La Commission européenne a ouvert hier une enquête sur le rachat de Monsanto par Bayer, un projet d’acquisition estimé à 66 milliards de dollars. Patrik Stollarz et John Thys/AFP.
Bruxelles a ouvert hier une enquête approfondie sur le rachat du spécialiste américain des semences OGM Monsanto par le géant allemand de l'agrochimie Bayer, craignant que l'opération ne réduise la concurrence sur un marché déjà très concentré. L'exécutif européen « craint que la concentration » ait des répercussions négatives sur les marchés « des pesticides, des semences et des caractères agronomiques », c'est-à-dire les caractéristiques d'une plante.
Le projet d'acquisition de Monsanto par Bayer pour 66 milliards de dollars, annoncé en septembre 2016, « entraînerait la création de la plus importante entreprise intégrée du monde dans les secteurs des pesticides et des semences », souligne la Commission européenne (CE). « En outre, l'opération aurait lieu dans des branches d'activités déjà concentrées au niveau mondial », ajoute-t-elle. La CE dispose désormais de 90 jours ouvrables, soit jusqu'au 8 janvier 2018, pour arrêter une décision. L'opération « sera très bénéfique pour les agriculteurs et les consommateurs », a réagi Bayer, qui s'engage dans un communiqué à « continuer à travailler de manière étroite et constructive » avec Bruxelles.
La CE a déjà autorisé deux mégafusions dans l'agrochimie depuis le début de l'année, à chaque fois sous conditions. Fin mars, elle avait autorisé la fusion des géants américains Dow et DuPont, qui doit donner naissance dans les prochains jours à DowDuPont, un mastodonte pesant 130 milliards de dollars en Bourse. Dix jours plus tard, elle validait le rachat du suisse Syngenta par le géant chinois ChemChina pour 43 milliards de dollars, la plus grosse acquisition jamais lancée par un groupe chinois à l'étranger. Les nouvelles entités se sont engagées auprès de l'UE à revendre certaines de leurs activités afin de garantir la concurrence sur le marché européen.
« Entreprise monstre »
Cette vague de concentration dans l'agrochimie, poussée notamment par la baisse des marges des groupes de ce secteur, avec des prix agricoles qui restent bas, suscite de nombreuses inquiétudes parmi les défenseurs de l'environnement. Le mouvement citoyen international Avaaz avait appelé fin juillet la commissaire européenne à la Concurrence Margrethe Vestager à bloquer le rachat de Monsanto par Bayer. « Il n'est pas nécessaire de beaucoup enquêter. Une entreprise monstre qui contrôle notre nourriture est une mauvaise idée pour les agriculteurs et pour les citoyens partout dans le monde », a réagi hier Nick Flynn, directeur juridique de cette ONG, dans un communiqué.
« Les craintes soulevées » par les ONG « relèvent des règles nationales et européennes de la sécurité alimentaire, des consommateurs, de l'environnement et du climat », répond la CE, dont le rôle consiste « uniquement » à apprécier les concentrations « sous l'angle de la concurrence ». « La Commission approfondira son enquête pour déterminer si l'accès des concurrents aux distributeurs et aux agriculteurs est susceptible de devenir plus difficile dans le cas où Bayer et Monsanto viendraient à grouper ou à lier leurs ventes de pesticides et de semences », écrit-elle.
Bayer a enregistré en 2016 un bénéfice net part du groupe de 4,5 milliards d'euros (5,3 milliards de dollars), pour un chiffre d'affaires de 46,8 milliards d'euros (55,2 milliards de dollars). Il a annoncé fin juillet tabler sur un chiffre d'affaires de « plus de 49 milliards d'euros » (57,8 milliards de dollars) pour l'année en cours. Quant à Monsanto, son bénéfice sur l'exercice décalé 2015/2016 s'élève à 1,34 milliard de dollars pour un chiffre d'affaires de 13,5 milliards de dollars.
Source : AFP


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