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Yémen: la rupture Saleh-Houthis "sans doute encouragée" par Riyad

Trois questions
OLJ/AFP
03/12/2017

La rupture au Yémen entre l'ex-président Ali Abdallah Saleh et les rebelles Houthis apparaît comme "un tournant majeur" dans la guerre et a "sans doute" été "encouragée" par l'Arabie saoudite, estime Laurent Bonnefoy, chercheur CNRS au Ceri/Sciences Po à Paris.

Pourquoi cette rupture?

"L'alliance née en 2014 entre les Houthis et l'ancien président Saleh a structuré la guerre, mais les deux protagonistes n'avaient pas les mêmes intérêts sur le long terme: les premiers ont, ces derniers mois, engagé un virage idéologique manifeste, recentrant leur stratégie politique autour d'enjeux identitaires proprement chiites (...) et favorisant l'accès des leurs aux plus hauts postes de l'Etat, souvent en concurrence avec des membres du parti de Saleh. Ce dernier a eu pour objectif de préserver sa capacité de nuisance et son pouvoir, en particulier la possibilité pour son fils Ahmed Ali, résidant aux Emirats arabes unis, d'émerger en tant qu'alternative politique".
"La dissolution de cette alliance était souhaitée par la coalition emmenée par l'Arabie saoudite mais a tenu au bon en dépit de tensions manifestes, notamment au cours de l'été. Il a fallu une tentative des Houthis de prendre le contrôle de la mosquée Saleh, construite par Ali Abdallah Saleh à sa gloire dans les années 2000, pour mettre le feu aux poudres fin novembre. Sans doute la volonté de Saleh d'en finir avec cette alliance a-t-elle été encouragée par Ryad qui a pu lui offrir des garanties politiques".

Est-ce un tournant dans la guerre?

"Il est trop tôt pour porter un jugement définitif, mais la dissolution de l'alliance entre les Houthis et M. Saleh ressemble à un tournant majeur. Cela n'est pas nécessairement une bonne nouvelle car elle vient, d'une part, porter les combats au sol dans la capitale Sanaa, ainsi que dans d'autres régions qui, tout en étant bombardées, étaient restées à l'abri de tels combats".
"D'autre part, elle vient encore plus complexifier la guerre (...). L'Arabie Saoudite et, dans une moindre mesure, les Emirats apparaissaient comme des coupables idéaux dans la campagne internationale de condamnation de la guerre (...). Face à ce que la coalition a déjà qualifié de +soulèvement populaire+ contre les Houthis, l'Arabie saoudite pourrait être tentée d'annoncer la fin des bombardements, apparaissant dès lors comme bienveillante et ouverte face aux pressions internationales".

Quelles prochaines étapes?

"Les Houthis accusent depuis plusieurs mois Saleh de négocier en secret avec l'Arabie saoudite et d'être un traître. Il faut voir comment les choses évoluent au sol mais, pour Saleh, ayant en tête le possible joker que pourrait représenter son fils, un rapprochement avec la coalition apparaît comme une porte de sortie rationnelle. Celle-ci viendra écrire une nouvelle page dans la légende de ce phénix politique, mais au prix d'un immense gâchis quand on songe à l'enthousiasme et aux espoirs qu'avait générés le +printemps yéménite+ de 2011".
"La dissolution de l'alliance entre les Houthis et Saleh ne signifie pas la disparition des premiers. Leur capacité militaire est sans doute réelle et ils jouissent d'un ancrage significatif dans bien des régions. S'ils sont sous pression évidente, les semaines à venir détermineront s'ils sont disposés à faire des concessions ou à poursuivre uniquement une logique militaire".

Laurent Bonnefoy est l'auteur de "Le Yémen: de l'Arabie heureuse à la guerre" (Fayard, 2017).

 

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