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Moyen Orient et Monde

Cette folle nuit où Donald Trump est devenu président des États-Unis

Récit

À la veille du scrutin du 8 novembre 2016, le monde entier s'attend à la victoire, évidente, d'Hillary Clinton face au milliardaire américain...

08/11/2017

Nuit du 8 au 9 novembre 2016. Pendant de longs mois, tout s'est déroulé comme un bon vieux western-spaghetti. Rarement une élection américaine aura suscité autant d'engouement et d'angoisse à la fois. C'est que l'enjeu est de taille. Après deux mandats de Barack Obama, les Américains se trouvent face à deux candidats aux antipodes. Deux antihéros comme l'Amérique sait si bien en produire. L'un est le cow-boy blanc drôlement attifé, dégainant à tout va, dégommant sur son passage ses détracteurs (nombreux), un Ubu en puissance, qu'on écoute pour mieux en rire lors des dîners. L'autre est une héroïne décevante, au potentiel mal exploité, au discours qui n'impacte pas. C'est une femme qui se frotte les mains d'avoir en face d'elle ce que la presse appelle un « rigolo », « a joke ». C'est une ancienne Première dame, mais beaucoup estiment qu'elle est la personne la plus qualifiée à prétendre à la fonction présidentielle. Mais elle est « l'autre », choix par défaut, la pire des places.

À la veille du scrutin, de ce faux duel, le monde entier s'attend à la victoire, évidente, d'Hillary Clinton face à Donald Trump. Durant des mois, l'ascension du milliardaire américain ne conforte que lui. Les journaux américains enchaînent les analyses qui excluent toute victoire du candidat républicain. À 15 jours du scrutin, le Washington Post estime que « les chances de Donald Trump de gagner avoisinent le zéro ». La candidate démocrate est, elle, donnée largement gagnante durant toute la campagne. Les sondages, auxquels personne ne croira plus jamais, vont dans ce sens. Mais la réalité est tout autre. Face à deux candidats impopulaires, avec une cote de -16 pour Clinton et de -24 pour Trump, l'électeur américain est plus perdu que jamais, et compte, en apparence, bouder les urnes. Euronews qualifie la victoire de l'ancienne sénatrice de « mathématique ». Beaucoup évoquent une « mission impossible » pour Trump. Même la « bombe » qu'a provoquée l'affaire des e-mails d'Hillary Clinton n'a pas semblé rebattre les cartes.

 

(Pour mémoire : "J'ai très peur" : choc dans le monde musulman après la victoire de Trump)

 

Le curseur bascule
8 novembre. Donald Trump a choisi le Hilton Midtown, sur la 6th Avenue de Manhattan, pour accueillir sa « party », entouré de ses supporters et de VIP de la campagne. Un gâteau sculpté à son effigie, au regard d'une tristesse incroyable, a été livré au QG pour l'occasion. Hillary Clinton se trouve au Javist Convention Center, à moins de 2 km de son adversaire. Le Washington Post ironise : « Il n'aurait jamais semblé que la distance métaphorique observée entre les parties en 2016 allait se réduire jusqu'à une distance littérale qui pourrait être couverte en alignant 2 000 chariots de hot dogs de bout en bout. »Il fait nuit noire de l'autre côté de l'Atlantique, mais la soirée choc ne fait que commencer pour les deux challengers. À l'heure du décompte, le curseur bascule en faveur d'Hillary Clinton. Beaucoup vont se coucher en prononçant un ouf ! de soulagement. Sans se douter du réveil qui les attend. À l'issue des premiers dépouillements, il est 5h40 à Beyrouth. Le candidat républicain remporte les suffrages dans 20 États, dont l'Ohio. Des hourras triomphants, parfois incrédules, sont poussés dans la salle de bal des républicains. « Ce qui est vrai pour l'Ohio l'est aussi pour la nation », jubilent les uns, en reprenant le fameux dicton. Un dicton qui glace le sang du camp adverse car en règle générale, le vainqueur de cet État devient le nouveau président. Les mines se décomposent au QG d'Hillary Clinton. 12 États du nord-est du pays tombent cependant dans son escarcelle. À ce moment précis, seuls les swing states (les États-clés) peuvent inverser la vapeur. C'est la bérézina pour les supporters de la candidate démocrate lorsque la Floride lui échappe. Suivie de la Caroline du Nord, de l'Iowa, du Michigan et enfin, le coup de grâce, la Pennsylvanie. Les supporters du « Make America great again » chantent des « na, na, na, na, na, hey goodbye ». Une onde de choc traverse le camp démocrate. Une longue agonie que va rompre John Podesta, le directeur de campagne d'Hillary Clinton, vers 2 heures du matin (NY), en invitant les partisans de la candidate à rentrer chez eux. Les observateurs et les médias n'en croient pas leurs yeux. Même certains votants du camp Trump avouent avoir pensé voter pour le « perdant ».

Après avoir reçu les félicitations de son opposante par téléphone, c'est un Donald Trump triomphant, bien que lui-même semblant surpris par sa victoire, qui monte sur l'estrade. Sur CNN, le commentateur, avocat et militant des droits civiques Van Jones semble anesthésié par la nouvelle. « C'est dur d'être un parent ce soir pour beaucoup d'entre nous. Vous dites à vos enfants : Ne soit pas une brute, ne sois pas un bigot... Et nous avons peur de l'heure du petit déjeuner. Comment vais-je expliquer ce résultat à mes enfants ? » Cette nuit folle s'est transformée en cauchemar. Celui que personne n'a vu venir atteint la plus haute marche du pouvoir américain, en dépit de tous les pronostics et... des 2,5 millions de voix de déficit par rapport au score de la candidate démocrate.

 

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