X

Scan TV

Des traîtres et des soldats

Scan TV

« La discipline est l'âme d'une armée. Elle rend impressionnante les nombres réduits, procure la réussite au faible et la considération à tous. » Georges Washington.

15/07/2017

Ceux qui ne suivent pas les nouvelles, les talk-shows ou les pages réservées à la diaspora syrienne au Liban sur les réseaux sociaux ne peuvent pas comprendre pour quelles raisons les démons de la guerre libanaise sont invoqués à nouveau, et de quelle manière les tristes souvenirs de l'occupation syrienne sont ravivés. Les dernières arrestations dans les camps syriens à Ersal, les conditions dans lesquelles les réfugiés ont été traités (images et vidéos enregistrées par des soldats et diffusées à grande échelle), le mystère entourant la mort de certains d'entre eux durant le raid de l'armée, ont suscité de vives polémiques. Ces sujets chauds ont animé des débats télévisés et menacent la réputation de certains journalistes et défenseurs des droits de l'homme, accusés de traîtrise et de toutes sortes d'infamies.

Nombre de Libanais ne comprennent toujours pas comment évoluent les combats en Syrie ? Quelle attitude adopter face à Bachar el-Assaad ou encore face au Hezbollah qui enterre au quotidien des jeunes combattants plus proches de l'enfance que de l'âge adulte ? Des sujets chauds qui enflamment les plateaux télévisés et génèrent des campagnes diffamatoires sur les réseaux sociaux.

Il suffit d'adopter comme thème les réfugiés syriens ou la crise syrienne pour que les esprits s'échauffent chez des invités, qui parfois en viennent aux mains, comme cela a été le cas durant le programme Bel Moubachar sur la OTV entre Ahmad Chalach et Bilal Dakmak. À peine l'émission lancée que les insultes et les agressions physiques se sont enchaînées. Des accrochages télévisés inutiles qui n'avancent en rien le téléspectateur.

Des journalistes comme Dima Sadek, Dina Moukalled et Hazem el-Amine et des avocats à l'instar de Diala Chehadé ont osé prendre la défense des réfugiés syriens en rappelant que même si des terroristes profitent du vide sécuritaire dans les camps, cela n'autorise pas pour autant l'armée à bafouer la dignité humaine en torturant et humiliant des personnes tout en les filmant. Des vidéos choquantes ont ravagé les réseaux sociaux montrant des soldats malmenant et frappant des ressortissants syriens cloués à même le sol. Certains sont même couchés pantalons baissés, le visage contre le sable, et d'autres encore avec des membres amputés reposant, terrorisés, à côté de leurs béquilles.

Les accusations lancées contre les journalistes sont abjectes et déplacées. Chaque personne a le droit de défendre tout humain lorsqu'on bafoue ses droits inaliénables, même si c'est pour des raisons sécuritaires. Ce sont les comportements qui sévissent ou qui ont sévi dans les prisons baassistes, dans d'anciennes prisons occidentales (Abou Ghraib) ou dans des prisons libanaises durant la guerre, qui sont dénoncés par les journalistes, et non pas l'armée. Les slogans du genre « l'armée est au-dessus de tous » et « les bottes de chaque soldat valent toutes les âmes sales et terroristes », en se référant aux réfugiés, sont désolants.
Même l'armée doit être sous l'autorité de la loi et doit respecter la vie de chaque personne lorsqu'elle se trouve sous sa protection et qu'elle ne représente plus aucun danger. Il est interdit dans un État de droit de menacer quiconque prend la défense de victimes. « Ce n'est pas parce qu'ils sont pauvres ou sans défense qu'ils sont automatiquement considérés comme terroristes et dangereux » a dit l'avocate Diala Chehadé sur sa page Facebook.

Si l'État a échoué dans sa politique d'accueil des ressortissants syriens et se sent dépassé par cette crise, ou s'il ne peut contrôler ses frontières car elles doivent laisser passer d'autres personnes et certaines cargaisons, cela n'implique pas qu'il peut humilier des centaines de réfugiés devant les caméras. Pour quelles raisons des services de renseignements intimident-ils la jeune avocate Diala Chehadé à l'Hôtel-Dieu car elle transporte des prélèvements des corps de Syriens morts après leur arrestation à Ersal.

Le député Okab Sakr a souligné mercredi sur le plateau de la MTV que « lorsque les soldats dérapent, des ministres démissionnent et des mesures sont prises, comme c'est les cas en Amérique ou ailleurs ». L'armée libanaise combat le terrorisme et mérite tout le respect ; les réfugiés syriens doivent rentrer dans les zones sécurisées en Syrie et le gouvernement doit prendre en charge ce retour. Trois axes d'une grande importance ; mais faisons la part des choses : si l'institution militaire et la sécurité de l'État sont au-dessus de toute critique, les droits de l'homme doivent l'être tout autant. Le métier de journaliste se résume à enquêter sur les faits et éclairer l'opinion publique. Celui de l'avocat est de défendre les victimes. Le soldat doit protéger son pays sans se livrer à des exactions dignes des mercenaires. L'armée doit assurer la souveraineté de l'État sur la totalité de son territoire. Le rôle du gouvernement est d'assurer la couverture politique à l'armée et ne permettre à aucune autre formation de compromettre son autorité.

La dénonciation de certains dérapages ponctuels ne signifie pas pour autant que les journalistes ou les avocats attaquent l'armée ! Si certaines voix gouvernementales semblent défendre aujourd'hui l'institution militaire, elles n'ont pas manqué de l'humilier à maintes reprises. Les personnes placées sur le banc des accusés ne sont pas des traîtres, mais des figures journalistiques, juridiques et politiques qui font leur travail, espérant aboutir à un État de droit où tous les individus seraient égaux devant la loi.


Dans la même rubrique

Découpons-le, ce Liban, non ?

Quand la télévision remue le couteau dans nos plaies

À la une

Retour à la page "Scan TV"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

C.K

Protéger ce petit coquillage échoué en bord de méditerranée n'est pas un jeu d'enfants, il n'y a ni le temps ni la possibilité de faire des tris, juste frapper vite et fort là où quand il faut, ce n'est qu'à ce prix que nous éviterons le pire.

Laissons l'armée et les services de renseignement faire leur métier, que ceux qui ne sont pas contents, réfugiés ou leurs défenseurs rentrent en Syrie manifester leur mécontentement et se réapproprier leurs terres. Clair comme le jour!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LAISSONS EN PAIX L,ARMEE ! CE SONT SES SOLDATS QUI ONT ETE KIDNAPPES ET EGORGES... OU ETAIENT CACHEES TOUTES CES SENSIBILITES ALORS ?

gaby sioufi

a l'evidence, une enquete menee par l'armee est de rigueur. POINT. faisons taire tout le monde en atendant les resultats.

pour ce qui est des personnes citees, si sensibles , j'espere , vraiment j'espere qu'elles n'etaient pas encore nees durant les decennies du pouvoir syrien au liban : car je ne me souviens pas du tout qu'ils aient ete sensibles de la meme facon , qu'elles n'avaient jamais defendu les libanais de TOUS BORDS contre la ferocite des services miliatires de la syrie soeur.

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Conférence de Bruxelles : des divergences de fond sur un dossier sensible

Les + de l'OLJ

1/1

Le Journal en PDF

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Soutenez notre indépendance!