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Moyen Orient et Monde

Le « nous » de Hassan Nasrallah...

Commentaire
14/09/2017

La victoire, sinon rien. Hassan Nasrallah n'est pas du genre à s'encombrer de nuances. À ses yeux, la guerre en Syrie est déjà terminée. Et le moment est désormais venu d'en déclarer officiellement les vainqueurs. Comme à son habitude, il s'est d'ailleurs chargé lui-même de le faire.

« Nous avons gagné la guerre en Syrie », a affirmé mardi le secrétaire général du Hezbollah lors d'un rassemblement religieux, selon le quotidien al-Akhbar, une publication proche du parti chiite. Hassan Nasrallah est catégorique. Peu importe que le conflit ne soit pas terminé ou que les négociations de paix en soient encore au point mort. L'adversaire « takfiriste » a été défait, le régime syrien maintenu, et c'est bien là l'essentiel. Ne reste plus que « quelques batailles éparses », d'après lui.

Hassan Nasrallah a grillé la politesse à Vladimir Poutine, à l'ayatollah Khamenei et même à Bachar el-Assad. Sans doute était-il trop pressé de célébrer son triomphe, après avoir été constamment critiqué par ses adversaires depuis l'intervention du parti de Dieu en Syrie en 2013. Sans doute souhaitait-il aussi rappeler à ses alliés que, si victoire il y a, le Hezbollah y est pour beaucoup. Car c'est bien là la principale interrogation que soulèvent les propos de Hassan Nasrallah : au nom de qui est-il en train de parler ? Qui est ce « nous » à qui il fait référence ? Nous, le Hezbollah ? Nous, l'axe iranien ? Nous, les chiites ? Nous, les alliés du régime ? Ou bien nous, le camp loyaliste ? Parce qu'en admettant que soit venu le temps de dresser le bilan final du conflit syrien – ce qui reste à démontrer – le parti chiite et ses « amis » ne peuvent clairement pas être tous logés à la même enseigne.

 

(Lire aussi : Axe iranien vs Israël en Syrie : des paroles... sans les actes)

 

Hassan Nasrallah le sait mieux que personne : même parmi les autoproclamés vainqueurs, il y a des perdants.
Le Hezbollah n'en fait clairement pas partie. Même s'il a perdu des milliers d'hommes en Syrie, même s'il est désormais détesté par une grande partie des sunnites dans la région, le parti de Dieu a réussi son pari. La guerre en Syrie lui a donné une dimension régionale. Elle a consolidé sa réputation militaire et lui a permis d'accroître considérablement son influence dans la région. Le Hezbollah s'est imposé dans le paysage syrien et a inversé les rapports de force vis-à-vis du régime : c'est désormais Damas qui a une dette envers lui. Il n'a cependant pas réussi à améliorer son image à l'international ni à garantir sa présence en Syrie sur le long terme.

Son parrain iranien est plus ou moins dans la même situation. L'influence de l'Iran dans la région n'a cessé de croître ces dernières années, en grande partie du fait de son implication en Syrie. Les dizaines de milliers de chiites de nationalité libanaise, afghane, pakistanaise ou irakienne qui combattent pour la cause du wilayet el-faqih donnent à Téhéran un pouvoir considérable sur le sol syrien. Sa capacité à tisser des relations avec les différentes minorités et surtout à s'implanter dans l'État profond syrien lui confère une emprise sans doute sans équivalent sur le régime syrien. Malgré les éléments de langage, l'axe irano-syrien n'existe plus. Ne subsiste qu'un axe irano-iranien qui, au nom de la cause chiite, domine l'Irak, la Syrie, et le Liban.

Mais la domination iranienne, dans une région majoritairement sunnite est presque contre nature et semble difficilement tenable sur le long terme. D'autant moins si les Iraniens, qui ont pourtant d'autres soucis sur la scène intérieure, tombent dans l'hubris, en considérant que leur pouvoir ne connaît pas de limites. Auquel cas les Américains et les Israéliens se chargeront sûrement de les ramener à la réalité.

 

(Lire aussi : L’armée syrienne contrôle désormais 85 % du territoire, selon Moscou)

 

L'allié russe ne voit pas forcément les choses de la même façon. La guerre en Syrie lui a permis de revenir en force dans le jeu international et de doper son statut, largement exagéré, de superpuissance. Moscou fait à nouveau figure de grande puissance au Moyen-Orient et a pris le soin de pérenniser sa présence en Syrie en consolidant son ancienne base de Tartous et en en établissant de nouvelles. Tout comme le Hezbollah et Téhéran, Moscou a réussi à imposer son contre-discours sur le conflit syrien, en présentant son intervention comme relevant purement et simplement de la lutte contre le terrorisme. Mais Moscou a besoin de plus pour véritablement considérer que son entreprise est victorieuse. Il lui faut une paix, acceptée par la communauté internationale, et dont il serait le principal garant. On en est encore loin.

Au sein du camp loyaliste, c'est finalement le régime syrien qui apparaît comme le grand perdant. Profondément affaibli par 6 ans et demi de guerre, le régime en est réduit à essayer d'attiser les rivalités entre ses deux parrains pour garder un minimum d'autonomie. Pour un pays qui faisait la pluie et le beau temps au Liban, qui savait mieux que quiconque instrumentaliser la cause palestinienne, et qui pouvait regarder les Iraniens droit dans les yeux, c'est peu. « Ils m'ont fait gagner la guerre en Syrie », dira d'ailleurs peut-être un jour, dans un élan d'honnêteté, Bachar el-Assad. Sans que ce « ils » ne soulève la moindre interrogation...

 

 

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wayzani jamal

amelioré son image à l'international? mais tout l'international qui a droit à la parole est contre lui.
vous insinuez l'amerique, le reste de l'occident, les pays du golf? on s'en fout de leurs appreciations et de leur avis.
la guerre n'est pas fini nassrallah le sait, mes des victoires il en a eut et nous du sud liban on en est fiers.
seul contre tous et en particulier une partie du peuple libanais.
soyer fier de ce libanais qui parmi les peuples arabes et le peuples opprimés est un exemple de bravoure et de dignité.
non nassrallah n'a pas fait la guerre en syrie pour le maintient de assad et son régime, il l'a faite pour sauver le sud liban et ses habitants d'une conspiration internationale pour l'intérét d'israel.
honte à tout libanais qui critique nassrallah.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DU TOUS POUR UN ET UN POUR TOUS... VIVE DARTA GNAN !

Assad Fakhouri

La guerre civile en Syrie est loin de se terminer
Comme à l'accoutumé, les actes victorieux de sa milice se transforme en victoire
Certes, le tyran s'est redressé grâce à ses protecteurs et en particulier la Russie

Ma Fi Metlo

À l'endroit où on voit " deja" des divergences entre l'AXE de la résistance vainqueur sur toute la ligne dans la guerre en Syrie contre le héros Bashar , j'opposerai une vision plus realiste et actuelle ,qui est la divergence actuelle et palpable que se livrent les "allies de la coalition" arabo turco israelo americano franco britannique .

Sans vouloir approfondir qu'entre ces "alliés de la coalition" cité plus haut, ça se tire grave dans les pattes entre turcs et allemands, saoudos et qataris, américano et turcos par kurdos interposés etc...etc...

Donc svp Mr samrani, refaite nous le même article en parlant des perdants et de leurs manipulateurs, dans un souci de plus de réalités, qui mettraient fin aux rêves.

L'idée que un jour peut être les amerloques humaines et les usurpateurs de terre s'en prendraient à UN ELEMENT DE L'AXE DE LA VICTOIRE est une pure affabulation de politique fiction que certains rêvent voir se concrétiser.

INSHALLAH UN JOUR PEUT ÊTRE. ..LOL...

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