Le Premier ministre palestinien Rami Hamdallah serrant la main au chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, à Gaza, hier. Ibraheem Abu Mustafa/Reuters
Le Premier ministre palestinien, Rami Hamdallah, a réuni son gouvernement dans la bande de Gaza hier, une première depuis 2014 censée matérialiser une réconciliation avec le Hamas, après une décennie de déchirements dévastateurs. « Nous sommes ici pour tourner la page de la division et restituer au projet national son juste cap qui est la création d'un État (palestinien) », a déclaré M. Hamdallah devant ses ministres réunis sous les portraits du leader historique Yasser Arafat et de l'actuel président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.
Malgré la circonspection nourrie par l'échec des précédentes tentatives de rapprochement, la visite de M. Hamdallah doit préparer le terrain à un transfert progressif de responsabilités du Hamas à l'Autorité palestinienne, dont émane le gouvernement. Le Hamas, considéré comme terroriste par Israël, les États-Unis ou l'Union européenne, et comme infréquentable par certains pays arabes, a évincé l'Autorité de Gaza en 2007 au prix d'une quasi-guerre civile avec le Fateh, son grand rival laïc et modéré qui domine cette entité reconnue internationalement et censée préfigurer un État indépendant. Depuis, l'Autorité n'exerce plus son pouvoir, limité, que sur la Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis 50 ans et distant de Gaza de quelques dizaines de kilomètres.
Les dissensions palestiniennes sont considérées comme l'un des principaux obstacles à un règlement du conflit israélo-palestinien et l'une des causes des maux endurés par les deux millions de Gazaouis : guerres, blocus israélien et égyptien, pénuries d'eau et d'électricité, chômage...
Un seul État
Un gouvernement palestinien de « consensus national » constitué de technocrates avait siégé à Gaza pour la dernière fois fin 2014, au lendemain d'une nouvelle guerre destructrice dans le territoire entre Israël, le Hamas et ses alliés. Mais l'unité proclamée avait volé en éclats en 2015. Le Hamas a fini par accepter en septembre le retour de l'Autorité sous la pression du grand voisin égyptien, des déconvenues diplomatiques de son allié qatari et d'un sévère tour de vis financier donné par M. Abbas, qui a notamment cessé de payer la facture de l'électricité fournie par Israël à Gaza.
Ces mesures vont être levées, a déclaré lundi soir M. Abbas, conciliant. Mais cela sera fait « quand le gouvernement sera en mesure d'assumer ses responsabilités », et de les assumer entièrement, y compris dans le domaine de la sécurité et du contrôle des points de passage avec l'Égypte et Israël, a-t-il insisté. L'une des questions primordiales est de savoir si le Hamas, disposant d'une force armée estimée à environ 25 000 hommes, est prêt à céder le contrôle de la sécurité. « Ce sera un seul État, un seul système, une seule loi et une seule arme », a martelé M. Abbas. « Pour être plus clair, je n'accepterai pas qu'on reproduise ou qu'on clone l'expérience du Hezbollah au Liban », a-t-il dit, en évoquant une situation où un groupe armé exerce une influence majeure sur la politique d'un gouvernement.
Ces questions épineuses ont été renvoyées à des entretiens que Fateh et Hamas doivent avoir, la semaine prochaine, au Caire. La réconciliation prendra du temps, a encore prévenu M. Abbas.
Réconciliation « factice »
Côté israélien, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a d'ores et déjà énoncé ses conditions, alors que l'un des grands enjeux de la réconciliation est l'entreprise de paix moribonde avec les Palestiniens. « Nous ne sommes pas disposés à accepter des réconciliations factices entre Palestiniens faisant semblant de se réconcilier aux dépens de notre existence », a déclaré hier M. Netanyahu. « À ceux qui cherchent une telle réconciliation, nous disons très simplement : reconnaissez l'État d'Israël, démantelez la branche armée du Hamas, coupez les liens avec l'Iran qui appelle à notre destruction », a-t-il encore asséné. Israël n'est donc disposé à traiter avec un gouvernement parlant au nom de toutes les factions palestiniennes que si le Hamas adhère à ces conditions, a priori impossibles à remplir pour le mouvement islamiste. Et celui-ci a immédiatement opposé une fin de non-recevoir.
Les Palestiniens trouvent néanmoins des motifs d'espoir dans l'implication forte de l'Égypte, acteur historique à Gaza. Le général Khaled Fawzi, chef du renseignement égyptien qui a joué un rôle éminent dans le rapprochement palestinien, s'est ainsi rendu hier à Gaza, où il a rencontré simultanément M. Hamdallah et le chef du Hamas, Ismaël Haniyeh. Ce dernier a affirmé que son mouvement était prêt à « payer n'importe quel prix pour le succès de la réconciliation nationale palestinienne ». Le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi a, lui, transmis aux Palestiniens un message de soutien dans lequel il dit voir dans leur raccommodement « une chance de faire la paix dans la région ». « Le monde entier attend vos efforts pour parvenir à une réconciliation (...) et apprécie votre détermination à faire face à tous les obstacles », a affirmé M. Sissi dans un discours préenregistré, diffusé par des télévisions palestiniennes. « Je suis confiant dans le fait que les grandes puissances, lorsqu'elles constateront que les parties palestiniennes sont parfaitement conscientes de l'importance (...) de parvenir à la paix, aideront à réaliser cette paix », a-t-il ajouté. « Le moment viendra où nous aurons un État palestinien indépendant, mais pas bientôt », a toutefois admis M. Abbas après avoir écouté le discours de M. Sissi.
La visite de M. Hamdallah à Gaza s'est terminée quelques heures avant le bouclage par l'armée israélienne, prévu à partir de minuit hier et pendant onze jours, de la Cisjordanie et de la bande de Gaza à l'occasion de la fête juive de Souccot.
Source : AFP


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