La délégation de l’ordre en compagnie de M. Frangié.
Sleiman Frangié est aujourd'hui un homme apaisé qui a surmonté l'affaire de la présidence et son cortège de divisions, de « trahisons » et de déclarations enflammées. Devant les membres du conseil de l'ordre des rédacteurs présidé par Élias Aoun, il a même affirmé : « Je remercie Dieu de ne pas être président à l'heure actuelle, et d'être là où je suis, car les attentes des Libanais sont beaucoup plus élevées que ce qui peut être accompli. »
Au siège du courant des Marada à Bnechii, les visiteurs de Sleiman Frangié se succèdent et le « bey » discute avec tous, avec sa franchise légendaire, mais il est clair qu'il a pris le temps de préparer ses dossiers. Il a une vision claire sur tous les sujets, économiques, politiques, régionaux et internationaux, avec toutefois une préférence pour la situation interne. S'il fut un temps où il avait de l'amertume au sujet du feuilleton de l'élection présidentielle, ses critiques aujourd'hui concernant le fonctionnement du pouvoir ne sont pas destinées à marquer des points, mais plutôt à exprimer une certaine appréhension et de la déception.
D'ailleurs, dans toutes ses réponses, il prend soin de ménager le président de la République Michel Aoun et fait une distinction entre sa personne et ses proches. Tout en répétant qu'il se tient aux côtés du président et de l'État et qu'il reste prêt à répondre positivement à toute initiative dans sa direction, il reste très critique à l'égard des proches du chef de l'État, insistant sur le fait que ceux qui prônaient le changement et la réforme font preuve de peu de transparence dans la gestion des affaires de l'État. Il évoque à cet égard le dossier de l'électricité et celui des bateaux producteurs d'énergie électrique qui, selon lui, suscite beaucoup d'interrogations sur la transparence de l'adjudication. Il annonce aussi une nouvelle transaction visant à acheter des générateurs pour produire de l'électricité sur la terre ferme.
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Tout en reconnaissant qu'au Liban, il est difficile de faire bouger les pratiques, Frangié critique le fait de lancer des slogans de changement et de réforme tout en ne parvenant pas à les appliquer. Il ajoute aussi qu'il n'est pas personnellement contre la privatisation, mais celle-ci ne doit pas se faire selon les conditions du secteur privé. Même chose pour le budget. Frangié révèle qu'il attendait du nouveau pouvoir plus d'innovation en matière de solutions économiques. Selon lui, le projet de budget actuel est conservateur puisqu'il est basé sur le principe de la réduction des dépenses. Selon lui, il aurait sans doute fallu prendre d'autres décisions, comme par exemple l'annulation des douanes avec en contrepartie une hausse de la TVA. Il est aussi convaincu qu'il faut ouvrir le pays aux investisseurs pour créer des emplois et augmenter la croissance qui est depuis des années de 0 %. Il faut aussi en finir avec les monopoles et ouvrir un véritable chantier législatif, tout en cherchant à remettre en selle la classe moyenne, essentielle pour l'économie libanaise. « C'est en tout cas ce que j'attendais de ce régime », déclare-t-il...
Au sujet du dossier des déplacés syriens, Frangié estime que les décisions doivent faire l'objet d'un consensus, sinon les déplacés resteront au Liban pour une longue période. Il lance aussi : « Que Dieu vienne en aide au général Abbas Ibrahim. S'il est chargé de mener des négociations avec le régime syrien par une partie, l'autre pourra à un moment prétendre ne pas se sentir concernée et c'est lui qui fera les frais de cette surenchère interne. » Selon le chef des Marada, que les Libanais le veuillent ou pas, le régime syrien existe et le Liban ne peut pas ramener les déplacés syriens chez eux sans son accord, car il pourra alors les refouler.
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Sur la possibilité de recourir à l'ONU, Frangié précise que cette organisation internationale sert en premier lieu les intérêts des grands pays qui en sont membres. Par exemple, l'Occident, et en particulier les pays de l'Union européenne, ne veut pas que ces réfugiés reviennent chez eux. Ils veulent donc qu'ils restent au Liban, et pour cela, ils doivent y être bien traités. Or l'intérêt du Liban est différent. De plus, si la stabilité de la Syrie est de nouveau assurée (Frangié est convaincu que c'est pour bientôt), que deviendront les déplacés ?
Continueront-ils à avoir le même statut au Liban ? La communauté internationale continuera-t-elle à les aider ? Le Liban a-t-il un plan cohérent et une vision pour cette période d'après-guerre en Syrie ? Autant de questions que pose Sleiman Frangié, avant de rappeler que le projet au départ était d'accueillir les déplacés pour une courte période et, après la chute du régime, les Libanais deviendraient les héros de la libération de la Syrie... « Mais cela ne s'est pas passé comme cela, et aujourd'hui, il faut avoir un bon dossier en main, dit-il. Quand on pense que jusqu'à présent, l'État n'a pas de chiffres précis sur le nombre de déplacés syriens... »
Il ajoute que l'idée de l'attitude à adopter avec le régime syrien a été soulevée avec lui lorsqu'il avait été abordé pour être président de la République, et il avait répondu qu'il continuerait à avoir des relations avec le président syrien. À la question de savoir si c'est ce thème en particulier qui a poussé Saad Hariri à changer d'avis et à adopter la candidature de Aoun, Frangié rappelle que la campagne contre sa candidature n'est pas venue de ses adversaires politiques mais bien de ses alliés. Il ajoute que le dialogue avec le régime syrien est inévitable.
Au sujet de la loi électorale, Frangié affirme qu'elle apportera un changement dans la forme, non dans le fond. Il précise qu'il est présent sur la scène, en dépit des tentatives de l'éliminer politiquement. « Le problème au Liban, dit-il, c'est que quand vous perdez une bataille, vos adversaires croient que vous avez perdu la guerre, et ceux qui ont gagné la bataille croient qu'ils vont rester éternellement... »
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Au sujet d'une éventuelle rencontre entre lui et le chef des FL Samir Geagea, Frangié répond que toutes les options sont ouvertes, mais il n'y a rien encore de concret au sujet de la rencontre. « Puisque les lignes rouges sont tombées pour les autres, elles le sont aussi pour moi », dit-il, avant d'ajouter que les derniers développements lui ont appris le pragmatisme... Il s'empresse toutefois d'affirmer qu'il ne considère pas le régime actuel comme un ennemi. Au contraire, il a des relations personnelles avec plusieurs personnalités de la nouvelle équipe. Il précise toutefois que le CPL a quand même fait le contraire de ce qu'il avait dit, sur plusieurs sujets, notamment avec les FL puis avec le courant du Futur...
Sur sa vision de la période de l'après-Daech, le chef des Marada déclare que cette organisation terroriste était un vrai danger pour le Liban. Le pays l'a donc échappé belle, mais le problème, c'est que les Libanais ne s'en sont pas rendu compte. « Il s'agissait d'une menace existentielle pour le Liban, mais les Libanais n'en avaient pas conscience. Aujourd'hui, la situation régionale évolue dans le bon sens, mais les Libanais sauront-ils en profiter ? Je n'en suis pas sûr... »
Au siège du courant des Marada à Bnechii, les visiteurs de Sleiman Frangié se succèdent et le « bey » discute avec tous, avec sa franchise légendaire, mais il est clair qu'il a pris le temps de préparer ses dossiers. Il a une vision claire sur tous les sujets, économiques, politiques, régionaux et internationaux, avec toutefois une préférence pour la...


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Dieu merci Mr Frangié ne sera jamais président de la république!
21 h 09, le 14 juillet 2017