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Pas de vols directs Montréal-Beyrouth : des Libanais du Canada passablement déçus

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Interrogés par L'Orient-Le Jour, des Canadiens d'origine libanaise dénoncent l'argument sécuritaire qui aurait été avancé par Ottawa.

Rania MASSOUD | OLJ/ de Montréal
13/07/2017

Après plusieurs semaines de tractations, le verdict du gouvernement canadien est finalement tombé mercredi : les Libanais du Canada n'auront pas droit à une liaison aérienne directe entre leur pays d'adoption et leur terre d'origine. "Nous confirmons que le gouvernement du Canada a refusé d'accéder à notre demande pour un service direct entre Montréal et Beyrouth pour des raisons de sûreté. Nous ne formulerons aucun autre commentaire pour le moment", a indiqué mercredi Isabelle Arthur, porte-parole d'Air Canada, cite par le quotidien canadien La Presse.

 

L'annonce a fait l'effet d'une douche froide dans les milieux de la diaspora libanaise, forte de plus de 200 000 personnes au Canada (et dont la moitié réside dans la province de Québec, selon un recensement officiel datant de 2006).
« C'est très décevant, réagit Fady Kassab, 28 ans. Nous pensions que le gouvernement de Justin Trudeau était champion de la diversité et du +vivre-ensemble+ ». Né à Montréal, l'étudiant en design graphique reste toutefois très attaché à son pays d'origine où il passe un mois chaque année. « Je suis très choqué par cette décision, ajoute-t-il. L'argument sécuritaire est injustifié et ne fait aucun sens. En quoi la sécurité nationale du Canada est-elle différente d'autres pays qui ont des vols directs vers Beyrouth comme le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, l'Italie, la Suisse et la Belgique ? » Des liaisons directes entre des villes européennes et Beyrouth sont en effet gérées par des compagnies comme British Airways, Air France, Lufthansa...
Rima Assouad, une traductrice de 57 ans résidant à Fredericton, dans le Nouveau-Brunswick, ne cache pas, elle non plus, sa « grande » déception. Immigrée au Canada depuis 2005, elle affirme que pour voyager de Fredericton vers le Liban, il faut prévoir au moins 22 heures de vol, avec une première escale à Montréal et une seconde à Paris avant d'arriver à Beyrouth. « C'est vraiment dommage de subir ces restrictions », dit Rima qui essaie de se rendre au Liban, son pays natal, une fois tous les deux ans. Une liaison directe, selon elle, contribuerait à faire baisser les prix des billets d'avion. En haute saison, un voyage à partir de Montréal vers Beyrouth peut dépasser les 2 500 dollars.


« C'est ridicule ! », s'emporte pour sa part Georges Elias, de Montréal. Ce retraité de 72 ans se rend au Liban une fois tous les deux ou trois ans, mais il aimerait y aller plus souvent. « Ce qui nous bloque c'est justement les vols en correspondance, dit-il. Aucun pays n'est à l'abri de la menace sécuritaire ».


Même jugement de la part de Sébastien Abou Farhat, 24 ans, qui estime que la menace ne concerne plus uniquement le monde arabe, faisant référence aux attentats perpétrés ces deux dernières années en Europe, en Turquie et ailleurs dans le monde. Le jeune directeur des opérations dans une entreprise de télémarketing est né à Montréal, et se rend au Liban chaque année pour y visiter ses proches. Un vol direct lui aurait permis de les voir plus souvent, dit-il.


Le temps d'attente en correspondance, qui varie entre 45 minutes et 10 heures selon l'escale, est une source d'angoisse pour nombre de voyageurs, surtout s'ils sont accompagnés d'enfants. C'est le cas d'Eliana Akl, une entrepreneure de 32 ans. « Je mets 20 heures pour arriver au Liban avec ma petite fille de quatre ans. Vous trouvez ça normal alors qu'on aurait pu s'y rendre en 11h, soit la moitié du temps ! ». Se disant « déçue » par la décision d'Ottawa, elle estime qu'« un simple vol aller-retour ne remettrait pas du tout en cause la sécurité d'un pays (comme le Canada) ».


« C'est une décision déguisée de la part du gouvernement canadien », estime de son côté Myriam Tuéni, 56 ans, qui vit à Montréal depuis 30 ans. « Plusieurs autres pays arabes, dont la situation sécuritaire est bien plus précaire que celle du Liban, ont des vols directs avec le Canada, assure-t-elle. Je pense que ce n'est pas vraiment le gouvernement canadien qui décide, mais plutôt les Etats-Unis et Israël. » Celle qui visite son pays d'origine trois fois par an « au moins » a essayé une multitude de trajets via Air Canada : « Parfois via Londres, Paris, Genève ou encore Frankfort. Il m'est arrivé de subir 10 heures d'escale ! Ou encore de rater une connexion à Genève à cause d'un retard au départ de Montréal. » Un vol direct, ajoute-t-elle, permettrait en outre de réduire les risques de pertes de bagages, et de réduire le nombre de fois où un passager se fait fouiller.


Les vols en correspondance peuvent également s'avérer compliqués pour les personnes voyageant avec des animaux domestiques. « Un vol direct ferait une différence pour mon chien !, déclare Rima Talih, une designer de 40 ans, résidant à Montréal depuis 1996. « Je serais alors plus en mesure de le prendre avec moi à chaque visite avec moins de tracas en Europe, surtout qu'il y a une interdiction de voyage pendant les mois chauds pour des raisons de sécurité. »


« C'est totalement injuste pour la grande diaspora libanaise au Canada », déplore Rana el-Helou, une étudiante de 20 ans, qui ajoute : « Les libanais ont pourtant largement contribué à la croissance du Canada. »
Une autorisation pour un vol direct entre Montréal et Beyrouth avait été brièvement accordée en 2003 mais annulée avant son exécution la même année pour des motifs de sécurité. Cette ouverture aurait marqué un tournant, alors qu'aucun vol direct vers le Liban n'est permis en Amérique du Nord, toujours pour des raisons de sécurité.

 

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