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Liban

Le PSNS à Hamra : « message de résistance » ou « gifle au prestige de l’État » ?

Partis

Nadim Gemayel stigmatise « une main de fer encore plus dure que celle de la tutelle syrienne ».

Yara ABI AKL | OLJ
03/10/2017

Le 24 septembre 1982, Khaled Alwan, membre du Parti syrien national social (PSNS), ouvrait le feu sur des soldats israéliens, au café Wimpy, dans la rue Hamra à Beyrouth. Pour la 35e commémoration de cette opération, le PSNS a organisé une parade à Hamra, bloquant la circulation dans ce quartier de la capitale, et effrayant ses habitants.

Mais, plus loin que la simple commémoration de l'opération, cette parade a provoqué un tollé dans les milieux politiques, dans la mesure où certains l'on interprétée comme un message politique adressé au gouvernement libanais (dont fait partie le PSNS) de la part de l'axe syro-iranien, à l'heure où l'Arabie saoudite œuvre pour rendre à la scène politique son équilibre. On en veut pour preuve les réunions du leader des Forces libanaises, Samir Geagea, et du chef des Kataëb, Samy Gemayel, avec le prince héritier du royaume wahhabite, Mohammad ben Salmane, la semaine dernière.

Interrogé par L'Orient-Le Jour, Ali Kanso, ministre d'État pour les Affaires du Parlement et président du PSNS, a expliqué qu'« il ne s'agit aucunement d'une parade ». « Ce n'est que la commémoration de la toute première opération perpétrée contre l'ennemi israélien à Beyrouth », insiste-t-il, avant de poursuivre : « Le parti a seulement voulu adresser un message de résistance et assurer qu'il sera toujours prêt à combattre Israël, tout comme l'a fait Khaled Alwan il y a 35 ans. » M. Kanso a, par ailleurs, insisté sur le caractère pacifique de l'événement, « dans la mesure où les participants n'ont porté aucune arme ». Commentant la polémique suscitée dans les milieux politiques, le président du PSNS note que « toutes les formations organisent des événements à caractère partisan ». Il en veut pour preuve les meetings organisés par les Kataëb et les Forces libanaises, mais aussi par le Hezbollah et le mouvement Amal.

 

(Lire aussi : Geagea et Gemayel en Arabie saoudite « parce que le Liban ne gravite pas dans l’orbite iranienne »)

 

« Une nouvelle main de fer syrienne »
Mais en dépit de ces explications, de nombreuses forces politiques, notamment celles qualifiées de « souverainistes », estiment que par sa « parade », le parti proche du régime syrien a adressé des messages politiques au gouvernement dirigé par Saad Hariri, et a porté atteinte au prestige de l'État.

C'est dans ce cadre que Nadim Gemayel, député Kataëb de Beyrouth (dont le père, Bachir Gemayel, a été assassiné par Habib Chartouny, membre du PSNS), place la 35e commémoration de l'opération Wimpy. « Ce qui s'est passé à Hamra est intolérable, d'autant qu'il nous rappelle les événements du 7 mai 2008 (invasion de Beyrouth par des miliciens du Hezbollah) », s'alarme Nadim Gemayel dans une déclaration à L'OLJ. Selon lui, « il s'agit de tentatives de mener le pays vers la violence que le PSNS a longtemps adoptée ». Assurant que l'événement a porté des messages au cabinet et constitue une gifle au prestige de l'État, le député Kataëb se pose la question de savoir « si le parti a obtenu l'autorisation du ministère de l'Intérieur », faisant savoir qu'il adressera une question écrite au gouvernement à ce sujet. M. Gemayel n'a pas manqué de mettre en garde contre « des tentatives de placer le pays sous une main de fer encore plus dure que celle exercée par la tutelle syrienne pendant plus de trois décennies ».

À son tour, Mouïn Merhebi, ministre d'État pour les Affaires des réfugiés (courant du Futur), stigmatise « la démonstration de force » du parti. « Le PSNS a voulu faire savoir que ce sont les milices qui dirigent le pays », dit-il dans un entretien accordé à L'OLJ. Répondant à une question portant sur les retombées de la parade sur l'équipe ministérielle et sa cohésion, Mouïn Merhebi préfère placer l'événement dans un contexte plus large. Pour lui, il s'agit d'une « gifle aux institutions de l'État, conformément à un mot d'ordre iranien, parce que la République islamique veut réduire l'ampleur de la victoire de l'armée lors de la bataille "L'aube des jurds" ». « Comment un parti dont le président fait partie du gouvernement peut-il se permettre de mener de telles actions à l'encontre du cabinet ?» s'est encore interrogé Mouïn Merhebi.

 

(Lire aussi : Procès Bachir Gemayel : clôture des débats ; jugement le 20 octobre)

 

« Une parade de scouts »
Du côté de Meerab, on se veut un peu plus prudent. Joint par L'OLJ, un cadre des FL reconnaît que « la parade Wimpy menace la stabilité et porte atteinte au cabinet et au sexennat de Michel Aoun, en présentant le Liban comme un pays gouverné par des milices ».

Niant tout lien entre la parade et les visites de Samir Geagea et Samy Gemayel en Arabie saoudite, ce proche du chef des FL assure que « cela ne pourra pas secouer le cabinet Hariri, dans la mesure où le substitut ne serait que la vacance que tous les protagonistes refusent ».

A contrario, le Courant patriotique libre minimise l'impact de la parade de son allié le PSNS. Confiant que les participants n'étaient pas armés, Nabil Nicolas, député aouniste du Metn, assimile l'événement à « une parade de scouts », rappelant, via L'OLJ, que tous les partis politiques organisent des cérémonies commémoratives, dont le Hezbollah, les FL et les Kataëb.

 

 

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Lebinlon

les nazillons sont de sorti a ce que je voie ? pour tous les doux rêveurs qui pensent que ces mercenaires sont Libanais et pas armés je vous prie de vous renseigner un peu mieux. quand ils répondent au telephone ces "patriotes" ne disent pas "allo" mais " vive la Syrie". Libanais vraiment ? des scouts ?

Antoine Sabbagha

Pauvre Liban ou chaque parti peut défiler quand il veut et ou il veut et sans prendre la permission des responsables des diverses tribus et sans craindre d' être puni . Triste.

carlos achkar

Saleté de parti et pauvre Liban.

Le Faucon Pèlerin

Le 16-17 juillet 1942, l'Etat français de Vichy, à la demande de l'occupant allemand, effectua la "Rafle du Vélodrome d'Hiver" avec l'aide du Parti populaire français de Jacques Doriot, en envoyant des juifs aux camps de concentration nazis. Jacques Doriot mourut en 1945 en Allemagne, le PPF ne survit pas à la mort de son chef.
En 1949, Antoun Saadé, fondateur du PSNS, accusé de complot contre la sécurité de l'Etat fut exécuté par un peloton d'exécution le 8 juillet 1949. Le PSNS survécut à la mort de son chef et même, son chef actuel est aujourd'hui ministre du gouvernement libanais...

Élie Aoun

La violence appelle la violence. souvenons nous de pré
75 une partie armée, a defié l'etat et les patriotes libanais.je ne vois pas de drapeau libanais
ca me glace.....

gaby sioufi

""a porté atteinte au prestige de l'État""
soyez serieux , la citation ci-haut n'a pas besoin de cette parade a hamra pour etre confirmee.
le prestige de l'etat EST BEL BIEN enterre depuis LONGTEMPS !

mais pt't que ces mecs la n'en avaient pas apres l'etat ,
pt't c'etait un etalage de force de l'un ou de l'autre des "chefs" suite a l'effritement de ce parti ( snobe meme par la syrie soeur) et ses gueguerres intestines ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TOUS LES PARTIS NON NATIONALISTES ONT DES MILICES... JUSQU,A QUAND L,ETAT ACCEPERA-T-IL D,ETRE BAFOUE DE LA SORTE ? JUSQU,A QUAND LES PARTIS NATIONALISTES DORMIRONT-ILS ?

Yves Prevost

e qui est plus inacceptable même que cette parade milicienne, c'est l'existence même au Liban d'un parti syrien! Je ne pense pas que nier l'existence d'un Liban indépendant et réclamer sa sujétion à la Syrie soit conforme à la Constitution. Par quelle aberration le tolère-t-on?

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