Le Serious Fraud Office (SFO) a annoncé hier des poursuites contre Barclays et un ex-directeur général de la banque, pour fraude lors de levées de fonds au Qatar en 2008. Paul Ellis/AFP.
Le gendarme britannique contre la délinquance financière (SFO) a annoncé hier des poursuites contre Barclays et un ex-directeur général de la banque, pour fraude lors de levées de fonds au Qatar en 2008. John Varley, directeur général de la banque de 2004 à 2010, est poursuivi dans le cadre d'une enquête du SFO sur des levées de capitaux réalisées au Qatar, ainsi qu'à propos d'un prêt auprès de l'État du Qatar. Ces opérations ont été conduites entre juin et novembre 2008. Après cette annonce, M. Varley a démissionné du conseil d'administration du géant minier Rio Tinto où il siégeait en tant qu'administrateur non exécutif.
La banque elle-même est aussi poursuivie dans cette affaire, tout comme trois autres de ses anciens responsables. Ces poursuites sont liées à deux levées de capitaux de plusieurs milliards de livres, pour l'essentiel auprès d'investisseurs orientaux, notamment les familles régnantes ou des fonds d'investissement du Qatar et d'Abou Dhabi. Elles concernent par ailleurs un prêt de 3 milliards de dollars auprès de l'État du Qatar.
Le SFO, qui planche sur ces affaires depuis cinq ans, accuse les individus poursuivis et la banque de « fraude » et « d'assistance financière illégale ».
Les enquêteurs ont notamment dans le collimateur un paiement de 322 millions de livres (406 millions de dollars au taux de change actuel) versé par Barclays aux investisseurs qataris dans le cadre des levées de capitaux. Une première audience judiciaire se tiendra le 3 juillet devant un tribunal de Westminster à Londres.
Barclays a expliqué dans un communiqué qu'elle « étudiait sa position » à tenir au regard des annonces du SFO, dont elle attend « des détails » concernant les poursuites évoquées.
Amende en perspective
Ces opérations au Moyen-Orient avaient été menées en pleine crise financière internationale et avaient évité à Barclays de demander une aide de l'État britannique, contrairement à RBS et à Lloyds Banking Group qui avaient été majoritairement ou partiellement nationalisées. L'un des hommes politiques qui avait organisé le sauvetage de ces deux grandes banques à l'époque a déclaré hier à la BBC que les dirigeants de Barclays avaient été à ce moment-là « véhéments » dans leur refus de toute aide publique. « Ils craignaient vraiment une nationalisation (...), donc ils se sont arrangés pour trouver des capitaux ailleurs », a expliqué Paul Myner, secrétaire d'État à la City de 2008 à 2010.
En lien avec les levées de capitaux, Barclays est aussi sous la menace d'une amende de la part de l'Autorité de conduite financière (FCA), le régulateur du secteur financier au Royaume-Uni. La FCA avait annoncé en 2013 que la banque risquait une amende de 50 millions de livres (63 millions de dollars) dans cette affaire, mais a rouvert ses investigations dernièrement au vu des nouveaux éléments à la disposition des autorités.
« Nous saluons le fait que cette affaire, qui a bloqué notre propre décision sur la question, soit désormais dans le domaine public », a simplement déclaré mardi la FCA qui poursuit son travail distinct à ce sujet.
Ces poursuites constituent une difficulté supplémentaire pour Barclays, dont l'actuel directeur général Jes Staley fait l'objet d'une autre enquête pour avoir tenté d'identifier un lanceur d'alerte au sein du groupe.
Source : AFP


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