Le président français Emmanuel Macron était, hier, au sommet européen de Bruxelles. Eric Vidal/Reuters
Priorité à la lutte antiterroriste, rapprochement avec Moscou : Emmanuel Macron a officialisé la nouvelle realpolitik française sur la Syrie, actant la fin d'une diplomatie qui réclamait le départ du président Assad et plaçait la résolution politique du conflit au cœur du dossier.
Abrupt, le président français a défini en deux phrases son aggiornamento, dans un entretien, hier, à huit journaux européens : « Je n'ai pas énoncé que la destitution de Bachar était un préalable à tout. Car personne ne m'a présenté son successeur légitime ! » La formule officialise et renforce un virage pris après les attentats de novembre 2015 à Paris, mais elle a provoqué la stupeur chez les opposants syriens, dont la France a longtemps été le principal soutien.
« Ces déclarations sont surprenantes, compte tenu du fait que la France faisait partie des quatre principaux pays réclamant le départ de ''Bachar le Chimique''», a tweeté Khaled Khoja, figure de l'opposition syrienne. « Honte à la France, dont le dirigeant Emmanuel Macron ne considère pas Bachar comme son ennemi ou l'ennemi de l'humanité », a réagi, également sur Twitter, un autre membre de l'opposition, Ahmad Ramadan. À Paris, l'ambassadeur de l'opposition, Monzer Makhous, se refusait à tout commentaire avant de « comprendre » la signification exacte des propos de M. Macron.
La France a été pendant des années l'un des pays les plus virulents à l'égard de M. Assad, considéré comme le principal responsable du bain de sang et comme un « aimant » pour les terroristes du monde entier. « Assad et Daech (acronyme arabe du groupe État islamique) sont les deux faces d'une même médaille », ont répété les chefs de la diplomatie de l'ex-président François Hollande, dont la doctrine pouvait se résumer à « ni Assad ni l'État islamique ». Mais cette doctrine s'était infléchie après les attentats de 2015 en France, planifiés en Syrie, et M. Hollande avait alors fait de la lutte contre le terrorisme sa priorité sur le dossier syrien. Tout en répétant régulièrement que M. Assad ne pouvait « représenter l'avenir » d'un pays ravagé par six ans de guerre.
Autre changement, le règlement politique du conflit n'apparaît plus comme le cœur mais, plutôt, comme un corollaire de la doctrine française. Dans son entretien, M. Macron affirme certes « qu'il faut une feuille de route diplomatique et politique », mais sans approfondir et sans citer une seule fois l'ONU. En dépit de son impuissance et de l'échec des négociations intersyriennes à Genève, l'ONU et la résolution 2254 restaient jusqu'à présent la référence pour un règlement du conflit. « Le changement de ligne est clair, constate une source diplomatique. Ça fait des années qu'on dit qu'Assad doit partir et ça n'a rien donné. Diplomatiquement, rien n'avance, Genève ne sert pas à grand-chose... On ne peut pas continuer comme ça. »
Sur la Syrie, « mes lignes sont claires, lance M. Macron. La lutte absolue contre tous les groupes terroristes. Ce sont eux nos ennemis. Nous avons besoin de la coopération de tous pour les éradiquer, en particulier de la Russie ». Paris, qui il y a quelques mois encore accusait Moscou de complicité de « crimes de guerre », opère ainsi un net rapprochement avec la Russie, alliée indéfectible du régime de Damas, et espère revenir dans le jeu en profitant de l'absence de visibilité américaine. M. Macron a rencontré Vladimir Poutine fin mai à Versailles, et, même si le ton était tranchant, il lui a clairement proposé une nouvelle collaboration fondée sur la lutte antiterroriste. Son chef de la diplomatie, Jean-Yves Le Drian, était d'ailleurs mardi à Moscou pour poser les bases de cette nouvelle relation. Mais dans un cadre de fermeté, martèle M. Macron, en réitérant ses lignes rouges (les armes chimiques et l'accès humanitaire), sur lesquelles il affirme qu'il sera « intraitable ».
« Macron est un pragmatique, il n'a pas d'états d'âme et gère les priorités. Il n'a pas de complaisance envers Poutine ou Assad. Disons qu'on est à mi-chemin entre le réalisme et le cynisme », commente Karim Bitar, spécialiste de la région.
Cécile FEUILLATRE/AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
etonnant comment apres un si court laps de temps au pouvoir, mr. macron a deja decide de changer la politique francaise vis a vis la syrie. quand ,par ex, mr. trump, en depit de tout, lui ne l'a pas encore tout a fait decide pour les USA.
10 h 52, le 23 juin 2017