Après la cérémonie officielle d'adieu aux dix militaires, ex-otages de l'État islamique (EI), le Conseil supérieur de défense, convoqué la veille par le chef de l'État Michel Aoun, s'est réuni sous sa présidence au palais de Baabda, en présence du Premier ministre, des ministres concernés et des hauts responsables militaires et sécuritaires.
La réunion a permis d'évaluer le déroulement de la bataille « Aube des jurds » et de débattre d'une feuille de route relative à la sécurité des frontières et du pays. Selon notre correspondante à Baabda, Hoda Chedid, qui cite des sources proches de la réunion, le commandant en chef de l'armée, le général Joseph Aoun, a soumis un rapport détaillé de la bataille, s'attardant sur les difficultés encourues par la troupe, notamment en raison des mines plantées par les terroristes. Celles-ci auraient contraint l'armée à aménager de nouvelles routes, ce qui expliquerait le retard mis à conclure la bataille.
Pour ce qui est des négociations du cessez-le-feu, c'est le directeur de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim, qui se serait chargé d'en exposer les circonstances. Les échanges qualifiés de « positifs » par certains participants auraient du reste confirmé la tendance du pouvoir actuel à valoriser la victoire de l'armée aux frontières, sans questionner outre mesure l'accord tripartite de cessez-le-feu négocié par le Hezbollah, Damas et l'EI.
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Aussi un long débat, mais strictement technique, a-t-il porté sur la capacité de l'armée à se déployer sur les 300 km² qu'elle a libérés, selon les sources précitées. Considérant la nature aride du terrain, difficilement praticable en hiver, il a été décidé de prendre les mesures adéquates pour protéger les militaires. La construction de nouvelles tours d'observation aurait été envisagée, ainsi que le besoin de renforcer en effectifs et en équipements le régiment des frontières terrestres. Le commandement de l'armée a été appelé à élaborer un rapport détaillé sur ses besoins afin que le pouvoir y réponde avant l'hiver, sans quoi la consolidation des positions reprises à l'EI lors de la bataille « Aube des jurds » deviendrait plus difficile, rapporte notre correspondante. En outre, le chef de l'État aurait demandé au commandant de l'armée de mettre au point, en coordination avec la Direction des douanes, un plan de lutte contre le trafic aux frontières nord-est libérées par l'armée. Il a été demandé enfin à tous les services de sécurité d'élaborer des plans à court et moyen terme pour prévenir « des actes terroristes ou vindicatifs » à l'intérieur du territoire libanais, selon le compte-rendu de la réunion.
En marge de ces échanges, le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, a pris l'initiative d'évoquer la récente prorogation du mandat de la Finul par le Conseil de sécurité de l'ONU et « les circonstances de cette décision », note le texte, sans plus de précision. Prenant également l'initiative de dénoncer l'exercice militaire israélien de simulation de guerre contre le Hezbollah lancé mardi dernier sur les hauteurs du Golan, M. Bassil a été chargé de déposer une plainte relative à ce dossier auprès du Conseil de sécurité.
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Salam répond à Aoun
Par ailleurs, l'enquête judiciaire en cours sur la bataille de Ersal d'août 2014, lors de laquelle des dizaines de militaires libanais avaient été kidnappés par des jihadistes, a été évoquée sous l'angle de sa non-politisation. Le ministre de la Justice, Sélim Jreissati, présent à cette fin à la réunion, a souligné que « l'enquête portera strictement sur les éléments constitutifs du crime, afin d'éviter toute accusation de nature politique ». Il a même été cité dans le procès-verbal de la réunion. À l'ouverture de la réunion, le président Michel Aoun, qui avait requis l'enquête, a fait valoir que celle-ci « a pour but de couper court à la pléthore de théories et analyses (ayant suivi la révélation de l'assassinat des soldats, NDLR) (...). Elle apaisera certainement les parents des militaires qui ont le droit de savoir comment et pourquoi leurs fils ont été tués ».
Pourtant, c'est le ministre de la Justice lui-même qui avait inauguré « les théories et analyses », mettant en cause d'anciens responsables ayant supervisé la bataille de Ersal, dont l'ancien Premier ministre Tammam Salam et l'ancien commandant en chef de l'armée le général Jean Kahwagi. Il n'est pas sûr que « la dépolitisation » de l'enquête, telle que défendue hier par le camp du président, soit le signe d'un retrait de ces accusations. D'autant que le président Aoun avait quelques heures plus tôt déploré, lors de la cérémonie officielle à Yarzé, « les positions floues de certains responsables de l'époque ».
M. Salam n'a d'ailleurs pas tardé à y répondre explicitement dans un communiqué publié hier. « Je m'étais promis de ne pas me mêler à cette polémique forcée, par respect pour la mémoire des héros tués et la douleur de leurs familles d'une part, et par souci de ne pas me livrer à de vaines chicaneries politiques, ni au jeu des règlements de comptes dans cette période difficile pour le pays, de l'autre », a-t-il commencé par dire. « C'est toutefois la référence du président de la République au "flou dans les positions de certains responsables de l'époque" qui me pousse à fournir des précisions », a poursuivi Tammam Salam. D'abord, la position du gouvernement d'intérêt national de l'époque « était on ne peut plus claire, se résumant à l'impératif d'œuvrer, avec tous les moyens possibles, pour obtenir la libération des militaires otages, tout en préservant les habitants de Ersal et la paix civile dans la Békaa et le pays dans son ensemble », a-t-il expliqué, sans manquer de signaler que ce sont « les actes de paralysie de la vie institutionnelle, menés par certaines composantes politiques durant trois ans, qui méritent d'être qualifiés de flous ». Rappelons que cette paralysie était liée notamment aux blocages chroniques du cabinet Salam par les ministres aounistes et au boycottage de la présidentielle par le 8 Mars.
« L'ambiance négative provoquée au sein du Conseil des ministres à cette époque n'a pas du tout affecté les forces militaires et sécuritaires, ni la fermeté du commandement de la troupe (...) », a-t-il poursuivi. Confiant, l'ancien Premier ministre a dit « se joindre à la demande du chef de l'État de faire toute la lumière (sur la bataille de 2014) », et appelé à « lever le secret sur les procès-verbaux des Conseils des ministres de l'époque, afin que tous les Libanais, à commencer par les familles des militaires, puissent s'en informer (...). Il est du droit des Libanais de connaître les faits sur la bataille et les positions de l'époque de ceux qui, aujourd'hui, marchandent le sang des martyrs. Il est de leur droit de savoir qui avait accepté de négocier avec les terroristes et qui avait refusé et pourquoi, et qui avait mis en échec les efforts du comité des ulémas et d'autres, et pourquoi ».
Lors de la réunion du Conseil supérieur de défense, le Premier ministre Saad Hariri s'est prononcé sur l'enquête en soutenant « l'absence de motifs vindicatifs », mais a stigmatisé avec virulence « les accusations à tout va et les extensions politiques et médiatiques de l'affaire ». Et de signaler, dans une timide allusion au Hezbollah : « Nous sommes sortis victorieux de la bataille, mais sommes malheureusement incapables de nous entendre sur cette victoire, comme si d'aucuns auraient voulu que nous soyons défaits. »
La réunion a permis d'évaluer le déroulement de la bataille « Aube des jurds » et de débattre d'une feuille de route relative à la sécurité des frontières et du pays. Selon notre correspondante à Baabda, Hoda Chedid, qui cite des sources proches de la réunion, le commandant en chef de l'armée, le général Joseph Aoun, a soumis un rapport détaillé de la bataille, s'attardant sur les difficultés encourues par la troupe, notamment en raison des mines plantées...


EN REFERENCE LA LETTRE DE MONSIEUR AZOURY AU SAYED H.N. !
20 h 26, le 09 septembre 2017