On connaît le syndrome de la mamma italienne, de la mère juive, de ces étranglées du cordon, ces obsédées, obsédantes, omniprésentes, qui ont le talent de vous pomper l'air dans l'espoir de rester votre unique source d'oxygène. On connaît moins le cas du père libanais qui ne démériterait pas de poser en archétype.
Ah, le père libanais du fils libanais ! Dès que paraît l'enfant et que par extraordinaire la cigogne l'a doté d'un robinet ; dès que paraît cet être ineffable, alors le père libanais entre en gloire et déménage pour le restant de ses jours dans un personnage qu'il n'aurait jamais cru habiter. Et d'abord, les cartes de la paternité se rebattent dans une affolante confusion. L'arbre généalogique subit une tempête sans précédent qui le laisse pantelant, branches emmêlées, feuillage éparpillé. L'enfant porte le nom du grand-père, le père change de nom et devient « abou » de son fils, donc de son propre père (vous me suivez ? ) et il se met à appeler sa descendance « papa ». « Je salue Monsieur mon enfant », écrivait Paul Claudel dans ses Cent poèmes pour éventails. « Papa », dit le papa en contemplant tendrement le petit mâle qui le met à genoux. Sur les réseaux sociaux, il l'appelle « My King ». Il l'élève comme un jeune fauve, adore le voir vider ses fonds de bière à trois ans et à lui seul montre la cachette de son pistolet (papa est un héros, vois-tu, papa !). C'est à lui seul qu'il permet d'inaugurer sa nouvelle voiture en le prenant sur ses genoux au volant, et lui seul qu'il emmènera à la chasse, en bateau, à moto, à la conquête du monde. L'enfant apprend très vite qu'il est aussi le père de ce père dont son propre fils portera le nom. Il croit appartenir à une lignée de surhommes ; que les plus riches, même s'ils ne le sont pas encore, même s'ils ne le seront jamais ; que les plus forts, même s'ils n'ont pas eu l'occasion de le prouver, sont les gens de sa race. Le père libanais, de manière générale, n'éduque pas. Il vénère. Et quand vient le jour où « papa » fait sa première grosse bêtise, vient aussi le moment pour son géniteur de réveiller en soi le surhomme pour tenter, lamentablement souvent, de payer les pots cassés qui lui ont déjà brisé l'échine. L'enfant subit alors sa première raclée. Elle sera mémorable, à la mesure de la déception ou de l'humiliation causée à son père qui n'a rien vu venir. Entre « papas », le contrat de surhommitude est tacite.
Et les filles ? Les filles sont des princesses ou rien. Devant « My Princess », cette pauvre chose inachevée qu'on lui met dans les bras, le père libanais est totalement confondu, suffixe et préfixe inclus. Son instinct de protection le dépouille de toute résistance. Et s'il essaye de se rassurer en pensant plus tard se décharger de cette responsabilité sur un autre, rien que d'y penser, l'idée le rend fou. Si elle est belle, il sera mortifié par le regard admiratif ou concupiscent que lui porteront les autres hommes. Si elle n'est pas belle, il sera encore plus mortifié par leur indifférence. Si elle se révèle plus intelligente que son frère, c'est qu'elle a une existence à légitimer. Elle aussi, papa l'appelle « papa », mais d'une voix que brise l'inquiétude. Le père libanais se fête le jour le plus long de l'année, et qu'un jour on trouve long comme un jour sans père.
Ah, le père libanais du fils libanais ! Dès que paraît l'enfant et que par extraordinaire la cigogne l'a doté d'un robinet ; dès que paraît cet être ineffable, alors le père libanais entre en gloire et déménage pour le restant de ses jours dans un personnage qu'il n'aurait jamais cru habiter. Et d'abord, les cartes de la paternité se rebattent dans une affolante confusion. L'arbre généalogique subit une tempête sans précédent qui le laisse pantelant, branches emmêlées, feuillage éparpillé....


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Quelle catastrophe! Oui une telle réaction d'un père vis-a-vis de son fils est absolument refusée parce que nuisible! S'il élève son enfant comme une fauve, ce père doit s'attendre à avoir un adolescent délinquant. Et un jeune homme qui sait peut être pire que ça! Bonne fête à tous les pères qui élèvent leurs enfants, filles et garçons, avec beaucoup d'amour, de tendre affection, mais surtout avec beaucoup de fermeté. Peut être que Fifi a bien voulu donner une "orientation professionnelle", à sa manière, à chaque papa qui interprète si mal son rôle!!!
01 h 04, le 23 juin 2017