L'éditorial de Issa GORAIEB

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L’éditorial
18/10/2017

De bonne guerre était, sans doute, l'initiative présidentielle de lundi, consistant à alerter formellement, solennellement, la communauté internationale sur le danger existentiel que représentent, pour le Liban, les retombées socio-démographiques, politiques et économiques de l'afflux de réfugiés syriens sur son sol. Par ambassadeurs et autres représentants interposés, le chef de l'État a ainsi envoyé aux dirigeants des grandes puissances, de l'Union européenne, de la Ligue arabe et de l'ONU des missives écrites détaillant, statistiques à l'appui, le sombre tableau.


Le fait est que les chiffres donnent froid dans le dos, mais seulement pour qui veut bien se laisser émouvoir. Ainsi, les Syriens forment aujourd'hui non moins de 37 % de la population, sans même que soient pris en compte les centaines de milliers de réfugiés palestiniens. On dénombre 153 déplacés syriens par kilomètre carré de mouchoir de poche libanais. Et surtout, bon nombre des personnes arrêtées pour avoir commis crimes et délits de toute sorte sont, encore et toujours, des Syriens, même si le ministre de l'Intérieur a tenu à tempérer, hier, les pourcentages avancés par le chef de l'État.


Dès lors, ce que l'on qualifiait il y a peu de bombe à retardement humaine n'en est plus vraiment une : elle a commencé à nous éclater à la figure un peu partout. Elle pulvérise les finances de l'État ou le peu qu'en laissent les prévaricateurs ; elle menace de faire voler en éclats le fragile équilibre communautaire qui est la marque de fabrique du pays et sa police d'assurance-vie ; elle remplit à ras bord les bancs des écoles et les lits des hôpitaux gouvernementaux ; enfin, actes crapuleux et concurrence déloyale se conjuguent pour susciter un sentiment croissant de xénophobie parmi la population.


Le problème c'est que tout cela, le monde entier le sait déjà. C'est du déjà-vu, du déjà dit et redit, sans autre résultat qu'une assistance internationale tout juste suffisante pour garder le Liban à flot et le redoutable dogme, adopté même par les plus proches de nos amis, selon lequel les réfugiés doivent demeurer dans les pays limitrophes de la Syrie, en prévision d'un retour rapide et aisé à leurs foyers. Si bien que le seul point fort de l'argumentaire officiel libanais – le seul relativement nouveau au niveau de la diplomatie internationale – est l'idée d'un rapatriement organisé se limitant, pour l'heure, aux zones de Syrie jugées sûres, car il en existe déjà.


Ce projet satisfait-il à l'exigence internationale d'un retour sûr, digne et volontaire des déplacés, conditions que les hôtes du président n'ont pas manqué de rappeler le soir même ? Peut-il être envisagé sans une étroite coopération avec le régime sanguinaire de Damas, d'ores et déjà réclamée avec insistance par le Hezbollah, et à laquelle souscrit nécessairement le régime, comme le montre la récente rencontre à New York des ministres libanais et syrien des AE ? Outre une réhabilitation morale de cette dictature qui a tant fait violence au Liban, quel serait le prix d'une telle coopération ? Et surtout, surtout, est-on sûr que ce même régime veut réellement soulager d'un poids écrasant ce voisin libanais qu'il avait dominé dans le passé sans jamais parvenir à le soumettre ? Toutes questions qui requièrent autre chose que des réponses diplomatiques...

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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