L'éditorial de Issa GORAIEB

Atterrissage de fortune

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
18/11/2017

La France n'a jamais manqué à l'appel. Et c'est avec doigté, brio, élégance et efficacité que le président Emmanuel Macron, personnellement impliqué dans la recherche d'une solution au cas Hariri, vient d'honorer une longue tradition d'amitié et de sollicitude pour le Liban. Ainsi se trouve clos le premier épisode d'un surréel feuilleton avec l'arrivée à Paris du séquestré de Riyad, accompagné de sa famille. L'heureux événement n'est pas toutefois un happy end, si incertaine en effet demeure la suite des tribulations de l'illustre Libano-Saoudien en Saoudie.

Remarquable à plus d'un titre est néanmoins l'exploit finalisé sur place par le ministre français des AE Jean-Yves Le Drian, que seconde brillamment cet ami de longue date de notre pays qu'est Emmanuel Bonne, ancien ambassadeur à Beyrouth. Car tout en plaidant vigoureusement pour le Liban, la France se devait de ménager, dans le même temps, ses considérables intérêts commerciaux en Arabie et dans le reste du Golfe. Jamais deux sans trois, Paris est également résolu à prendre langue avec Téhéran, même s'il ne cache pas son inquiétude face à la tentation hégémonique de la République islamique.

En attendant, c'est toute une foule d'interrogations que suscite cette ténébreuse affaire, et ce n'est évidemment pas à l'intérieur du microcosme libanais qu'elles peuvent toutes trouver des réponses. On se demande en premier pour quelle raison précise, et en échange de quelle sorte de gages, Riyad a consenti à rendre son entière liberté à Saad Hariri. Du scénario convenu pour son départ – un crochet par Paris sur invitation amicale des autorités françaises – on a dit et redit qu'il offrait l'avantage de sauver la face aux Saoudiens en refusant au Premier ministre libanais démissionnaire l'occasion d'un triomphal vol direct pour Beyrouth. Ce serait là un bien mesquin, bien puéril calcul ne dénotant rien d'autre que la volonté d'infliger à l'intéressé une humiliation supplémentaire ; c'est ce qu'on appelle, en langage imagé, le coup de pied de l'âne.

Encore plus nombreuses sont les incertitudes pesant sur les intentions, les moyens d'action, l'avenir politique et la situation de fortune de Saad Hariri, mais aussi sur son éventuelle succession. Quelle que soit cependant l'évolution de la crise au plan des institutions, la question centrale est de savoir comment on s'y prendra pour examiner, avec l'honnêteté et le courage requis, les causes du départ intempestif de Hariri et essayer de régler le problème à sa source. Là encore va s'avérer précieux le concours d'une diplomatie française aussi imaginative qu'active aux deux niveaux local et régional.

Il est clair désormais que si le leader sunnite est tombé en disgrâce auprès des Saoudiens, c'est qu'il a été jugé trop faible, trop conciliant face à un Hezbollah outrageusement conquérant. Pour cruellement rationnel qu'il soit, ce constat – on ne le répétera jamais assez – ne rend que plus écrasante encore la responsabilité du chef de l'État dans les développements passés et à venir. Le premier a déçu les attentes de ses parrains et de ses partisans; c'est au peuple tout entier, en revanche, qu'est tenu de rendre des comptes un président qui n'est pas redevable de son poste à la seule milice pro-iranienne, mais aussi et surtout à un vaste consensus national dont les termes n'ont guère été respectés. C'est le cas en particulier pour les engagements contractés en matière de distanciation du Liban par rapport aux axes régionaux, démentis par une coupable passivité face aux empiétements de Téhéran. Bafouée par l'Arabie saoudite à l'unanime indignation des Libanais, la dignité nationale ne saurait trouver revanche et réparation dans une soumission à l'arrogante domination de l'Iran.

La partie ne fait que commencer. Et comme toute partie, elle commande en haute priorité la présence d'un arbitre.

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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