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Liban

Quand un tweet de Hariri lève (juste) un pan du mystère

Focus
06/11/2017

Où se trouve Saad Hariri ? À Beyrouth, juste avant le tweet à 19h48 par le PM démissionnaire lui-même, cette question était quasiment sur toutes les lèvres dans la journée de dimanche, et la rumeur de son éventuelle interpellation a enflé, surtout après la déclaration de l'ancien ministre Wi'am Wahhab, qui avait appelé samedi le président de la République Michel Aoun à convoquer les ambassadeurs pouvant contribuer à « l'exfiltration » de Saad Hariri.

 

C'est peut-être la succession d'événements ce 4 novembre à Riyad qui aurait poussé une partie de l'opinion publique à conclure à une implication du Premier ministre démissionnaire dans les affaires de corruption dans lesquelles seraient plongées un grand nombre de personnalités de premier plan en Arabie saoudite. Et qu'il serait « parqué », comme ces princes et ces anciens ministres soupçonnés, à l'hôtel Ritz Carlton.
Mais, dès le milieu d'après-midi, contactée par L'Orient-Le Jour, une source à Riyad proche de M. Hariri a naturellement démenti en bloc toutes les rumeurs faisant état d'une éventuelle arrestation de ce dernier. Le patron du courant du Futur se trouverait donc « chez lui, dans la capitale saoudienne où il a une résidence », selon la source interrogée par téléphone, qui rejette ainsi les allégations selon lesquelles les autorités saoudiennes auraient saisi les biens de M. Hariri, dont sa résidence à Riyad. À la question de savoir quelle réponse M. Hariri aimerait apporter aux propos formulés par Wi'am Wahhab, la source haririenne a estimé que les déclarations de l'ancien ministre sont « tellement grotesques qu'elles ne méritent pas de faire l'objet d'une réponse ». Interrogée également sur le point de savoir si M. Hariri s'était rendu en Égypte où il devait prendre part, aujourd'hui dimanche à Charm el-Cheikh, à un forum sur la jeunesse, la source a précisé que l'ex-Premier ministre ne s'y est pas rendu mais qu'il avait « prévenu le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi de son absence, en raison de sa récente démission ». Quid de ses autres engagements en tant que Premier ministre démissionnaire ? « Ses obligations officielles seront annulées », « mais ses engagements personnels qui nécessitent des déplacements à l'étranger » se poursuivront normalement, a expliqué la source précitée.

 

Le vent en poupe
Vu de Riyad, Saad Hariri semble avoir le vent en poupe, puisqu'il fait depuis samedi l'objet d'informations matraquées en boucle sur la chaîne satellitaire al-Arabiya. Celle-ci répète dans tous ses bulletins d'informations la nouvelle de la démission de M. Hariri et lui consacre même un reportage exclusif dans lequel elle affirme avoir obtenu des informations concernant une tentative d'assassinat contre sa personne et qui aurait été déjouée il y a peu. Dimanche matin, la presse saoudienne consacrait de son côté une large part de ses informations à la démission de Saad Hariri. La plupart des quotidiens ont placé cette nouvelle en une, juste en dessous de l'annonce de la création d'une commission ad hoc dédiée à la lutte contre la corruption. Ainsi, le journal Okaz estimait dans un titre alarmiste que le Liban est désormais « sur un volcan ». L'article est assorti d'un portrait de Saad Hariri à l'air grave. Toujours en une, le quotidien anglophone d'Arabie, Arab News, annonce la démission de Hariri qu'il impute à « l'ingérence iranienne » dans les affaires du Liban. Et puis, à 19h48...
Au vu de l'atmosphère générale qui prévaut dans les médias saoudiens, il semblerait que le Liban ait intégré, bon gré, mal gré, et notamment après la démission voulue ou forcée de M. Hariri, l'axe anti-iranien, que les tenants du pouvoir à Riyad sont déterminés à consolider.

 

Et puis, à 19h48...
Il n'en reste pas moins que les rumeurs continuent d'aller bon train sur les réseaux sociaux, comme celle véhiculée sur Twitter par un dénommé Mujtahidd, pour qui Saad Hariri aurait été en fait forcé de démissionner afin que Riyad puisse l'obliger à honorer ses créances en Arabie, après la débâcle du géant de la construction Saudi Oger. Une autre rumeur, absolument pas confirmée non plus, mais véhiculée par des sources informées à Washington, évoque un coup d'État contre le prince héritier Mohammad ben Salmane, auquel Saad Hariri aurait sinon participé, du moins eu vent.
Mais la thèse la plus plausible, soulevée par les cercles proches du pouvoir à Riyad, reste celle d'un hypothétique accord stratégique qui aurait été conclu par l'Arabie, à la fois avec les États-Unis et Israël, afin d'affaiblir de manière définitive Téhéran et l'axe qui lui est affilié dans la région. Il y a deux semaines, le beau-fils du président américain, Jared Kushner, effectuait une visite secrète dans le royaume en compagnie de responsables américains de premier rang.
En attendant, et comme un pied-de-nez à toutes les rumeurs sur son interpellation, Saad Hariri tweetait à 19h48, postant une photo de lui, en pantalon et polo noirs, et en compagnie du nouvel ambassadeur saoudien au Liban, Walid Yaacoub. Cela n'éclaire en rien ses relations avec Mohammad ben Salmane, mais le mystère sur son lieu de résidence est levé.

 

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