La Dernière

Jihane Khairallah : À l’Albergo, on m’appelle maman !

Beyrouth Insight

Elle tient les rênes de l'établissement depuis 11 ans. Entre fermeté et douceur, entre passion et patience, la directrice de l'Albergo a deux « chez-soi » (et deux amours) : sa maison et l'hôtel.

19/10/2017

C'est évidemment à la terrasse de l'hôtel, qui insuffle à la ville un vent d'élégance dont elle a besoin, que Jihane Khairallah nous reçoit, comme chez elle. Car elle est un peu chez elle, dans ce lieu qu'elle a intégré en 1998 en tant que directrice commerciale, avant de devenir directrice adjointe en 2001 puis directrice générale en 2006. Ici, au huitième étage, c'est un peu le septième ciel. En cette fin de matinée, il fait doux.

Un léger souffle d'automne secoue lentement les bougainvilliers, parsemant le sol de couleurs vives.
L'Albergo fait rêver, il inspire. Les habitués, locaux ou expatriés, (re)viennent fêter les événements importants de leur vie dans un rituel parfois touchant. Les étrangers, fascinés par cette ambiance parfumée d'Orient, se font rapidement des habitudes et des liens. D'autres enfin y habitent, parfois pendant plusieurs années, parce qu'ils s'y sentent chez eux... Depuis 1998, date de son ouverture – le restaurant Al Dente avait été inauguré en 1992 dans ce qui était alors une maison traditionnelle – l'hôtel a trouvé son créneau et ne s'en est jamais éloigné. Plus encore, il est en pleine expansion, avec un chantier qui inclut chambres, piscine, salle de gym, spa, terrasse, et restaurants. « Le succès, confie la directrice générale, est dû à une série d'éléments, dont un essentiel : ce sentiment d'appartenance, tant au niveau du client que des collaborateurs. » Et puis, essentiellement, une main de fer dans un gant de velours, celui de cette femme et mère, qui réussit à « gérer sa maison » dans un équilibre parfait, « en faisant sentir au client qu'il est chez lui et au personnel qu'il travaille comme si c'était chez lui ». Et de préciser, en esquissant un sourire, quand on lui demande s'il est difficile de travailler avec elle : « Oui, parce que je suis intransigeante et non parce que je suis humaine. » Et d'ajouter : « Je travaille beaucoup avec le cœur. Je peux comprendre le cas de chaque personne. Un grand nombre de nos collaborateurs sont chez nous depuis 20 ans, ce qui est de plus en plus rare. »

 

Un accident heureux
Même si, comme un poisson dans l'eau, elle semble naviguer dans son élément naturel, à l'Albergo, tout le monde l'appelle maman, Jihane Khairallah n'était pas prédisposée à ce poste, même pas à ce domaine.

Cet accident, « je peux dire un accident heureux », s'est fait lorsque le maître de maison – c'est ainsi qu'on surnomme les directeurs généraux d'hôtel – muni de son diplôme en gestion de la Sorbonne, démarre à Idarat. Au moment de démarrer auprès du Palm Beach Hotel, qui faisait partie du même groupe, elle découvre l'Albergo tout beau, tout neuf. Nous sommes en mai 1998, et son directeur général est Michel Chardigy. « Je suis tombée amoureuse de cette maison. » Et on la comprend. Elle gravit les échelons jusqu'à remplacer ce dernier en 2006, pour un poste alors exclusivement masculin au Liban et dans la région. « C'était un grand signe de confiance. » Avec sang-froid et une émotion retenue, elle gère tous les départements et surtout les individus. « Il est impossible de fixer des horaires et des limites lorsqu'on travaille dans un métier de service. On se doit d'aller dans le sens de tout le monde, et ce n'est pas toujours évident. Parfois, certains clients sont tellement difficiles que j'ai du mal à garder le sourire. Heureusement que c'est rare... » Son coin préféré dans cet hôtel intemporel composé de 33 suites, magnifiquement décoré par Tarfa Salam (le lobby est signé Jacques Garcia), est le Al Dente. On y organise, du 31 octobre au 5 novembre, comme chaque année, le Festival de la gastronomie française. Six jours dédiés aux saveurs de la Ville lumière et le rendez-vous des inconditionnels de la « haute » cuisine, avec des chefs étoilés, certains sont des habitués. Au « menu » et à l'affiche cette année, les chefs Jean-Jacques Noguier, Jean-Christophe Lebasle, Georges Paccard, Jérôme Gangneux, Éric Delerue et Guillaume Sourrieu.

Si elle n'avait pas vécu cet « accident heureux », qui exige tout de même une disponibilité à toute épreuve, Jihane Khairallah aurait été « étrangement, dans les finances ». Avant de se ressaisir et de conclure : « Je ne me vois pas ailleurs. Je suis faite pour le contact avec le client. »

 

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