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Culture

« Looking for Present Motion », un cocktail subtil d’ordre et de chaos

Exposition
04/10/2017

À l'inauguration de l'exposition « Looking For Present Motion » au KED, ancienne usine réhabilitée en espace culturel, quelques centaines de visiteurs déambulaient entre les œuvres. Marchant au rythme de l'installation sonore de l'artiste connu sous le nom de « Mme Chandelier », loupe à la main pour observer les détails des toiles étonnantes de Rami Chahine, et accompagnant la danse japonaise d'Ahmal Dirani, les invités ont instinctivement répondu à l'attente des trois artistes : faire de cette exposition un événement ludique, interactif et mouvementé.

Un micro. C'est la première chose que le visiteur voit une fois dans la salle d'exposition. Quand celui-ci finit par céder à la tentation, et émet un son, puis un autre dans le micro, un mélange sonore subtil démarre progressivement et accompagne la vidéo de la danse d'Ahmal Dirani diffusée en boucle. Comme expliqué clairement à l'entrée, chaque nouveau son émis dans le dispositif enclenchera une mélodie ou un bruit préalablement enregistrés par Mme Chandelier, jusqu'à former un ensemble de couches sonores. Ensuite, le choix est simple : s'asseoir pour contempler la performance d'Ahmal Dirani, s'adonnant à cette danse au caractère très contemporain appelée Buto, ou entrer dans la seconde pièce pour découvrir les « fossiles visuels » de Rami Chahine. Muni d'une loupe et guidé par les sons lancés par d'autres, le visiteur s'apprête alors à vivre une double expérience sonore et visuelle.

 

Naturelle vs humaine
Explications de Rami Chahine pour décrire la grande machine interrelationnelle qu'est cette exposition : le thème omniprésent des œuvres se trouve dans l'équilibre entre création naturelle et intervention humaine. « Il y a mon action, mon intention, mon dessin, les couleurs que je choisis. Et après, il y a le reste. Je permets aux éléments naturels d'effectuer le travail de détail, à l'eau de s'étendre, et aux matières d'absorber de manière différente les couleurs, la peinture. » Pour se faire comprendre, le jeune artiste fait référence non seulement aux jeux de hasard, sur lesquels le joueur a finalement très peu de contrôle, mais aussi à ces nouveaux mouvements qui ont tendance à vouloir donner plus de place au déroulement aléatoire des événements, et moins au contrôle que l'homme a tant cherché à avoir par le passé.

« Observez l'exemple de la permaculture, de plus en plus populaire aujourd'hui. Les agriculteurs se disent: on va arrêter d'engraisser, on va laisser faire les choses. Ils ont compris que le rôle de l'homme, c'est plutôt d'agencer les choses de façon à ce que les événements puissent se passer. C'est ce que je fais avec mes peintures. » Par ce procédé, Rami Chahine obtient un résultat dans ses œuvres qui, d'après lui, dépasse sa propre imagination et le démarque d'autres mouvements abstraits. « À travers ces peintures, je ne cherche pas uniquement à m'exprimer, ça a déjà été fait. Jackson Pollock, par exemple, essayait de se connecter au rythme du monde, mais ses peintures étaient le résultat direct de son action. Mes œuvres sont, à l'inverse, le résultat indirect de mon action, formé par différent facteurs dont je n'ai pas le contrôle ».
Ahmal Dirani et Mme Chandelier ont décidé de travailler séparément pour, ensuite, assembler le résultat obtenu, sans même se connaître auparavant. L'installation sonore et interactive fut donc créée de façon complètement indépendante, pour venir finalement se calquer parfaitement sur la performance filmée d'Ahmal Dirani. Dans ce même esprit de perte de contrôle, les deux artistes attendaient de leurs créations qu'elles interagissent spontanément l'une avec l'autre, mais aussi avec les visiteurs, et ainsi obtenir un résultat surprenant, expérimental et unique pour chaque personne.
À visiter aujourd'hui encore.

KED
Secteur Quarantaine
Tél. : 03/148058.

 

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