Le village préféré des Libanais - 2017

En 2016, Akkar el-Atika et Ehden se sont battus jusqu’au bout

Le Village Préféré des Libanais

Dès après-demain lundi 17, « L'Orient-Le Jour » lance, sur dix jours consécutifs, ses reportages, dans La Dernière, sur les dix localités nommées pour la seconde édition du Village Préféré des Libanais : Anjar, Aqoura, Beit Chabeb, Bhamdoun, Hasroun, Maasser el-Chouf, Qleilé, Sir el-Denniyé, Tannourine et Tebnine. Une occasion pour revenir, un an après, sur les deux localités qui se sont battues jusqu'au bout, en toute amitié, pour le titre de 2016 : Akkar el-Atika et Ehden. Un bilan, un état des lieux, beaucoup de bonheur, et tellement de choses à faire encore, surtout de la part de l'État, pour que ces deux villages, comme tant d'autres, améliorent leur situation et attirent davantage de touristes.

15/07/2017

« À Akkar el-Atika, les habitants sont animés d'une motivation nouvelle ! »

Suzanne BAAKLINI

 

 

Les sources d'eau claire, innombrables à Akkar el-Atika, provenant du réservoir naturel de la Qammouha. Photo Antoine Ajoury

 

La localité a connu un essor touristique sans précédent après sa victoire à la première édition du Village Préféré des Libanais, mais l'état de l'infrastructure laisse toujours à désirer en raison de la négligence de l'État.

Il y a un an, le village jusque-là assez méconnu de Akkar el-Atika (Akkar, extrême Nord) créait la surprise en remportant la première édition du concours lancé par L'Orient-Le Jour en partenariat avec Fransabank et le ministère du Tourisme, le Village Préféré des Libanais, obtenant 57 000 votes sur les 122 000 récoltés par l'ensemble des dix villages. Selon le trésorier du conseil municipal Khaled Melhem, et l'un des volontaires de l'équipe qui a suivi le mouvement des votes, Ibrahim el-Assaad, ce concours a profondément bouleversé l'idée que se font les habitants de leur village, et boosté leur aspiration à l'améliorer. « Nous dormions deux heures par nuit, et avons réussi à mobiliser tout le Akkar », se souvient Ibrahim, jeune étudiant à l'AUB.

Les premières réactions enthousiastes ont suivi le visionnage de la vidéo réalisée par les jeunes sur Akkar el-Atika, ce lointain village que peu connaissaient vraiment. Et puis ce fut la victoire et l'explosion de joie. Qu'est-ce qui a changé dans la vie du village ? « Il ne s'est pas passé deux semaines que nous constations déjà l'arrivée de touristes des différentes régions, affirme Ibrahim. Nous leur servions de guides, certains étaient même étrangers au Liban. »

Sur le flux de touristes, Khaled Melhem confirme que la victoire du village à cette compétition a suscité une véritable curiosité. Mais sur le long terme, son bilan est plus mitigé. « Durant plusieurs semaines, les visiteurs venaient, nombreux, de différentes régions. Ils ont pu apprécier la beauté naturelle du village. Malheureusement, l'état délabré des routes les décourage. Voilà pourquoi, même si nous voyons encore des touristes, l'enthousiasme est quelque peu retombé. Et les ministères concernés, que nous avons sollicités, nous ont fait des promesses creuses à ce niveau. »

Économiquement, le village a toutefois commencé à profiter de cette manne. Khaled Melhem nous signale l'ouverture récente d'un nouveau restaurant de près de 400 couverts dans le village. « Les habitants sont animés d'une motivation toute nouvelle ! renchérit Ibrahim el-Assaad. Conscients que leur localité attire dorénavant des visiteurs, ils sont sensibilisés à l'importance de la propreté des rues et à l'aspect du village. »

Qu'attend la DGA ?
Toutefois, pour la municipalité, le poids des responsabilités a augmenté, et les moyens restent limités. « Nous essayons d'arranger les routes là où c'est possible, nous nous voyons obligés d'installer un système d'épuration pour les nouvelles institutions touristiques, par exemple, raconte Khaled Melhem. Nous avons aussi l'ambition de réhabiliter les entrées principales de notre grand village et de repeindre les façades des maisons. Mais il faut savoir que depuis les élections municipales, rien n'a été versé aux municipalités ! Comment nous acquitter de nos devoirs dans ces conditions ? »

Ibrahim, pour sa part, évoque les superbes vestiges historiques du village, à l'abandon depuis des lustres, et qui n'ont pas encore retenu l'attention de la Direction générale des antiquités. « Un soutien du ministère du Tourisme nous permettrait d'en faire des lieux que les touristes iront visiter », dit-il.

Malgré tout, le changement principal qu'aura provoqué ce concours auprès des habitants du village, c'est de leur avoir donné la conscience du potentiel touristique de leur propre localité. « La réaction enthousiaste aux photos et aux vidéos de Akkar el-Atika a profondément bouleversé le village, souligne le jeune homme. Que les gens aiment et partagent ce matériel touristique, qu'ils votent pour nous, puis qu'ils prennent la peine de nous visiter, cela nous a confortés dans l'idée que notre village mérite sa place au soleil. Les habitants locaux sont désormais convaincus qu'il faut développer la localité et l'améliorer, depuis qu'elle est sortie du cercle vicieux de l'oubli. Nous sommes prêts à soutenir localement toute initiative de développement venant du gouvernement. »

 

(Lire aussi : Le Village Préféré des Libanais, an II : c’est parti !)

 

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Paradis touristique, Ehden prête à relever de nouveaux défis

Ornella ANTAR

 

La nature autour d'Ehden, juste à couper le souffle. Photo archives

 

Les Ehdeniotes sont conscients de la beauté de leur village, mais aussi de tout ce qui n'a pas encore été fait.
Lorsque Ehden a été nommé pour la première édition du Village préféré des Libanais, une initiative lancée par L'Orient-Le Jour, en partenariat avec la Fransabank et le ministère du Tourisme, les Ehdeniotes n'étaient pas surpris. Par contre, ils l'ont été lorsque Akkar el-Atika a remporté la victoire alors qu'Ehden n'a occupé « que » le second rang. « Nous sommes quand même heureux de la victoire de ce village du Akkar parce qu'il mérite d'être mis en lumière et d'être connu de tous les Libanais », assure Émile Mouawad qui a été membre actif d'un comité conçu l'année dernière spécialement pour ce concours par la municipalité de Zghorta-Ehden.
Ehden s'était lancé, l'été dernier, corps et âme dans une campagne de mobilisation qui a battu son plein dès la parution du reportage sur le village et jusqu'à la dernière minute avant la clôture des votes. Adultes comme enfants, activistes, et membres du conseil municipal se sont prêtés au jeu. Même les restaurants et les hôtels se sont fait les principaux alliés des Ehdeniotes dans l'espoir de goûter à la victoire. Un an après, et à la veille du lancement de la deuxième saison du concours, L'OLJ revient sur l'expérience des Ehdeniotes et l'impact qu'a eu la compétition sur ce village estival du Liban-Nord.

Union sacrée
Chafic Ghazalé, membre du conseil municipal de Zghorta-Ehden, a surtout mis en lumière « l'enthousiasme des habitants du village et leur détermination à gagner ce concours ». « Nous étions par exemple étonnés de voir des personnes, qui ne se sont jamais mobilisées pour quoi que ce soit, retrousser leurs manches et se mettre au travail », raconte-t-il. « Il s'agissait bel et bien d'un travail continuel », renchérit M. Mouawad. Il estime que « si ce concours a réussi à relever un défi, ce serait l'union de tous les Ehdeniotes, quelle que soit leur appartenance politique ou familiale, autour de la volonté de faire accéder leur village au trône ».
M. Mouawad retrace une scène particulière de la campagne qui lui est chère. « C'est celle des Ehdeniotes rassemblés sur la place al-Midane, tous vêtus d'un tee-shirt blanc sur lequel était imprimé le slogan de la campagne, Vote for Ehden, avec un petit croquis représentant l'église Saydet el-Hosn », se souvient-il. Yvonna Koussa, jeune copropriétaire du restaurant Alonso à Ehden, est elle aussi nostalgique du temps où elle servait une tablette connectée au réseau avant même de passer aux clients la carte du restaurant. « Je demandais à tous nos clients, surtout les étrangers, de voter pour Ehden », assure-t-elle, heureuse d'avoir participé à la mobilisation. « Bien qu'Ehden n'ait pas gagné ce concours, il nous a quand même confirmé l'amour que lui portent et ses habitants et les gens des quatre coins du pays », ajoute-t-elle.

Éden, mais...
Les Ehdeniotes sont conscients de la beauté de leur village, de ses spécialités culinaires, de la bienveillance de ses habitants, ainsi que de sa nature sans égale, mais ils aspirent tout de même à bien mieux. Pour M. Ghazalé, il faudrait tout d'abord traduire en actes le programme électoral de la municipalité dont il fait partie, en vue de répondre à un nombre de failles dont souffre son village paradisiaque. Il évoque par exemple la crise de la construction sauvage qui risque de ravager le paysage naturel du village.
Mme Koussa a, de son côté, évoqué l'état des routes et les embouteillages chroniques qui reviennent, immanquablement, tous les étés. Elle a souhaité par ailleurs que les prix des services comme des produits soient surveillés, et qu'une campagne de publicité soit menée pour inciter les gens à visiter Ehden. Malgré ces quelques remarques, Ehden reste pour ses habitants un village qui porte si bien son nom, inspiré du mot éden ; leur paradis éternel et leur cadeau du ciel.

 

 

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Pour mémoire

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Le Village préféré des Libanais : Pour Akkar el-Atika, un trophée qui sonne comme une prise de conscience

Akkar el-Atika, « Le village préféré des Libanais » pour 2016

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