Rechercher
Rechercher

La mode

Rami Kadi fait un sort au chaos

Depuis sa collection de diplôme présentée à Esmod Beyrouth en 2008, Rami Kadi ne cesse de surprendre. En moins de dix ans, le jeune créateur libano-américain a avalé les distances à la vitesse grand V et joue en toute candeur dans la cour des grands, comme le confirme sa nouvelle collection automne-hiver 2017 baptisée « Sweet Chaos ».

Rami Kadi, automne-hiver 2017, « Sweet Chaos ». Photos DR

Ne pas se fier à cette bouille de premier de classe qui ne se bat jamais à la récréation, toujours impeccable, même en jeans et tee-shirt, et qui affiche trois obsessions inoffensives : sa coupe de cheveux, ses lunettes et ses baskets déjantées. Certes, Rami Kadi est un bosseur, voire un stakhanoviste, mais c'est surtout un joueur qui sait prendre des risques et vous entraîner dans ses folies. À Esmod, il se distinguait déjà nettement de l'ensemble de sa promotion. De quoi lui ouvrir les portes de l'atelier de Rabih Kayrouz et, très vite, celles de l'incubateur Starch créé par le même Kayrouz avec Tala Hajjar, qui va lui permettre en 2011, à seulement 25 ans, de lancer son propre studio et s'offrir une première boutique à Beyrouth.

 

La main, ce bel outil
Les contraintes de la haute couture ne lui font pas peur. Elles lui procurent même ses premiers vertiges. Tout enfant, déjà, il affiche une fascination irrépressible pour le matériel de couture, la broderie, la passementerie. Bricoleur, il maîtrise les travaux manuels à la perfection. Ce talent le pousse à innover, inventer des techniques d'ornement, en développer d'autres. Il va jusqu'à « cuire » ses tissus en les passant au four pour faire fondre les paillettes. Dans Firefly (ou Luciole), l'une de ses collections les plus spectaculaires réalisée pour la semaine de la haute couture parisienne automne-hiver 2015, il réalise des motifs d'insectes géants sur fond noir avec du fil fluorescent. Les robes s'illuminent dans le noir et l'effet est littéralement hallucinant. « C'était pour me débarrasser de ma phobie des insectes », avait-il sobrement commenté.

 

Des lucioles contre la phobie des insectes
Avant cela, avant même de présenter en 2014 sa première collection à la semaine parisienne de la haute couture, il attirait déjà, depuis son repaire beyrouthin, les stars de l'heure : l'artiste burlesque Dita Von Teese, la top et actrice taïwanaise Lin Chi-Ling, les stars bollywoodiennes Aishwaria Rai, Amy Jackson, Malaika Arora ou Divya Khosla Kumar, ou arabes telles que Myriam Farès, Ahlam et Maya Diab. À la croisée de l'Orient et de l'Occident comme le veut sa double culture, Rami Kadi a le talent de faire fusionner la tradition locale avec une esthétique internationale. Pour preuve, le traitement qu'il fait, l'été 2015, des arabesques de l'art islamique. Robes longues, manteaux légers, bustiers moulants à profond décolleté se transforment en architectures vivantes, parées de motifs géométriques complexes et colorés. Suivront, pour le printemps été 2016, une Parade nuptiale tout en légèreté et pastels vaporeux, et l'hiver de la même année L'ombre d'une femme animée de savoureuses broderies de fruits sur fond noir. Son Tourbillon céleste, proposé pour la belle saison 2017, affiche une esthétique kawaii et superpose chemisiers et robes bustiers, tissus vaporeux et drapés illustrés d'une débauche de motifs de cœurs, d'étoiles ou de dragons, véritables bandes dessinées sur pied, kitsch assumé contrastant brillamment avec le luxe des broderies, la maîtrise des silhouettes et l'équilibre des volumes.

 

Organiser le chaos
Attentif à l'air du temps, Rami Kadi est résolument contemporain. Sa nouvelle collection pour l'automne-hiver 2017, Sweet Chaos, n'invite pas à autre chose qu'à embrasser le désordre du monde actuel, ses hauts, ses bas, ses montagnes russes, ses illusions. Toute en effets optiques, cette ligne rend hommage à l'Op'art et se décline en robes et ensembles hypnotiques qui ne manquent pas, au passage, de faire un clin d'œil aux excès visuels et graphiques des années 70. L'incertitude de notre décennie, sa confusion, sa fragmentation s'exprime dans ces modèles à travers une prise d'assaut de tous les sens, des tourbillons à donner le vertige, des perspectives piégées, une audace réjouissante. Tout semble statique, mais à la manière des objets propulsés à grande vitesse, tout est en réalité dynamique. Des motifs géométriques s'intercalent entre des traits fins ou larges. Le noir et blanc de base est chahuté par des intrusions de turquoise, de rouge, de violine, bleu roi et vert émeraude. La légèreté du tulle et du satin est cinglée de motifs de cuir. Taille princesse et silhouettes ajustées se rebellent ainsi contre l'illusion de l'ordre et dénoncent un chaos qui s'organise avec grâce.


Ne pas se fier à cette bouille de premier de classe qui ne se bat jamais à la récréation, toujours impeccable, même en jeans et tee-shirt, et qui affiche trois obsessions inoffensives : sa coupe de cheveux, ses lunettes et ses baskets déjantées. Certes, Rami Kadi est un bosseur, voire un stakhanoviste, mais c'est surtout un joueur qui sait prendre des risques et vous entraîner dans...

commentaires (0)

Commentaires (0)