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Culture

From East to West : métissage au cœur de Beyrouth

Cimaises

Michel el-Daher, propriétaire de la galerie South Border, et Nabil Debs, initiateur du collectif Beirut Arts Club, signent une troisième collaboration, à grande échelle cette fois-ci.

20/09/2017

En s'engouffrant sous les arcades en pierre de la majestueuse propriété de Nabil et Zoe Debs, où sont exposées les œuvres des artistes de From East to West, le visiteur sent d'emblée que les lieux collent parfaitement à l'esprit de l'exposition. Au cœur de Beyrouth, rue Gemmayzé, la traditionnelle demeure, centenaire et typiquement libanaise, abrite de nombreux joyaux de l'art qui font voyager non seulement dans le monde, mais aussi à travers le temps. Grand collectionneur, le couple dédie son temps et ses différentes propriétés situées aux quatre coins de la planète à la protection et la préservation de l'art et du beau.

Il y a plusieurs années, Nabil Debs rencontre Michel el-Daher, féru inconditionnel de l'art latin. À travers la passion de son ami, Debs découvre alors l'art cubain. Le galeriste libanais réside en effet à La Havane depuis 1982, année où il fonde l'association Hateful Eight, qui s'occupe de fournir des médicaments récupérés au Brésil ou aux États-Unis aux malades et porteurs du sida. Là-bas, Daher tombe sous le charme des artistes locaux. « Je me suis rendu compte qu'il y avait des artistes extraordinaires, mais dans les années 80, l'art était totalement régulé par l'État, et ce n'était vraiment pas facile pour ces artistes. » À l'époque, pour pouvoir exposer, voyager et vendre ses œuvres à Cuba, il fallait être membre du parti étatique. Avec ce statut, ces artistes qu'on appelait les « officialistes » avaient accès à toute sorte de matériel, mais n'avaient aucune liberté dans les thèmes abordés. Désireux de garder leur indépendance, nombre d'entre eux se sont opposés à ce diktat. Ils n'avaient plus, du coup, privés de matériel, aucune chance de percer. « J'ai donc décidé d'inviter à Beyrouth de très bons artistes qui avaient des problèmes avec l'État », explique Michel el-Daher. « Je leur offre le matériel, ainsi que des opportunités pour exposer à l'étranger. Ils peuvent ainsi peindre ce qu'ils veulent : pas de thème politique ou social imposé comme à l'époque. »

 

Daher et Cuba
« La situation actuelle est bien meilleure, même s'il nous est encore difficile d'être tout à fait libres dans notre production artistique », estime l'un des exposants, Jorge Otero. L'artiste cubain s'est fait un nom après son passage beyrouthin. Sous l'aile de Michel el-Daher, il a été notamment récompensé à la Biennale d'art contemporain de Miami en 2015. Depuis sa première visite au Liban il y a six ans, Otero continue à créer ses œuvres à Cuba, mais voyage fréquemment, et s'est ouvert à de nouvelles techniques et de nouveaux thèmes grâce à ses nouvelles expériences à l'étranger. Dans ses peintures et photographies, l'artiste travaille beaucoup avec le prototype du paysan cubain et les symboles qui l'accompagnent, comme le chapeau et la machette. Il utilise les éléments représentatifs de ce modèle pour le recontextualiser. Le symbolisme est fort et permet plusieurs interprétations. Les thèmes de l'identité, du rôle social, et le défi de vivre dans un environnement turbulent et hostile sont récurrents chez Jorge Otero.

Résidant à Cuba, Michel el-Daher ne s'est cependant pas arrêté aux frontières de l'île. Le galeriste entend aider tout artiste du continent sud-américain qui n'aurait pas la chance ou les moyens de pouvoir s'exprimer à travers l'art. C'est ainsi qu'il a fait venir Ben Abounassif du Venezuela au Liban, pour lui permettre de continuer à produire ses œuvres loin des crises politiques de son pays. Ayant déjà exposé dans plusieurs pays (États-Unis, Venezuela, Chine, Liban, ou encore Émirats arabes unis...), l'artiste s'est naturellement tourné vers l'art cinétique, très géométrique, un mouvement fortement répandu chez lui.

À découvrir jusqu'au 22 septembre.

 

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