prendre la main face à Riyad et ses alliés sur le plan militaire, et ce même s'ils sont soutenus par Téhéran au niveau financier et politique. Une aide iranienne au sol semble, en outre, peu probable en raison des difficultés d'accès au terrain yéménite, uniquement par la voie maritime, et alors que Téhéran est déjà engagé sur différents fronts tant en Irak qu'en Syrie, qui sont ses priorités stratégiques dans la région.

Des dissensions entre les houthis eux-mêmes ne sont pas non plus à exclure concernant la marche à suivre après les événements de ces derniers jours. Selon une source bien informée, « les houthis seront amenés à négocier rapidement et l'Iran les pousserait à la faire ». Cette même source indique qu'un « deal » pourrait être conclu pour permettre de laisser les houthis contrôler Saada, ville à la frontière de l'Arabie saoudite et où ils combattent les jihadistes d'el-Qaëda. « Une délégation iranienne se trouve dans le sultanat d'Oman pour aider les houthis dans cet objectif de négociation », précise la source. Les forces militaires yéménites avaient pourtant affirmé fin octobre avoir enregistré des avancées notables qui leur permettraient de reprendre le fief des houthis, Saada.

Reste à savoir également qui pourrait succéder au « tacticien » Ali Abdallah Saleh. L'un de ses fils, Ahmad Ali Abdallah, est arrivé hier à Riyad seulement quelques heures après l'annonce de la mort de l'ancien président yéménite. Peut-être un signe de la reprise du flambeau de son père...

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES HOUTIS VIENNENT DE CREUSER UNE FOSSE DANS LAQUELLE ILS RISQUENT DE TOMBER !

VITESSE DE CROISIÈRE

Qui vous dit que les soldats de saleh , ou pour le moins une bonne frange de ceux ci ne viendraient pas se joindre de plein gré aux boutis ?

Suffit cette jubilation idiote de croire que Tom finira bien par attraper Jerry quand on sait que de toute façon ce ne sera plus possible .

LA VRAIE FIN DES TROUBLES DANS NOTRE RÉGION TOURMENTÉE C'EST LA FIN DES SAOUDOS ET BASTA !

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