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Liban

Pourquoi le Futur et le CPL font passer les élections partielles à la trappe

Élections

Samy Gemayel rappelle l'exécutif à son devoir, en adressant une question écrite à Saad Hariri et Nouhad Machnouk.

06/09/2017

Les délais pour la tenue des élections partielles à Tripoli et au Kesrouan ayant expiré depuis bien longtemps, le gouvernement continue magistralement d'ignorer cette échéance sans même y mettre la forme. C'est le chef des Kataëb, Samy Gemayel, qui a rappelé hier l'exécutif à son devoir, en adressant une question écrite au Premier ministre, Saad Hariri, et au ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, à ce sujet. « Pourquoi le ministère de l'Intérieur n'a-t-il toujours pas convoqué le collège électoral et fixé de dates pour ces scrutins ? Pourquoi le gouvernement ne respecte-t-il pas les délais constitutionnels ? »
s'est demandé M. Gemayel.

Pour rappel, les sièges de Michel Aoun (Kesrouan), Badr Wannous (Tripoli), décédé le 5 janvier 2017, et Robert Fadel (Tripoli), qui a présenté sa démission le 30 mai 2016, sont toujours vacants.
M. Machnouk a annoncé à plusieurs reprises qu'il soulèverait cette question en Conseil des ministres, mais cela n'a toujours pas été fait. L'article 41 de la Constitution stipule qu'une partielle doit être organisée dans un délai de deux mois en cas de vacance d'un siège à la Chambre, sauf si l'on se trouve à moins de six mois des élections générales. Ce qui n'est pas le cas, les prochaines législatives étant prévues en mai 2018.

Nombreux sont ceux qui mettent en doute la bonne volonté de l'exécutif de s'engager dans un tel périple, la partielle étant non seulement la dernière des priorités sur son agenda, mais constituant de surcroît un test de popularité risqué pour les parties politiques concernées, dans les régions où le scrutin doit se dérouler.
C'est sans ambages que l'ancien député et actuel coordinateur du courant du Futur à Tripoli, Moustapha Allouche, admet ces réalités, reconnaissant, dans un entretien accordé à L'OLJ, qu'aucune partie en présence n'est disposée à livrer la bataille des partielles. « Les formations politiques ne sont prêtes ni psychologiquement ni politiquement, encore moins financièrement, à mener cette bataille, sachant que les dépenses à engager sont énormes, soit entre 5 et 6 millions de dollars. Elles seront particulièrement coûteuses à Tripoli avec ses 220 000 électeurs, qui nécessiteront entre 5 000 et 6 000 délégués », dit M. Allouche.

 

Forte concurrence
Le coût financier, que les partis n'ont généralement pas grand peine à couvrir, n'est que la partie visible de l'iceberg. La réalité est à rechercher dans les risques qu'encourent le courant du Futur et le CPL si ce scrutin devait avoir lieu, ces deux formations devant affronter, dans l'un ou l'autre caza, des concurrents redoutables.

Selon un expert électoral ayant requis l'anonymat, toutes les statistiques montrent que Farid Haykal el-Khazen serait vainqueur dans le Kesrouan face au candidat du CPL, Chamel Roukoz. À Tripoli, la concurrence que représente l'ancien ministre Achraf Rifi, grand gagnant aux municipales, face au courant du Futur n'est pas à ignorer non plus.

Cette concurrence est d'autant plus à redouter que les haririens ne comptent pas s'allier à l'ancien Premier ministre Nagib Mikati, cette fois-ci, comme ce fut le cas pour les municipales. M. Allouche explique ce retournement de situation par le fait que l'expérience de l'alliance entre le courant du Futur et M. Mikati « n'a pas été concluante durant les élections municipales. La relation était teintée d'hypocrisie et manquait de sincérité. D'ailleurs les deux formations n'étaient pas sur la même longueur d'onde politiquement parlant », confie l'ancien député qui assure que cette alliance ne tiendra pas non plus lors des prochaines législatives générales.

Et M. Allouche d'admettre que M. Rifi, mais pas seulement lui, est effectivement un concurrent de taille. « Aucune formation politique ne peut se considérer victorieuse d'emblée. Le courant du Futur sait pertinemment qu'Achraf Rifi, Nagib Mikati, voire même d'éventuels candidats indépendants constituent une menace à prendre au sérieux », dit-il. Il nuance toutefois ses propos en déclarant : « Si l'on va craindre cette compétition dès à présent, que ferons-nous dans sept mois ? »

 

Alliances et loi électorale
Pour les experts électoraux, ce qui dérange également, c'est le type d'alliance requis lors des partielles, à savoir le retour au système majoritaire (sur la base de l'ancienne loi de 1960), alors que toutes les parties se préparent d'ores et déjà à concocter des alliances en vue de la proportionnelle prévue par la nouvelle loi électorale adoptée en juin dernier. Cela peut effectivement gêner en cette période transitoire, dans la mesure où les alliances à faire actuellement sont différentes de celles qui sont appelées à se former en vue des législatives de mai prochain.

« À titre d'exemple, explique un expert, les indications font état d'une alliance très probable entre l'ancien ministre Mohammad Safadi et le courant du Futur pour les législatives. Celle-ci ne peut aucunement jouer en faveur du courant du Futur lors des partielles, puisque les haririens ne peuvent certainement pas gagner avec une telle alliance. » C'est la même logique qui s'applique dans le cas du Kesrouan où des indépendants qui ont un certain poids peuvent constituer une concurrence à prendre en considération.
M. Allouche estime qu'au Kesrouan, le problème se situe au niveau des tensions interpartisanes, intrapartisanes, mais aussi entre les partis et les indépendants, allusion faite à une absence d'entente entre le CPL et les FL pour mener ensemble cette bataille. La concurrence est à prévoir aussi entre le CPL, qui soutient la candidature de Chamel Roukoz, et les indépendants, tels que Farid Haykal el-Khazen et Ziyad Baroud, tous les deux candidats indépendants. Il ne faut pas occulter non plus la rivalité politique au sein même du même courant entre Chamel Roukoz, candidat au Kesrouan, et le chef du CPL, Gebran Bassil, « qui voit d'un mauvais œil un concurrent de cette taille, d'autant que M. Bassil ne jouit pas d'une légitimité populaire », dit-il.

Autant de raisons qui font craindre une fois de plus une occultation totale de cette question lors du prochain Conseil des ministres, prévu demain. Ali Mrad, membre du conseil d'administration de l'Association libanaise pour la démocratie des élections (LADE), affirme que le maintien de la partielle est « un test de plus de la volonté de l'État de respecter les échéances ». À ce jour, explique M. Mrad, rien n'a été fait pour les prochaines législatives en matière de campagne de sensibilisation à la nouvelle loi électorale, et la commission indépendante pour la supervision des élections n'a toujours pas vu le jour. « Le gouvernement persiste tout simplement dans sa fuite en avant, perpétrant la logique du non-respect de la Constitution, des lois et des délais », dit-il.

Pour M. Allouche, l'argument du respect des lois et de la Constitution ne vaut pas dans un pays où « le texte fondamental n'a pas empêché le Hezbollah de prendre une décision de guerre comme celle de la bataille de nettoyage des jurds pour bouter les jihadistes ». « L'un ne justifie pas l'autre », rétorque un analyste pour qui « un manquement au respect de la Constitution reste une violation, quelle que soit la clause occultée ».

 

Pour mémoire

Farid Haykal el-Khazen dénonce une violation de la Constitution

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Le Faucon Pèlerin

A propos d'une éventuelle élection partielle au Kesrouan, comment voulez-vous que les Forces libanaises puissent coopérer avec le CPL, lorsque le député Alain Aoun, le neveu, déclare dans An-Nahar du 13 août 2017 : Je préfère le député Mohammad Raad au docteur Samir Geagea ?

Saleh Issal

La bonne nouvelle c'est que Chamel Roukoz ne peut gagner et que l'alliance avec Mikati n'est plus une option pour le Futur.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

HARIRI DOIT RECUPERER RIFI DANS LES RANGS DU FUTUR SINON IL AURA A ATTENDRE DES SURPRISES A TRIPOLI ! JE NE PARLE PAS DU KESROUAN OU LE CPL PERD DU POIDS...

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