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Liban

Le trio du 14 Mars vainqueur d’un scrutin sous haute tension à l’USJ

Élections estudiantines

L'alliance Forces libanaises-Kataëb-Futur emporte 11 facultés, contre 5 pour le CPL-tandem chiite, 5 pour les indépendants et 1 pour l'ensemble des partis contre les indépendants.

01/11/2017

Des 22 facultés de l'Université Saint-Joseph où des élections se sont déroulées hier, le trio formé des Forces libanaises, des Kataëb et du courant du Futur est sorti largement dominant, en emportant 11. 10 autres facultés ont été réparties, à moitié, entre le tandem chiite avec le Courant patriotique libre d'un côté et les indépendants de l'autre. Quant à la faculté de médecine, une liste regroupant tous les partis politiques s'y est présentée face aux indépendants et a gagné.

Mis à part cette dernière faculté, les alliances, assez traditionnelles, ont constitué un retour au clivage entre le 14 et le 8 Mars, en dépit de discordances entre les FL et les Kataëb, ou encore de l'accord de Meerab entre les FL et le CPL. Le scrutin s'est déroulé sur base d'un système électoral proportionnel avec vote préférentiel pour le président de l'amicale.

Parmi les facultés emportées par le trio quatorze-marsiste, figurent notamment les facultés de droit et de gestion, et l'institut des sciences politiques. Le 8 Mars a en revanche pris essentiellement l'école de génie. À Huvelin, la mère des batailles, le tableau était le même que celui des cuvées précédentes. Sauf que cette année, les élections estudiantines ont été fortement influencées par le verdict rendu dans l'affaire de l'assassinat de Bachir Gemayel. Moins de deux semaines après la condamnation à mort par contumace de Habib Chartouni et Nabil Alam, le slogan « Bachir est vivant en nous » a été lancé en réaction aux cris qui s'élevaient de l'autre côté et qui répétaient « Habib est vivant en nous ».

La tension, d'abord latente, a dégénéré à plusieurs reprises en heurts plus ou moins violents entre les deux camps, à coups de bouteilles vides et de joutes verbales. Heureusement, on ne dénombrait pas de blessés. Alors que des indépendants se plaignaient de ces rixes, des étudiants qui scandaient tout haut leur confession chiite, vêtus de chemises noires pour l'occasion, ont hissé le drapeau du Parti syrien national social (PSNS), auquel appartenaient Habib Chartouni et Nabil Alam, encore plus haut que celui du Hezbollah, du mouvement Amal ou du CPL. Séparés des autres étudiants par des barrières, les étudiants du trio du 14 Mars défendaient au même moment la symbolique du campus d'Huvelin, qu'ils surnommaient « l'université de Bachir ». En dehors du campus, d'autres jeunes du 8 Mars tentaient par tous les moyens de rejoindre leurs camarades à l'intérieur, contrairement aux règlements qui interdisent tout retour à ceux qui sont déjà sortis. Certains sont allés jusqu'à escalader le grand portail de l'entrée. Une échauffourée n'a pas tardé à éclater entre ces étudiants et les agents de la brigade anti-émeutes.

 

(Lire aussi : Bassil contre « la diabolisation du Hezbollah à l'USJ »)

 

Frustrations
« Il est honteux que des étudiants qui n'ont pas vécu la guerre civile s'entretuent pour des rivalités qui datent », a lancé Antoine Abdel Wahed, étudiant en deuxième année de droit et membre du mouvement indépendant Taleb. « De plus, ce sont des étudiants en droit censés plus que tous reconnaître les valeurs de démocratie et de tolérance », a-t-il ajouté.

Une fois les résultats connus, les étudiants des Forces libanaises, des Kataëb et du courant du Futur ont quitté l'université pour rejoindre le convoi de voitures qui bloquait quasiment la circulation entre la rue du Liban et Sodeco. Des drapeaux des FL, des Kataëb et du Futur étaient brandis aux fenêtres et des haut-parleurs diffusaient des chansons qui célèbrent le Liban des 10 452 km2 et qui font l'éloge de la souveraineté. Un seul drapeau noir voltige au-dessus des têtes, celui de l'ancienne brigade des FL, surnommée as-Sadam.

« La victoire de cette alliance vient confirmer, encore une fois cette année, que Huvelin est l'université de Bachir Gemayel », a claironné Jad Demian, responsable du département des étudiants au sein des FL. Interrogé au sujet des alliances, M. Demian a répondu : « Nous nous sommes présentés aux côtés des Kataëb et du courant du Futur parce que nous partageons une même vue stratégique et parce que ce campus représente pour nous tous un seul et même symbole, celui de la lutte commune pour la souveraineté du Liban. » Commentant la victoire de son parti à l'USJ, mais également dans nombre d'autres universités, M. Demian a estimé que « ces victoires successives des FL montrent que les jeunes Libanais ont opté pour le choix des FL, celui de la souveraineté et de l'État fort ».

À sa sortie de la faculté de droit et de sciences politiques, Jamil Moawad, professeur à l'USJ, déplore le tableau qui s'offrait à ses yeux. « Ce spectacle reflète la crise au sein du pays. Pour ces jeunes, qui n'ont pas la possibilité de jouer un rôle efficace au sein de leurs partis politiques à travers un processus démocratique, l'université est le seul espace où ils peuvent exprimer leurs frustrations », a-t-il expliqué. « Les universités ont prouvé, au cours des années, qu'ils sont des espaces conservateurs. Et les partis politiques, de leur côté, cherchent à maintenir cet aspect conservateur pour empêcher que de nouvelles idées ou mouvements émergent parmi les jeunes », a-t-il conclu.

 

 

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Chady

Non aux collabos!
Non aux partisans de l’intimidation et de la justice par soi-même!
Oui pour un Liban libre, souverain, résistant, et fort.
Cela veut dire s’assoir tous a la table du dialogue et voir ce qu’il y a de mieux pour nous et pour les generations futures, et non pas stigmatiser et stereotyper tout le monde.
“Fakih” “fakih” “fakih”, foutez nous la paix et donnez nous plutot une alternative comme des armes au lieu de nous dire: “attention le hezbollah il est mechant” .
Le Hezbollah est le garant de la souveraineté libanaise pour le moment que vous le vouliez ou non.

Le Faucon Pèlerin

Dans un pays où on laisse des débris d'un parti qui a fait deux coups d'Etat et dont le fondateur fut exécuté par un peloton d'exécution, gueuler le nom d'un assassin d'un Président élu de la République, cela s'appelle la démocratie à l'envers. Sans autre commentaire.

Pierre Hadjigeorgiou

Sans vouloir faire de la peine a Mr. le professeur Jamil Moawad si les nouvelles idées sont du type Fakih ou de la grande Syrie nous nous en passerons volontiers. Toute idée embrassant la liberté, l’indépendance, la souveraineté et la démocratie proposée par des Libanais, pour les Libanais, avec des Libanais et toujours la bienvenue qu'elle soit de droite ou de gauche, blanche ou noire, verte ou pas mure... Mais que nous prétendions que les idées théocratique ou dictatoriales proposées sont de nouvelles idées que nous nous devons accepter c'est de la pure démagogie. Une correction pour un erratum dans la déclaration des représentants du 14 Mars: Le Liban des 10.452 Km2 est celui de Bachir et pas seulement l'USJ!

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