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Moyen Orient et Monde

Trump et l’Afghanistan : entre volte-face et tentative de posture présidentielle...

États-Unis

Le président américain a dévoilé les nouvelles grandes lignes de la politique US contre les talibans.

23/08/2017

Les troupes américaines ne se retireront pas d'Afghanistan. Dans une allocution solennelle d'une vingtaine de minutes depuis la base de Fort Myer, au sud-ouest de Washington, le président américain Donald Trump a dévoilé lundi soir les nouvelles grandes lignes de la position de son pays. Ne donnant aucun chiffre sur le niveau des troupes ou aucune échéance dans le temps et jugeant « contre-productif » de le faire, le président de « l'Amérique d'abord » a ouvert la porte à l'envoi de soldats supplémentaires sur le territoire afghan et a martelé sa conviction qu'un retrait rapide d'Afghanistan créerait un « vide » qui profiterait aux « terroristes » d'el-Qaëda comme du groupe État islamique.

Revenant sur la plus longue guerre de l'histoire des États-Unis, débutée moins d'un mois après les attentats du 11 septembre 2001 sous la présidence de George W. Bush, Donald Trump a accentué la pression sur le Pakistan qu'il a accusé d'être un repaire pour « des agents du chaos » et lancé une vive mise en garde à Islamabad. « Le Pakistan a beaucoup à gagner en collaborant à nos efforts en Afghanistan. Il a beaucoup à perdre en continuant à abriter des terroristes, a-t-il asséné. Cela doit changer, et cela va changer immédiatement ! » Jugeant qu'Islamabad ne faisait pas assez contre le réseau Haqqani, allié des talibans afghans, le département américain de la Défense a suspendu le mois dernier cinquante millions de dollars d'aide militaire.

 

Réactions
Hier, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, a réfuté les critiques du président américain, affirmant que le Pakistan « a fait de grands sacrifices et apporté de grandes contributions à la lutte contre le terrorisme », avant d'ajouter que « la communauté internationale devrait entièrement soutenir les efforts du Pakistan ». Si la réaction d'Islamabad s'est fait attendre, le ministère pakistanais des Affaires étrangères s'est défendu par la voie d'un communiqué en soulignant son « désir de paix (...) en Afghanistan » et le « désir continu du Pakistan de travailler avec la communauté internationale pour éliminer la menace du terrorisme ».

Alors que Donald Trump avait affirmé lundi soir que l'engagement « n'est pas illimité » et que le soutien de Washington « n'est pas un chèque en blanc » à Kaboul, le président afghan Ashraf Ghani a réagi dans une allocution en ignorant ces réserves : « Aujourd'hui, l'Amérique a montré qu'elle était avec nous, sans limite dans le temps », a-t-il dit.
En revanche, il s'est fait l'écho du président américain qui avait laissé, dans son discours, la porte ouverte à un dialogue avec certains rebelles. M. Ghani a ainsi lancé à l'adresse des talibans : « Les portes de la paix et de la négociation vous sont ouvertes. » Mais ces derniers ne semblent pas enclins à négocier. Après avoir promis un « nouveau cimetière » aux Américains s'ils s'obstinent à rester dans le pays, un tir de roquette revendiqué par les insurgés a visé l'ambassade américaine à Kaboul tard lundi. « Tant qu'il y aura un seul soldat américain sur notre sol et qu'ils continuent à nous imposer la guerre, nous continuerons notre jihad », ont-ils menacé. Ce à quoi l'OTAN s'est montré ferme en saluant hier « la nouvelle approche » américaine développée sur ce dossier et en soulignant que l'Organisation ne laissera jamais l'Afghanistan « redevenir un sanctuaire pour terroristes ».

L'allocution de Donald Trump a également été l'occasion d'appeler à une plus grande implication dans la résolution du conflit afghan. Et l'Inde a répondu positivement hier à cet appel du président américain. Par la voie d'un communiqué, le ministère indien des Affaires étrangères a fait savoir qu'il saluait « la détermination du président Trump à renforcer les efforts pour surmonter les défis auxquels est confronté l'Afghanistan », et que « l'Inde partage ces inquiétudes et ces objectifs ».

 

(Lire aussi : Privatiser la guerre américaine en Afghanistan. Erik Prince y croit)

 

Revirement
Alors que Donald Trump a toujours assumé sa volonté de mettre fin à toutes les interventions américaines à l'étranger et en particulier en Afghanistan, écrivant sur Twitter dès 2013 « Quittons l'Afghanistan », son revirement en matière de politique étrangère est un fait rare depuis son arrivée à la Maison-Blanche. Lors de son allocution, le président américain a ouvertement reconnu qu'il avait fait volte-face sur ce dossier épineux. « Mon instinct initial était de me retirer (...) mais les décisions sont très différentes lorsque vous êtes dans le bureau Ovale », a-t-il souligné, allant ainsi à l'encontre de l''opinion publique américaine. « Pour la majorité de la population, c'est une guerre trop longue. Pour beaucoup d'Américains, le but en Afghanistan n'est plus clair depuis l'élimination d'el-Qaëda », observe Corentin Sellin, professeur agrégé d'histoire et spécialiste de la politique américaine, interrogé par L'Orient-Le Jour.

En seize ans, les États-Unis ont versé plus de 110 milliards de dollars d'aide à la reconstruction de l'Afghanistan et perdu près de 2 500 soldats dans ce conflit. Un bilan qui a achevé de convaincre l'opinion publique américaine de considérer favorablement la proposition du candidat Trump de mettre un terme à l'intervention de Washington. Pourtant, un haut responsable rapporte qu'il aurait donné son feu vert au Pentagone pour le déploiement d'environ 3 900 soldats supplémentaires, en plus de maintenir les forces actuelles sur le sol afghan. Si cette décision était confirmée, ils rejoindraient les 8 400 militaires américains actuellement présents en Afghanistan au sein d'une force internationale qui compte au total 13 500 hommes et qui sert essentiellement à conseiller les forces de défense afghanes. En comparaison des quelque 100 000 soldats déployés sur place il y a sept ans, la hausse n'est pas spectaculaire, bien qu'elle marque une inversion de tendance par rapport aux dernières années.

 

Obama bis ?
À l'instar de M. Trump, le candidat Barack Obama avait lui-même promis en 2008 de mettre fin à la guerre d'Afghanistan, mais avait envoyé de nouvelles troupes dès la première année de son mandat. « Par rapport à Obama, l'évolution de la position de candidat à président est similaire, mais le réel changement réside dans le pourquoi. Aujourd'hui, il ne s'agit plus d'aider l'émergence de la démocratie en Afghanistan, mais de combattre les talibans avec un mot d'ordre : les États-Unis gagnent toujours », explique Corentin Sellin.
Et l'opportunité est grande pour Donald Trump de redorer son image. Après deux semaines chaotiques marquées par l'événement de Charlottesville et l'annonce du départ vendredi de Steve Bannon, conseiller stratégique très controversé, ce discours a été l'occasion pour le président américain d'adopter une posture présidentielle. Ou du moins d'essayer. « L'intervention très solennelle était destinée à « représidentialiser » Trump mais aussi à rassembler. Néanmoins, il sera compliqué pour lui de se relégitimer sur le fond rien que par cette annonce. Il faudra désormais des résultats concrets », analyse le spécialiste. Donald Trump est donc de nouveau à l'épreuve.

 

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gaby sioufi

personne ne voudrait etre a leur place,
mr trump et des dizaines d'autres .
Comment faire, quoi faire pour eliminer cette menace taliban... ces sauvages qu'on n'arrive pas a battre.
qu'on ne les critique surtout pas.

Pauvre Peuple afghan.

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