L’édito de Émilie SUEUR

Les obligations de la classe politique libanaise

L’édito
21/11/2017

Saad Hariri, après une démission annoncée depuis Riyad et une « exfiltration » organisée par Emmanuel Macron d'une Arabie saoudite excédée des compromis du cabinet d'union nationale du Premier ministre libanais face aux aventures du Hezbollah et de son parrain iranien, devrait être l'homme des célébrations de l'indépendance, lui qui a promis, samedi depuis Paris, d'être de retour à Beyrouth d'ici à mercredi.
L'Histoire a le sens de l'ironie.

Avec le retour au Liban de Saad Hariri, l'on devrait en finir, comme on cache la poussière sous le tapis, avec le premier chapitre de la crise, même si le mystère n'est pas totalement levé sur les conditions dans lesquelles M. Hariri a annoncé sa démission le 4 novembre.
Si le deuxième chapitre devrait se jouer au Liban, il en dépassera largement les frontières, puisque la crise s'est internationalisée et que c'est de la distanciation du Liban vis-à-vis des crises régionales dont il sera question.
Mission dantesque s'il en est pour un petit pays, mais grosse caisse de résonance, dans une région où les crises ont la peau dure.

Le Liban a toujours eu du mal à vivre pleinement son indépendance, de par son histoire, de par ses voisins, de par la diversité des communautés qui le forment, communautés religieuses notamment, dans une région où le religieux est politique et transnational.
Le Liban a également du mal à vivre pleinement son indépendance de par ses dirigeants politiques. Des dirigeants qui, trop souvent, se font les relais volontaires de puissances et d'intérêts étrangers, pour asseoir leur propre pouvoir. Et qui, pour trop d'entre eux, ont institué le clientélisme en programme politique.
Le résultat est une nation dépendante et un État failli.
Oui, bien sûr, il faudra parler de la distanciation et des armes du Hezbollah, au retour de Saad Hariri, qu'il confirme ou pas sa démission. Mais il est tant d'autres dossiers à traiter tout aussi urgemment. La crise des déchets, la protection du patrimoine, de l'environnement, du littoral et des montages, l'approvisionnement en électricité, le traitement des eaux usées, l'urbanisme en général, un minimum de sécurité sociale pour les Libanais...

Il ne s'agit pas ici de crier « tous pourris », car tous ne le sont pas sur la scène politique libanaise. Ce qui est pourri, en revanche, c'est le système politique libanais. Un système verrouillé, sclérosé, clientéliste et doté d'une incroyable capacité de résilience et de résistance au changement. Un système qui, certes, parvient encore à éviter au Liban de sombrer dans l'abîme, mais un système, aussi, qui apporte régulièrement la preuve de son incapacité ou de son manque de volonté à sortir le pays de l'ornière.

Oui, la nation libanaise a besoin d'être indépendante. Mais pour ce faire, il faut aussi la créer cette nation, lui donner les moyens d'exister, créer du lien entre les citoyens, en servant leurs intérêts. En un mot, créer les fondements d'une citoyenneté véritable. « C'est d'abord à ton pays de tenir, envers toi, un certain nombre d'engagements. Que tu y sois considéré comme un citoyen à part entière, que tu n'y subisses ni oppression, ni discrimination, ni privations indues. Ton pays et ses dirigeants ont l'obligation de t'assurer cela », écrit Amin Maalouf dans Les désorientés. Un pays dans lequel les citoyens puissent vivre dans la dignité.

Oui, il faut dissocier le Liban des crises régionales, mais il faut aussi le distancier des pratiques d'une certaine classe dirigeante, qui n'a pas les intérêts du pays et de ses citoyens, de tous ses citoyens, à cœur.
Que l'on ne s'y trompe pas, l'un des meilleurs moyens d'isoler le Liban, un tant soit peu, de son environnement, est de créer, ou du moins renforcer, cette citoyenneté libanaise. « Le pays où tu peux vivre la tête haute, tu lui dois tout, tu lui sacrifies tout, même ta propre vie », écrit encore Amin Maalouf.

L'on ne veut croire qu'il n'y ait des hommes et des femmes, au Liban, capables de le faire. Encore faut-il qu'ils puissent pénétrer, chambouler, renouveler l'équation politique libanaise.

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA CLASSE POLITIQUE LIBANAISE ? ILS SONT TOUJOURS EN JARDIN D,ENFANTS... LES PLUS MALINS ENCORE EN CLASSE PRIMAIRE !

Le Faucon Pèlerin

- Le pays où tu peux vivre la tête haute, tu lui dois tout, tu lui sacrifies tout, même ta propre vie. Amine Maalouf.
- Le pays où tu peux vivre la tête haute, il te doit tout, il te sacrifie tout, même sa trésorerie publique.
Akhwet Chanay.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES OBLIGATIONS ? ILS S,EN FOUTENT !

Tabet Ibrahim

Une classe politique dépendante et un Etat failli certes ! Mais plus résilient que les régimes autoritaires voisins : " fluctuat nec mergitur " Pourvous que çà dure !

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