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Culture

Samandal, le temple de la BD libanaise, voit l’utopie en technicolor

Entretien

Raphaëlle Macaron, illustratrice, bédéiste et vice-présidente du collectif Samandal, raconte la genèse du numéro des dix ans dont elle est la rédactrice en chef et qui sera lancé* samedi 4 novembre au Salon du livre de Beyrouth.

03/11/2017

Comment a démarré Samandal et quand avez-vous intégré ce collectif ?
Samandal est un collectif de BD fondé en 2007 par Lena Merhej, Hatem Imam, Fadi Baki, Omar Khoury et Tarek Nabaa. Portés par la même passion pour cette pratique, ils ont monté un magazine trimestriel trilingue qui serait une plateforme d'expression pour les bédéistes locaux. Par la suite, Samandal a non seulement été un tremplin pour de nombreux artistes, mais il a aussi permis de faire rayonner la BD locale, et surtout de prouver qu'elle ne se destine pas exclusivement aux enfants, contrairement aux idées préconçues. Ils ont ainsi créé un mouvement. J'ai rejoint le collectif en 2014, date à laquelle le principe a été légèrement modifié : nous produisons, depuis, un numéro par an, dont l'un des membres se charge de la curation, c'est-à-dire le choix du thème, de la ligne éditoriale, des contributeurs. La rédaction en chef de l'ouvrage de cette année, qui coïncide avec les dix ans de Samandal, m'a été confiée.

 

Comment est né ce numéro qui sera lancé ce week-end ?
Au déclenchement de ce projet, par-delà le contenu, l'idée était de créer un livre-objet, une sorte d'écrin qui serait imprimé par risographie, une technique d'impression japonaise au pochoir qui, en employant plusieurs couleurs, rend le résultat des planches plus saisissant. Ce procédé aux maintes contraintes a dicté, d'une certaine manière, l'esthétique du numéro. De plus, c'était important de séparer les trois langues sur trois recueils de BD dont le contenu serait identique, afin d'élargir le spectre du lectorat. Ce lancement sera accompagné de la sortie du livre de Omar Khoury, Utopia, une collection de 42 strips qui racontent les aventures de deux petites filles qui imaginent un monde parfait.

 

Pourquoi avoir opté pour trois couvertures que l'illustrateur Jérôme Dubois a réalisées ?
L'esthétique de Jérôme Dubois, avec qui je partage un atelier à Paris, aux teintes toniques et aux accents postapocalyptiques, collait bien avec le thème de l'utopie. En alignant les trois couvertures, on se rend compte qu'il a réalisé une sorte de triptyque conçu comme une histoire qui relate l'évolution de Beyrouth à partir de la recomposition d'un croisement de rue. Il ne connaît pas la ville, et cette neutralité par rapport à notre environnement m'intéressait.

 

(Pour mémoire : Être dessinateur de BD au Liban, un « challenge »)

 

Pourquoi le thème de l'utopie ?
D'une part, c'était ma manière de rendre hommage à Samandal, dont le propos me semblait utopique au moment où je me lançais dans l'illustration. À l'époque, il était inenvisageable pour moi que ma passion se concrétise en un vrai métier, et que celle-ci, de surcroît, ait sa plateforme au Liban. C'était une idée folle. D'autre part, comme le collectif aborde des thèmes sociopolitiques, le concept de l'utopie, qui est le double inversé du monde d'aujourd'hui, m'est venu presque naturellement.

 

Vous avez finalement opté pour les termes Topie, Toubia et Topia...
Oui, car en réfléchissant sur l'idée de l'utopie, les illustrateurs et moi avons débordé en explorant tous plusieurs ramifications de ce thème, parfois des contre-définitions, la dystopie, l'hétérotopie par exemple. Topie était donc plus adéquat.

 

Comment avez-vous organisé le contenu de ce numéro ?
J'ai fait appel à 17 artistes locaux et internationaux qui ont proposé une définition de l'utopie à travers une BD. Il était important aussi que les habitués de Samandal soient de la partie, et Studio Safar a réalisé la mise en page. Cet aspect chamarré est représentatif du collectif et de ce qu'il a entrepris au cours des dix dernières années.

 

Edmond Baudoin, un maître de la bande dessinée, fait également partie de ce numéro. Que représente sa participation ?
Je l'ai rencontré dans un train et il a été partant dès que je lui ai exposé l'idée. Surtout qu'Edmond était venu à Beyrouth pendant la guerre civile, en 1988. Pourtant, il ne se sentait pas prêt, sans doute par souci de décence, à aborder ce qu'il y avait vécu. Sur ce numéro, il raconte sa visite à Beyrouth. C'est fabuleux, notamment de voir ses planches traduites en arabe, l'objectif de Samandal étant aussi de créer un pont en ramenant de la bande dessinée de haut niveau au Liban.

 

Vous avez également créé une BD intitulée « Causeries sur les grottes de Jeïta ». Comment est née cette idée ?
En rangeant les affaires de mon grand-père après son décès, je suis tombée sur les photos et les notes d'une expédition qu'il avait entreprise avec des amis à la grotte de Jeïta en 1942. Ce lieu incroyable, aux frontières du réel, s'est presque imposé comme une évidence, en réponse au thème proposé. J'ai donc conçu un récit d'aventures en adaptant les écrits de mon grand-père, en vieux français, auxquels j'ai joint des dessins au langage quasi surréaliste.

 

*Le lancement et la signature de « Samandal » et de « Utopia » par Omar Khoury auront lieu samedi 4 novembre au Salon du livre, stand de l'Institut français, à partir de 20 heures. Une fête à l'occasion de la sortie de ce numéro se tiendra à Arka, rue d'Arménie, Mar Mikhaël, dimanche 5 novembre à partir de 19 heures.

 

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