L’édito de Michel TOUMA

Les leçons du passé

L’édito
08/08/2017

L'histoire contemporaine du Liban, depuis 1920 en passant par la période post-indépendance de 1943, a été marquée par une longue série d'ancrages d'une composante ou l'autre du tissu social libanais à une puissance régionale. Il en a résulté des tutelles successives, accompagnées parfois d'occupations directes, qui ont jalonné les phases les plus récentes de l'histoire mouvementée du pays.
À la fin des années 50, le Liban a ainsi subi le poids de la montée en puissance de l'Égypte de Nasser, soutenue par une faction de Libanais. Il aura fallu la stature d'un Fouad Chéhab pour trouver avec le raïs égyptien un modus vivendi qui a permis de préserver la dignité, l'autorité et l'autonomie de décision – interne – de l'État central. À la fin des années 60 et au début des années 70, le pays tombait dans le piège de la tutelle de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP de Yasser Arafat) qui fut régie par les funestes Accords du Caire et par l'abandon de la souveraineté sur une partie du territoire, qui prendra même pour nom le Fatehland. Il s'ensuivit une longue occupation israélienne d'une partie du Sud. L'invasion par les forces de l'État hébreu de Beyrouth et du Mont-Liban en 1982 aura pour conséquence de mettre fin au fait accompli palestinien. Vint ensuite, à la fin des années 80 et dans les années 90, l'implacable tutelle syrienne, consolidée par une occupation militaro-sécuritaire. Les troupes du régime Assad seront contraintes de se retirer en avril 2005 sous les coups de la révolution du Cèdre de 2005, précédée de la décision stratégique des présidents George W. Bush et Jacques Chirac de faire voter par le Conseil de sécurité la résolution 1559 prévoyant le retrait de toutes les forces étrangères du Liban, sans compter le vote par le Congrès US du Syria Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act – dont Michel Aoun avait été l'un des promoteurs.
Ce survol historique succinct illustre le fait qu'au fil des ans, les différentes tutelles et occupations dont le Liban a pâti ont été balayées à chaque fois par un changement de conjoncture régionale ou une donne étrangère fondamentale qui induisait la fin de la chape de plomb imposée aux Libanais.
Aujourd'hui, le pays est confronté à la montée en puissance dans la région du nouvel empire perse dont le levier au plan interne est non plus une occupation étrangère directe mais – d'une manière autrement plus subtile – une tête de pont représentée par un parti qui bénéficie du soutien d'une large fraction d'une communauté locale. C'est à la lumière de ce background qu'il convient de placer la récente bataille menée par le Hezbollah contre l'ex-Front al-Nosra. Car nul ne saurait être dupe, et il ne sert à rien de chercher à tromper l'opinion publique à ce propos. Un combat comme celui que vient de mener le parti chiite dans le jurd de Ersal ne saurait être le fruit d'une décision ou de considérations purement libanaises, comme l'a affirmé Hassan Nasrallah. La doctrine politique du Hezbollah, élaborée au milieu des années 80, stipule en effet, noir sur blanc – et elle n'a pas été remise en question –, que toute décision de guerre et de paix, et d'une manière générale toute démarche à caractère stratégique, relève du guide suprême de la révolution islamique iranienne (le wali el-faqih). Par voie de conséquence, la bataille du jurd de Ersal a pour cadre général le sauvetage du régime Assad par le pouvoir des mollahs à Téhéran, et l'accord conclu avec l'ex-Front al-Nosra s'inscrit dans le sillage d'ententes similaires conclues en Syrie avec les différentes forces de l'opposition syrienne.
Cette nécessaire mise au point permet de mettre en relief un dilemme auquel pourrait faire face le Hezbollah dans la conjoncture présente. Le parti chiite serait tenté en effet de vouloir capitaliser sur la bataille de Ersal, et sur le vaste soutien que lui apporte Téhéran, pour imposer un nouveau fait accompli – iranien – durable, de manière à modifier le fragile équilibre intercommunautaire interne. C'est précisément à ce niveau qu'apparaît l'utilité des leçons tirées des précédentes occupations et tutelles israélienne, palestinienne et syrienne, sans compter l'épisode nassérien. L'actuelle influence iranienne grandissante reste tributaire de l'émergence d'un quelconque bouleversement régional ou international qui peut très bien se manifester tôt ou tard sans qu'on s'y attende, comme ce fut le cas dans les années 80 et 2000.
Pour le Hezbollah, miser exclusivement sur son infrastructure milicienne et un alignement inconditionnel sur la République islamique pour tenter d'imposer son diktat sur le pouvoir central et la vie politique interne le rend totalement dépendant d'un changement de conjoncture, largement probable dans une région en pleine mutation comme le Moyen-Orient. Le parti chiite aurait-il, de ce fait, les moyens, mais surtout la volonté, de se départir de ses aventures guerrières régionales et de parier, plutôt, sur des rapports
équilibrés avec des partenaires locaux ? L'avenir du Hezbollah en tant que parti politique
libanais est indubitablement fonction de la réponse à cette interrogation.

À la une

Retour à la page "L'édito"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

POUR ETRE UN PARTI VRAIMENT LIBANAIS IL LUI MANQUE L,APPARTENANCE !

IMB a SPO

Vous ecrivez "L'avenir du Hezbollah en tant que parti politique libanais.." Vraiment? Vous y croyez vous que ce parti est un parti Libanais? Allons donc....

Wlek Sanferlou

Donc pour dialoguer avec hespolah il faut parler iranien... Sinon c est une perte de temps...

Ma Fi Metlo

Enfin un article qui parle du passé sous influence ( non pas du hezb ) mais d'autres forces libanaises, elles même sous direction d'autes puissances régionales ou internationales AUTRE QUE l'Iran NPR.

ET L'OCCUPATION DU SUD, MERCI D'EN PARLER.

C'EST TOUT.

MAIS CEST AUSSI TOUT.

Le Faucon Pèlerin

En 1943, des leaders libanais, Béchara el-Khoury, Riad el-Solh, Sabri Hamadé, Majid Erslan pour ne citer que ceux-là, par ordre du général Spears, avaient rejeté une proposition de la France, de conclure un traité de défense franco-libanaise. Conséquences de ce refus, le Liban a subi les ingérences égyptienne, palestinienne, syrienne et aujourd'hui iranienne...
Taisez-vous les protestataires !

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les signatures du jour

Le Journal en PDF

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.