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Culture

Qui n’a pas envie de réentendre des « Sanferlo » ressuscités sur le vieux port...

Festival de Byblos

« Nasri et Philémon fil bal », un rafraîchissant clin d'œil au passé à travers un spectacle rahbanien pétillant de vie, sous la truculente présence de Rafic Ali Ahmad, le 16 juillet.

10/07/2017

Philémon Wehbé et Nasri Chamseddine, deux figures de proue de la scène libanaise des années 50-70. Visages bonhommes, personnalités attachantes, un humour délicieux pour le premier, une voix en or pour le second. La musique dans ses entourloupes malicieuses, la bonne humeur, les pointes gentiment acidulées, une charmante présence sous les spots et derrière les micros, voilà le souvenir de deux artistes remis au goût du jour. Quoique leur souvenir ne s'est vraiment jamais évanoui, surtout pour ceux qui ont connu l'âge d'or de l'univers des planches du Liban d'antan.

Pour ce coup de baguette magique, appel à un autre talent aujourd'hui à la barbe blanche comme neige et on nomme Rafic Ali Ahmad. A qui tous les rôles vont bien, même quand il fait de la simple figuration (c'est toujours avec panache) car il a l'étoffe d'un bon comédien qui donne vie et substance à tout ce qu'il touche.
Tout d'abord un petit mot à propos des deux compères dont le parcours a croisé et accompagné les frères Rahbani, Fairouz et Sabah.

Philémon (joli prénom qu'on n'entend hélas plus, même si cela sent le parfum d'un autre temps....) Wehbé fut un joyeux luron entre Fernandel et Fernand Reynaud. Dans un style exclusivement libanais, avec un savoureux et inimitable accent de titi des faubourgs beyrouthins ! Après tout c'est d'un enfant de Kfarchima qu'il s'agit !
Bouille sympa, rire à la fois caverneux et coquin, ton à la gouaille populaire, voix singulière dans ses graves et ses aigus, cet homme (mort à 69 ans) qui ne craignait pas de faire carrément le clown et le gugusse, ne manquait pas de talent et de finesse malgré une chétive éducation. Il ne savait ni lire ni écrire, surtout la musique et pourtant il chantait et s'accompagnait d'un oud. Autodidacte il l'était sans complexe !.... Parodiques et teintées de persiflages socio-politiques, ses chansons étaient une bouffée d'oxygène, avec de fausses allures simplettes. Un vrai finaud doublé d'un coco hilarant. Vous souvenez-vous encore de cette ritournelle « Sanferlo » ? Avec une fleur piquée sur le bedon gonflant la ceinture de son « cherwal » ? Actuelle et désopilante !

Nasri Chamseddine, avec son tarbouche, sa moustache fine, sa corpulence rondelette et son visage poupin, a ravi les cœurs des auditeurs. Ses « mouwals » soulevaient des montagnes et la pureté de sa voix avait la transparence des cascades comme on dit chez nous. Mort relativement jeune (56 ans) d'une crise cardiaque avant d'entrer en scène à Damas, il fut un partenaire de choix aux partitions des Rahbani dont Petra. Sans compter ses innombrables succès au coeur des festivals, de Baalbeck à Beiteddine, pour une carrière solo, tout en donnant la réplique à Wadih el-Safi et Majdala, sur les ondes et la radio. Dont les rythmes endiablés et virils de la « dabké » « Haddouni » qui fait frétiller encore les chevilles tout en étant toujours sur toutes les lèvres.

C'est ce monde d'autrefois, comme un conte bleu de jadis, bien avant que la guerre ne ternisse et ne change le visage du Liban. Un spectacle qui s'attache à faire revivre un temps d'insouciance, de paix et d'un certain espoir. Avant que tout ne bascule. Car nul ne savait à quel point la tornade qui allait s'abattre sur le pays du cèdre allait être violente, pernicieuse et destructrice.

Et voilà, pour la résurrection d'un folklore aux couleurs vives, le mot de Rafic Ali Ahmad. Pour parler d'un moment d'insouciance englouti et que la flaque de lumière rappelle comme une ombre qui s'incarne à nouveau dans la vie. Et l'acteur de « Jarass » de confier :

« C'est sous l'impulsion et la touche réunies de Marwan, Ghadi et Oussama Rahbani que ce spectacle, verbe et déroulement, est sur scène. Non seulement un hommage à l'univers rahbanien et à deux éminents artistes mais aussi un clin d'œil au passé. Je suis là pour faire le lien entre texte, dialogues, projetions vidéo et saynètes. Autour de moi plus de soixante musiciens, acteurs, chanteurs, chapeautés par trois têtes d'affiche dont Ghassan Saliba, Soummaya Baalbacki et Bassima. Je ne présente pas seulement l'ensemble de ces moments du passé mais je m'essaye à la chanson avec un medley de Philémon dont « Sanferlo » et « Kalachnikov »... Je peux certifier et garantir que ce sera une soirée amusante et divertissante sous le clair de lune... ».

Avec un tel cortège d'artistes (passé et présents confondus !), de metteurs en scène et de rédacteurs de textes, on prend l'ami Rafic au mot et on le croit sur parole, lui qui a tant de crédit auprès du public.

 

 

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