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Liban

Après « le deuil des partielles », les législatives de mai 2018 menacées de report ?

Élections

L'opposition accuse le gouvernement de manquement à ses devoirs.

Yara ABI AKL | OLJ
11/09/2017

À l'heure où le gouvernement continue de reporter indéfiniment l'examen de la question des élections partielles qui devraient se tenir à Tripoli et au Kesrouan, le chef du législatif Nabih Berry a ouvertement fait le deuil de ce scrutin, destiné à pourvoir les sièges vacants de Michel Aoun (élu président de la République le 31 octobre 2016), de Robert Fadel (qui a présenté sa démission le 30 mai 2016) et de Badr Wannous (décédé le 5 janvier 2017).

Mais si le ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, n'a pas tardé à répondre au chef du législatif, invitant « tout le monde à assumer ses responsabilités » sur ce plan, il n'en demeure pas moins que rien ne donne à penser que ce scrutin se tiendra en temps voulu, en dépit du forcing effectué par plusieurs protagonistes (dont notamment le chef des Kataëb, Samy Gemayel) dans ce domaine.

Alors que d'aucuns tentent d'expliquer cette dérobade de l'équipe ministérielle par des motifs logistiques et techniques, d'autres – plus pessimistes – font état d'une crainte qu'éprouveraient certaines parties au sujet d'un éventuel changement radical des choix politiques des Libanais, au vu des grandes transformations observées sur la scène locale.

Ce point de vue est avancé, par exemple, par l'ancien ministre de la Justice, Achraf Rifi. Des sources proches de ce dernier rappellent à L'Orient-Le Jour que le scrutin partiel est une obligation constitutionnelle qui est contraignante pour le gouvernement. Or celui-ci semble vouloir faire la sourde oreille, affirment ces sources.

Même son de cloche chez Élie Marouni, député Kataëb de Zahlé, qui rappelle que « pendant longtemps, les textes constitutionnels n'ont pas été respectés, cédant la place aux intérêts individuels ».
Interrogé par L'OLJ, M. Marouni se veut encore plus clair : « On pourrait bien expliquer ce report continu par le fait qu'un parti chrétien (le courant aouniste) et une composante musulmane (le courant du Futur) ne voudraient pas voir se tenir les partielles de Tripoli et du Kesrouan, dans la mesure où elles constitueraient un indicateur des nouvelles orientations populaires. »

De même, Nawfal Daou, ancien journaliste originaire du Kesrouan, estime, dans un entretien accordé à L'OLJ, que « le pouvoir politique craint le nouveau pouls populaire, sans oublier des facteurs financiers qui empêcheraient certains partis politiques de prendre part aux partielles ».

De son côté, Farid Haykal el-Khazen semble, lui, plus optimiste. Contacté par L'OLJ, il estime que « les propos de Nabih Berry visent à exhorter le gouvernement à tenir les élections, d'autant que le délai de convocation du collège électoral n'expire que le 21 octobre prochain ».

 

(Lire aussi : Pourquoi le Futur et le CPL font passer les élections partielles à la trappe)

 

 

« Où en est le discours d'investiture ? »
Face à ce tableau, nombreuses sont les interrogations concernant le sort des législatives générales prévues le 6 mai 2018. On en veut pour preuve la bataille des « réformes de la nouvelle loi électorale » lancée par le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, au lendemain de l'adoption de la nouvelle mouture, afin de « rectifier la représentativité (des chrétiens) », pour reprendre les termes du chef de la diplomatie.

À cela vient s'ajouter un lien établi, dans certains milieux politiques, entre l'échec à organiser les partielles et les tentatives d'échapper aux élections générales de 2018, sous prétexte de plusieurs obstacles techniques, dont notamment la carte électorale magnétique.

Ainsi, dans les milieux de l'opposition, on ne manque pas de faire valoir qu'une équipe ministérielle qui ne déploie aucun effort significatif pour organiser les partielles n'osera certainement pas œuvrer pour la tenue des législatives de mai 2018. Pour un proche d'Achraf Rifi, « cela n'est rien d'autre qu'un nouvel échec du cabinet dirigé par Saad Hariri, qui ne veut pas écouter la voix de l'opinion publique et son désir de changer ». « Le gouvernement ne vise qu'à une nouvelle prorogation de la législature, et donc du pouvoir politique actuel, après deux prolongements injustifiés du mandat de la Chambre », ajoute-t-il.

Mais au-delà du cabinet Hariri, un éventuel report des élections législatives serait sans doute interprété comme un camouflet porté au sexennat Aoun. D'autant que le chef de l'État est connu pour avoir longtemps adopté des positions fermes quant à l'importance de « respecter les délais constitutionnels ».

D'aucuns rappellent dans ce cadre qu'en 2013, Michel Aoun et le bloc parlementaire qu'il présidait n'ont pas manqué de présenter au Conseil constitutionnel (CC) un recours en invalidation de la loi portant sur la première prorogation de la législature. De farouches opposants à la ligne politique actuelle vont même jusqu'à remettre en question « le discours d'investiture d'un président qui se veut fort, mais qui craint les choix des Libanais ».

Il reste que, dans le camp des loyalistes, on se veut prudent et optimiste. Une source proche du dossier assure à L'OLJ que « la décision politique » d'organiser les législatives est prise. « Seuls les nœuds de certains détails techniques, tels que le pré-enregistrement des citoyens dans leur lieu de résidence, restent à défaire », soulignent les milieux loyalistes.
« Le comité ad hoc chargé du dossier de la loi électorale devrait se prononcer sur cette question la semaine prochaine au plus tard », ajoute-t-on de même source.

 

Pour mémoire

 Farid Haykal el-Khazen dénonce une violation de la Constitution 

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Irene Said

Nos super-députés ont peur de ne pas être re-élus...et craignent le verdict du peuple ?
C'est donc qu'ils savent très bien qu'ils n'ont rien fait de valable durant leurs 2 mandats auto-prorogés !
Ils n'ont qu'à changer de méthode et vraiment oeuvrer pour ceux qui les ont élus, et alors ils n'auront plus à craindre leur verdict à travers les urnes...c'est aussi simple que cela...et valable pour tous les députés dans tous les pays qui se respectent.
Irène Saïd

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