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Liban

Vers un « compromis honorable » sur le congé du vendredi

Communautés

En renonçant volontairement à un recours devant le Conseil constitutionnel, le mufti ouvre la voie à un retour au statu quo ante préconisé par le courant du Futur.

Fady NOUN | OLJ
07/09/2017

Maladroitement ouverte par les députés, la polémique au sujet du jour de congé hebdomadaire semble se diriger vers « un compromis honorable ». C'est finalement la proposition de loi avancée le 30 août dernier par le député Ammar Houri (Futur) qui sera adoptée comme solution intermédiaire.

Revêtue du caractère de double urgence, la proposition sera soumise au vote lors des séances parlementaires des 19-20 septembre. Elle maintient les deux jours de congé hebdomadaire de samedi et dimanche que le législateur a prévus, en vertu de la loi (article 23 de la loi 42/2017 sur la nouvelle grille des salaires dans le secteur public votée le 17 juillet dernier) ; en contrepartie, elle prolonge les heures de travail jusqu'à 16h30, du lundi au jeudi, et garde tel quel l'horaire de travail du vendredi, qui autorise les fonctionnaires musulmans à s'arrêter de travailler dès 11 heures, pour pouvoir se rendre à la mosquée.

La loi 42/2017, elle, prévoyait que les heures supplémentaires prévues seraient réparties sur les cinq autres jours de travail, y compris sur la journée du vendredi, que les musulmans considèrent comme leur journée de congé hebdomadaire. Ainsi, les fonctionnaires travailleraient jusqu'à 15h30, du lundi au jeudi, ainsi que le vendredi. Toutefois, ce jour-là, l'horaire serait interrompu entre 11 heures et 13 heures, pour les musulmans désireux d'accomplir leur devoir religieux.

 

(Pour mémoire : Houry propose un compromis sur le vendredi)

 

On s'étonne de ce que les députés n'aient pas prévu l'indignation que ce projet allait susciter, surtout en milieu sunnite, où la demande du congé du vendredi remonte à loin. Toujours est-il que le mufti de la République, le cheikh Abdellatif Deriane, devait s'opposer à ce projet et solennellement réclamer, dans son prêche de l'Adha, que la journée du vendredi soit entièrement chômée au même titre que le dimanche.

C'était, sans aucun doute, céder à la surenchère. Débordé sur sa droite, le mufti ne pouvait que hausser le ton, expliquent les proches de Dar el-Fatwa. En réalité, ajoutent ces milieux, le mufti comprend bien que l'on ne peut intercaler un jour de travail (samedi) entre deux jours de congé (vendredi et dimanche). Il a ainsi laissé passer le délai de 15 jours dont il disposait pour se pourvoir, en tant que chef de communauté religieuse, devant le Conseil constitutionnel et demander l'invalidation de cet article de la loi. Selon ses proches, le dignitaire sunnite aurait même décidé de voyager pour se soustraire aux pressions exercées à son endroit. Ce faisant, Abdellatif Deriane ne se dérobe pas à ses responsabilités, mais laisse au courant du Futur, majoritaire au sein de la communauté sunnite, le soin de régler la question. C'est au député Ammar Houri que le suivi de cette affaire, indue et indésirable, a été confié.

Comme de juste, une nouvelle preuve de la surenchère à laquelle cette question a donné lieu en milieu sunnite a été apportée hier par les deux députés Imad el-Hout (Jamaa islamiya – Frères musulmans) et Khaled Daher (radié pour extrémisme du courant du Futur), qui ont annoncé avoir préparé une proposition de loi revêtue du caractère de double urgence en vertu de laquelle la journée du vendredi serait entièrement chômée, à charge pour les fonctionnaires de travailler jusqu'à 17h30, du lundi au jeudi, et de 8 heures à midi le samedi.
Aux fonctionnaires désireux de jouir d'un long week-end, le texte prévoit que, moyennant l'assurance d'un bon fonctionnement de leur service, les fonctionnaires ont le droit de prendre congé samedi, ces journées étant déduites de leur congé annuel. Ce sera à la Chambre de départager les tenants des deux projets de loi en lice.

 

(Pour mémoire : Dar el-Fatwa s’insurge contre la décision de travailler davantage le vendredi)

 

Chiites et druzes
Sur le fond, il y a lieu de noter que les communautés chiite et druze ne se sont pas associées à la campagne en faveur du congé du vendredi. Selon une source islamique autorisée qui a demandé à conserver l'anonymat, « la prière du vendredi est centrale et obligatoire chez les musulmans, et plus particulièrement chez les sunnites ». Cette prière, qui est l'un des cinq piliers de l'islam, peut être faite tous les jours de façon indépendante, sauf celle de midi le vendredi. Cette dernière doit être collective, être conduite par un imam et accompagnée d'un prêche. À l'appui de ce commandement, les juristes citent le Coran affirmant : « Ô vous qui avez cru ! Quand on appelle à la prière du jour du vendredi, accourez à l'invocation d'Allah et laissez tout négoce. Cela est bien meilleur pour vous. Si vous saviez ! Lorsque la prière est achevée, dispersez-vous sur la terre et cherchez à obtenir des bienfaits de Dieu ; invoquez beaucoup le nom de Dieu. Puissiez-vous être heureux ! (al-Jumu'a, 62:9-10) ». Il est admis qu'après la prière, le fidèle peut reprendre son travail.

En ce qui concerne les druzes, « les rites religieux ne sont pas publics, bien que dans certains cas, leurs dignitaires s'associent aux prières marquant les grandes fêtes musulmanes, comme celles de l'Adha et du Fitr », précise la source citée. La communauté chiite non plus n'accorde pas à la prière du vendredi la même importance que les sunnites, et cette importance varie suivant les différentes branches du chiisme.
Quant à l'instauration d'une journée de congé solennelle, le vendredi, elle s'est faite à l'époque des Abbassides, au VIIIe siècle, précise la source citée. Il s'agissait de se démarquer des chrétiens, qui chômaient le dimanche, et des juifs, qui le faisaient le samedi. Cette tradition s'est poursuivie sous les Ottomans, jusqu'à l'instauration du Grand Liban quand les autorités mandataires, notamment pour des raisons économiques, ont fixé la journée de congé hebdomadaire au dimanche. Notons que, tout comme le Liban, des pays largement musulmans comme la Turquie, l'Indonésie et le Pakistan maintiennent le dimanche leur jour de congé hebdomadaire.

 

 

Pour mémoire

Deriane veut faire du vendredi un jour férié

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gaby sioufi

fallait etre sorcier pour trouver cela ? par Dieu nos MPs sont de retardes ou simplement des paresseux de l'esprit, ou les 2 a la fois ?

RESTE A SAVOIR SI & COMMENT on va obliger les fonctionnaires a passer de si longues heures a - pour bon nombre d'entre eux- a ne rien faire......
a se tourner les doigts

Irene Said

Nous, Libanais, sommes toujours en train de nous occuper les méninges et perdre du temps pour des "problèmes" qui n'en sont pas.
Et pendant ce temps "perdu" les autres vrais problèmes vraiment importants restent non-résolus !
-Nous n'avons toujours pas de courant électrique 24/24h
-nous n'avons toujours pas l'eau coulant dans nos robinets normalement
-nous risquons d'être bientôt à nouveau envahis par les déchets
-nous risquons d'être entrainés dans un conflit avec Israël à cause de l'irresponsabilité d'un parti qui prétend sauver le Liban...
etc., etc.

Tout fonctionnait plus ou moins bien jusqu'à présent...alors pour quoi ou qui ces nouvelles exigences ???
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

FAUT PAS TOUT CONFESSIONNALISER... JE REPETE QUE LE DIMANCHE N,EST PAS CHOISI JOUR DE REPOS POUR PLAIRE AUX CHRETIENS MAIS BEL ET BIEN CAR DIEU APRES SIX JOURS DE LABEUR POUR CREER LE MONDE ET LA VIE S,EST REPOSE LE SEPTIEME JOUR...

Massabki Alice

Walla je me triture les meninges pour trouver la meilleure solution.
Chacun doit y mettre du sien....
Déjà qu'hier j'etais bien contente de payer ma quittance à l'office des eaux à deux heures passées.
Et je voyais les fonctionnaires déjà humiliés et ennuyés de travailler aussi tard.
Alors jusque 16.30, ce sera le coup de grâce.
Mais c'est juste aussi que vendredi tout le monde s'arrête à 11.00, toutes confessions confondues.

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