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Moyen Orient et Monde - Droits de l’homme

« La Turquie se trompe de stratégie » sur la question kurde

Selon un rapport des Nations unies publié la semaine dernière, près de 2 000 personnes, en majorité des civils, auraient été tuées dans le sud-est du pays dans le cadre d'opérations de sécurité entre juillet 2015 et décembre 2016.

Des militaires turcs sur la route menant à Cizre dans le sud-est du pays, le 9 septembre 2015. Ilyas Akengin/AFP

Dans un rapport publié le 10 mars, l'ONU dénonce des « violations graves » commises par les autorités turques à l'égard des Kurdes du sud-est du pays entre juillet 2015 et décembre 2016. Le processus d'investigation des violations des droits de l'homme dans la région a été mené par le Haut-Commissariat aux Droits de l'homme (HCDH) suite à la réception « d'allégations détaillées et crédibles » en juillet 2015. L'organisation s'est basée sur différents documents (images satellite, vidéos) et informations officielles. Elle n'a pu avoir directement accès aux zones concernées suite au refus du gouvernement turc.

Si l'ONU condamne fermement le coup d'État mené le 15 juillet 2016, l'organisation soulève certaines inquiétudes quant à l'impact des mesures sur les droits de l'homme prises dans le cadre de l'état d'urgence déclaré suite au putsch. « Il semble que la protection intérieure des droits de l'homme dans le sud-est de la Turquie ait effectivement échoué depuis au moins juillet 2015 », peut-on lire dans le rapport. Selon le HCDH, près de 2 000 personnes, en majorité des civils, auraient été tuées dans la région dans le cadre d'opérations de sécurité durant la durée de l'investigation. Selon les témoignages récoltés, « les procureurs locaux ont systématiquement refusé d'ouvrir des enquêtes sur les homicides signalés, en violation des obligations constitutionnelles et internationales en matière de droits humains », souligne le document. Suite à ces meurtres, entre 355 000 et 500 000 personnes auraient été déplacées dans d'autres zones du pays avec une « assistance humanitaire très limitée ». L'ONU dénonce également un usage excessif de la force, de la torture, de violences contre les femmes, de la censure et l'empêchement de l'accès à des besoins de première nécessité. « Dans le sud-est de la Turquie, ces mesures semblent avoir largement pris pour cibles les dissidents et les partis politiques de l'opposition », souligne le document. En parallèle, le HCDH a constaté un grand nombre de destructions d'immeubles et d'infrastructures.

En réaction, Mevlüt Cavusoglu, le chef de la diplomatie turc, a dénoncé le rapport « en majeure partie biaisée, fondé sur de fausses informations et loin d'être professionnel » dans un communiqué. « Nous n'acceptons pas la place donnée dans ce rapport à des affirmations infondées qui se mêlent à de la propagande d'une organisation terroriste », a-t-il ajouté.

 

(Lire aussi : L’ONU accuse Ankara de « graves violations » dans la région kurde)

 

 

L'impunité d'Ankara
Le Turquie lutte férocement contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qu'elle considère comme un mouvement terroriste. Le conflit qui dure depuis 1984 oppose les autorités turques aux Kurdes qui veulent l'autonomie de leurs régions.

La Turquie s'est d'abord tournée vers la voie politique en incluant les Kurdes directement dans la vie politique du pays pour régler le conflit. Cependant, le mois de juillet 2015 marque un tournant et Ankara abandonne cette stratégie au profit de la voie militaire. « Erdogan considère qu'il faut mener une lutte à mort contre les "terroristes" », explique Didier Billion, directeur adjoint de l'Institut de relations internationales et stratégiques et spécialiste de la Turquie. « Le PKK ne peut pas être éliminé militairement, la Turquie se trompe de stratégie », souligne-t-il. Implanté en Iran, en Irak et en Syrie, le PKK est particulièrement actif en Turquie. Les exactions de ces dernières années poussent alors les jeunes dans les bras du PKK qui recrute massivement dans le Sud-Est turc.

Malgré les révélations alarmantes du rapport du HCDH, l'impact du document reste limité. Le texte conclut par une série de recommandations à l'égard de la Turquie. Juridiquement, aucune sanction ne peut lui être imputée. Diplomatiquement, la communauté internationale semble fermer les yeux. Démontrant son impuissance face à Ankara, l'ONU manque de moyens pour s'imposer sur le dossier kurde. « Le gouvernement turc est en outre impliqué dans le règlement de ces conflits (irakien et syrien) et joue un rôle diplomatique important dans la région, précise Jean Marcou, directeur des relations internationales à Sciences Po Grenoble. Il est probable que les acteurs internationaux ont donc tendance à le ménager. »

 

 

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