L’édito de Michel TOUMA

Devoir de cohérence

L’édito
26/09/2017

Il existe – ou du moins il devrait exister – une corrélation entre des propos tenus dans certaines circonstances et la fonction de la personne qui les tient. Surtout lorsque la personne en question assume des charges officielles ayant une dimension constitutionnelle. Cela s'applique à l'évidence dans le cas présent – on l'aura sans doute deviné – au président Michel Aoun pour ce qui a trait à sa déclaration concernant le Hezbollah, faite à la presse française avant son départ pour Paris.

Sur le plan, d'abord, de la forme, il est déconcertant qu'un ancien commandant de l'armée souligne – de surcroît en sa qualité de chef de l'État – qu'on ne peut pas demander au parti chiite pro-iranien de remettre ses armes tant qu'Israël ne respecte pas les résolutions du Conseil de sécurité. Cela revient à insinuer implicitement que l'arsenal du parti de Dieu est destiné à être maintenu indéfiniment. Car Israël viole, impunément, les résolutions du Conseil de sécurité depuis sa création en 1948 et rien n'indique qu'il est disposé à cesser de le faire à brève ou même moyenne échéance. Se prononcer dans un tel contexte pour la préservation de ces armes para-étatiques constitue une atteinte au prestige, à la dignité et au rôle de l'institution militaire, au moment même où la troupe vient d'apporter la preuve de ses capacités et de son efficacité dans la bataille des jurds, comme elle l'avait fait d'ailleurs à Nahr el-Bared, il y a dix ans.

Le Hezbollah a, certes, pour l'heure, une légitimité populaire indéniable. Nul ne saurait lui nier, en outre, le mérite d'avoir une vision politique claire, de faire preuve de sérieux et de professionnalisme dans la défense et la promotion de son projet pour lequel ses militants se battent et consentent moult sacrifices. Mais tout cela lui confère le droit de jouer un rôle important en tant que parti politique, précisément. Par contre, la coexistence entre une armée régulière étatique et une faction partisane dotée d'un puissant arsenal militaire est une chimère et ne saurait être que source de déséquilibre et de dysfonctionnement chroniques.

Il reste que bien au-delà de telles considérations d'ordre purement local et institutionnel, se pose un problème de fond d'une toute autre dimension beaucoup plus grave. On oublie souvent en effet que les armes du Hezbollah sont placées au service d'un projet transnational stratégique qui sert les intérêts d'une puissance régionale dont les ambitions et visées expansionnistes et hégémoniques n'échappent à personne. Et là, nous ne sommes pas dans le domaine de l'analyse ou des supputations. Il s'agit pour le parti d'une option dont le fondement est idéologique, lié de surcroît à la doctrine de la foi. Dans son ouvrage-référence sur le Hezbollah, le numéro deux du parti, le cheikh Naïm Kassem, souligne explicitement que lors de sa fondation, au milieu des années 80 du siècle dernier, le parti de Dieu a opté pour le guide suprême de la République islamique iranienne comme waliy el-faqih à qui il se soumet inconditionnellement pour tout ce qui a trait aux grandes décisions stratégiques. Le cheikh Kassem cite comme principal exemple à cet égard la décision de guerre et de paix, précisant que les décisions du waliy el-faqih à ce propos sont sans appel.

Ce problème de fond dépasse de ce fait la question de la présence d'un parti puissamment armé et il se pose en termes d'instrumentalisation de cet arsenal au service d'un projet expansionniste et des intérêts d'une puissance régionale en conflit ouvert avec des pays amis au Liban. De par sa fonction et son serment constitutionnel, le président de la République ne saurait avaliser une telle situation qui met en danger la cohésion nationale, menace le fragile équilibre communautaire interne et bafoue de manière flagrante la souveraineté et l'autorité de l'État central. Dans son discours d'investiture, le président Aoun ne s'était-il pas, par ailleurs, engagé à tenir le Liban à l'écart des conflits régionaux ? La guerre destructrice de 1990 n'avait-elle pas été menée, en outre, sous le signe du rejet de toute présence militaire autre que l'armée régulière ?

Ce n'est pas le rôle et la dimension politique du Hezbollah qui sont ici remis en question, mais son arsenal guerrier placé au service d'une puissance régionale dont la stratégie ne tient pas compte forcément des intérêts de l'État libanais. Quant aux impératifs de défense nationale face aux manifestations belliqueuses d'Israël, l'armée a apporté la preuve qu'elle est parfaitement en mesure, lorsque le danger plane, d'assumer pleinement ses responsabilités.

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Soeur Yvette

merci pour cet article cible vrai comme toujours ,,,

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TRES BIEN DIT ! J,AJOUTE : ETAT ! ARMEE ! PEUPLE !

Bery tus

Très jolie article et puissant comme on le disait depuis déjà 13 ans le hezb politique est le bienvenue ces idées sont bonnes surtout en économie !! Mais à bat les armes de ce parti oui absolument

Ma Fi Metlo

Je sens pas mal de progrès dans cette façon de présenter les choses .

Encore un petit effort et vous arriverez à comprendre pourquoi le hezb libanais resistant que vous présentez comme légitime d'un point de vue populaire avec ses moules sacrifices etc..... doit maintenir en main ce qui fait sa substance pour continuer à le rester face à des revanchards usurpateurs à qui il a donné le coup de pied dans les parties qui font le plus mal .

PUBLIEZ moi , au moins ça !

Dounia Mansour Abdelnour

Le Hezbollah n'a aucun intérêt au renforcement de l'armée libanaise. Il perdrait sa raison d'être.

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