Société

Face à la crise, des start-up passent à l'offensive

Grèce

L'émergence d'un écosystème de start-up est un signe d'espoir dans un pays en crise.

24/06/2017

Voilà dix ans que la Grèce est en crise. Depuis que le pays est entré en récession en 2008, sa production annuelle a chuté d'environ 25 %. Le chômage est, lui, passé au-dessus de la barre des 20 % en un peu plus de cinq ans et presque 500 000 Grecs – souvent les plus instruits qui étaient voués à de brillantes carrières – ont quitté le pays pour aller faire fortune à l'étranger.

Face à une crise grecque qui s'éternise, les signes d'espoir sont peu nombreux. Néanmoins, l'émergence d'un écosystème de start-up grecques en est résolument un. Dans les années qui ont suivi l'arrivée de quatre fonds de capital-risque soutenus par l'Union européenne début 2013, les résultats ont été considérables et on a pu observer, entre autres, une série d'investissements et de rachats de plusieurs millions de dollars de la part de multinationales.

Ces quatre fonds ont achevé leur cycle de développement l'année dernière, mais un nouvel arrivant, Equifund, a été annoncé. Il est financé par le gouvernement grec, l'UE et le fonds d'investissement européen. À terme, Equifund représentera une force de frappe de 260 millions d'euros (293 millions de dollars), sans compter la nouvelle vague d'investissements dans les entreprises technologiques grecques qu'il déclenchera.

 

Équipement, tutorat, services

Depuis le début de cette aventure, Stavros Messinis est l'un des visages importants dans le milieu des start-up grecques. Messinis cofonde CoLab, le premier lieu de coworking d'Athènes en 2009. Quatre ans plus tard, il quitte CoLab pour commencer un nouveau projet, The Cube, à Exarcheia, un quartier réputé animé dans le centre-ville de la capitale.

« Nous accueillons actuellement une vingtaine d'entreprises. La plupart d'entre elles conçoivent des logiciels pour le secteur de la tech, mais une ou deux commercialisent du matériel informatique, une autre est une agence de logiciels et il y en a même une qui fabrique des sacs à main tendance », raconte Stavros Messinis. « Nous mettons à leur disposition des équipements pour travailler, avec du tutorat et d'autres services comme des départements juridiques et comptables. Le fait qu'ils soient ensemble dans un bureau partagé les pousse à s'entraider les uns les autres. »

« Il y a constamment des événements ou des ateliers. C'est une communauté pleine de vie prête à aider n'importe quelle personne animée par une vision », assure Dio Kakolyris, cofondateur d'Autofire, une start-up dans l'analyse de jeux hébergée au Cube. L'entreprise de Dio Kakolyris prépare actuellement le lancement de la version bêta de son produit.

 

Approche pragmatique

Dimitris Kalavros-Gousiou est le cofondateur de Technology Hub Found.ation. Sa start-up a « une approche très pragmatique en matière de création d'entreprise. Notre équipe est composée de business developers, de gestionnaires, de techniciens spécialistes ou encore d'experts en marketing et en levée de fonds ». Âgé de seulement 29 ans, Kalavros-Gousiou est impliqué dans le milieu des start-up grecques depuis plusieurs années déjà. Il est même l'organisateur des TEDxAthens depuis 8 ans. « Notre principale priorité est de choisir des personnes au-delà de leurs idées et de former des équipes au-delà des individus », souligne-t-il, avant de poursuivre : « Nous nous réunissons avec les équipes et nous essayons d'examiner leur culture, leur projet, leur éthique et nous voyons si elles ont effectivement trouvé un créneau pour lancer leur nouveau produit sur le marché. »

Comment le secteur des start-up s'est-il développé ? A-t-il surpassé les attentes ?
Sur les cinq dernières années, ce secteur « a incroyablement mûri », estime Kalavros-Gousiou. Massinis, lui, fait remarquer que « l'euphorie » habituelle après un investissement réussi dans une petite entreprise de la tech est généralement suivie d'une « vraie récession ». L'une d'entre elles, « et sûrement la plus sévère », dit-il, a été la mise en place des contrôles des capitaux à l'été 2015, après l'échec des négociations entre le gouvernement de M. Tsipras et les créanciers du pays.

Dans des moments si difficiles, Messinis explique que « le principal défi à relever est la fuite massive des cerveaux. La plupart des développeurs dignes de ce nom partent à l'étranger quand les investissements viennent à manquer et que les entrepreneurs n'ont plus l'argent nécessaire pour les employer. Alors que les universités grecques forment de très bons éléments, les offres d'emploi prometteuses pour les petits génies des technologies sont peu nombreuses ».

L'association éducative Reload Greece, créée à Londres en 2012, s'est spécialisée dans l'inversion de la fuite des cerveaux. En quatre ans, elle a organisé trois conférences, présenté ses travaux au Parlement européen et établi une collaboration avec huit universités britanniques.

« Le développement de relations étroites avec l'écosystème grec est un enjeu-clé pour mener à bien notre mission et réduire l'écart entre la Grèce et le reste du monde », confie Effie Kyrtata, la jeune et dynamique directrice générale de l'organisation. À propos du Reload Greece Challenge, un programme d'accélérateurs pour start-up grecques de neuf jours qui se tiendra à Londres l'été prochain, Kyrtata souligne que « cette année marque le début de collaborations extrêmement importantes avec des acteurs-clés de la scène entrepreneuriale grecque, parmi lesquels les incubateurs de start-up de deux banques systémiques grecques ».

 

Collaboration avec les autorités

Mettre en pratique ces leçons une fois de retour au pays peut néanmoins poser quelques problèmes inattendus, comme ceux rencontrés par les résidents du Cube, à Exarcheia. En effet, le quartier reste un repère d'activistes anarchistes et de criminels. « Nous avons choisi de nous installer dans un quartier plutôt défavorisé de la ville car les loyers étaient bas et nous avons eu l'impression que nous pouvions construire quelque chose de prometteur, explique Messinis. Pour le moment, nous réussissons. Nous avons eu tout de même un gros problème avec le trafic de drogue dans le quartier. Mais depuis six mois, la situation s'est nettement améliorée grâce à une collaboration avec les autorités et en obligeant ces dernières à rendre publiquement des comptes. Avec de l'encouragement, elles font de bonnes choses. »

Au-delà de ces problèmes, que peut faire le gouvernement pour aider les 350-450 entreprises (selon Found.ation) qui font le secteur des start-up ? Pour Kalavros-Gousiou, « le pays doit mettre en place des avantages fiscaux, favoriser l'emploi et faciliter l'ouverture, la gestion et la fermeture d'une entreprise. Surtout, il doit faire davantage pour promouvoir la culture de l'entrepreneuriat, ce qui mobilisera le secteur privé en Grèce, et même à l'international, où les start-up et investisseurs doivent désormais regarder la Grèce comme un pays d'opportunités ».

 

Retrouvez toute notre édition spéciale Impact Journalism Day, Un monde de solutions, ici

 

 

 

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.

Face à la crise, des start-up passent à l'offensive - Yannis PALAIOLOGOS/Kathimerini - L'Orient-Le Jour

Société

Face à la crise, des start-up passent à l'offensive

Grèce

L'émergence d'un écosystème de start-up est un signe d'espoir dans un pays en crise.

24/06/2017

Voilà dix ans que la Grèce est en crise. Depuis que le pays est entré en récession en 2008, sa production annuelle a chuté d'environ 25 %. Le chômage est, lui, passé au-dessus de la barre des 20 % en un peu plus de cinq ans et presque 500 000 Grecs – souvent les plus instruits qui étaient voués à de brillantes carrières – ont quitté le pays pour aller faire fortune à l'étranger.

Face à une crise grecque qui s'éternise, les signes d'espoir sont peu nombreux. Néanmoins, l'émergence d'un écosystème de start-up grecques en est résolument un. Dans les années qui ont suivi l'arrivée de quatre fonds de capital-risque soutenus par l'Union européenne début 2013, les résultats ont été considérables et on a pu observer, entre autres, une série d'investissements et de rachats de plusieurs millions de dollars de la part de multinationales.

Ces quatre fonds ont achevé leur cycle de développement l'année dernière, mais un nouvel arrivant, Equifund, a été annoncé. Il est financé par le gouvernement grec, l'UE et le fonds d'investissement européen. À terme, Equifund représentera une force de frappe de 260 millions d'euros (293 millions de dollars), sans compter la nouvelle vague d'investissements dans les entreprises technologiques grecques qu'il déclenchera.

 

Équipement, tutorat, services

Depuis le début de cette aventure, Stavros Messinis est l'un des visages importants dans le milieu des start-up grecques. Messinis cofonde CoLab, le premier lieu de coworking d'Athènes en 2009. Quatre ans plus tard, il quitte CoLab pour commencer un nouveau projet, The Cube, à Exarcheia, un quartier réputé animé dans le centre-ville de la capitale.

« Nous accueillons actuellement une vingtaine d'entreprises. La plupart d'entre elles conçoivent des logiciels pour le secteur de la tech, mais une ou deux commercialisent du matériel informatique, une autre est une agence de logiciels et il y en a même une qui fabrique des sacs à main tendance », raconte Stavros Messinis. « Nous mettons à leur disposition des équipements pour travailler, avec du tutorat et d'autres services comme des départements juridiques et comptables. Le fait qu'ils soient ensemble dans un bureau partagé les pousse à s'entraider les uns les autres. »

« Il y a constamment des événements ou des ateliers. C'est une communauté pleine de vie prête à aider n'importe quelle personne animée par une vision », assure Dio Kakolyris, cofondateur d'Autofire, une start-up dans l'analyse de jeux hébergée au Cube. L'entreprise de Dio Kakolyris prépare actuellement le lancement de la version bêta de son produit.

 

Approche pragmatique

Dimitris Kalavros-Gousiou est le cofondateur de Technology Hub Found.ation. Sa start-up a « une approche très pragmatique en matière de création d'entreprise. Notre équipe est composée de business developers, de gestionnaires, de techniciens spécialistes ou encore d'experts en marketing et en levée de fonds ». Âgé de seulement 29 ans, Kalavros-Gousiou est impliqué dans le milieu des start-up grecques depuis plusieurs années déjà. Il est même l'organisateur des TEDxAthens depuis 8 ans. « Notre principale priorité est de choisir des personnes au-delà de leurs idées et de former des équipes au-delà des individus », souligne-t-il, avant de poursuivre : « Nous nous réunissons avec les équipes et nous essayons d'examiner leur culture, leur projet, leur éthique et nous voyons si elles ont effectivement trouvé un créneau pour lancer leur nouveau produit sur le marché. »

Comment le secteur des start-up s'est-il développé ? A-t-il surpassé les attentes ?
Sur les cinq dernières années, ce secteur « a incroyablement mûri », estime Kalavros-Gousiou. Massinis, lui, fait remarquer que « l'euphorie » habituelle après un investissement réussi dans une petite entreprise de la tech est généralement suivie d'une « vraie récession ». L'une d'entre elles, « et sûrement la plus sévère », dit-il, a été la mise en place des contrôles des capitaux à l'été 2015, après l'échec des négociations entre le gouvernement de M. Tsipras et les créanciers du pays.

Dans des moments si difficiles, Messinis explique que « le principal défi à relever est la fuite massive des cerveaux. La plupart des développeurs dignes de ce nom partent à l'étranger quand les investissements viennent à manquer et que les entrepreneurs n'ont plus l'argent nécessaire pour les employer. Alors que les universités grecques forment de très bons éléments, les offres d'emploi prometteuses pour les petits génies des technologies sont peu nombreuses ».

L'association éducative Reload Greece, créée à Londres en 2012, s'est spécialisée dans l'inversion de la fuite des cerveaux. En quatre ans, elle a organisé trois conférences, présenté ses travaux au Parlement européen et établi une collaboration avec huit universités britanniques.

« Le développement de relations étroites avec l'écosystème grec est un enjeu-clé pour mener à bien notre mission et réduire l'écart entre la Grèce et le reste du monde », confie Effie Kyrtata, la jeune et dynamique directrice générale de l'organisation. À propos du Reload Greece Challenge, un programme d'accélérateurs pour start-up grecques de neuf jours qui se tiendra à Londres l'été prochain, Kyrtata souligne que « cette année marque le début de collaborations extrêmement importantes avec des acteurs-clés de la scène entrepreneuriale grecque, parmi lesquels les incubateurs de start-up de deux banques systémiques grecques ».

 

Collaboration avec les autorités

Mettre en pratique ces leçons une fois de retour au pays peut néanmoins poser quelques problèmes inattendus, comme ceux rencontrés par les résidents du Cube, à Exarcheia. En effet, le quartier reste un repère d'activistes anarchistes et de criminels. « Nous avons choisi de nous installer dans un quartier plutôt défavorisé de la ville car les loyers étaient bas et nous avons eu l'impression que nous pouvions construire quelque chose de prometteur, explique Messinis. Pour le moment, nous réussissons. Nous avons eu tout de même un gros problème avec le trafic de drogue dans le quartier. Mais depuis six mois, la situation s'est nettement améliorée grâce à une collaboration avec les autorités et en obligeant ces dernières à rendre publiquement des comptes. Avec de l'encouragement, elles font de bonnes choses. »

Au-delà de ces problèmes, que peut faire le gouvernement pour aider les 350-450 entreprises (selon Found.ation) qui font le secteur des start-up ? Pour Kalavros-Gousiou, « le pays doit mettre en place des avantages fiscaux, favoriser l'emploi et faciliter l'ouverture, la gestion et la fermeture d'une entreprise. Surtout, il doit faire davantage pour promouvoir la culture de l'entrepreneuriat, ce qui mobilisera le secteur privé en Grèce, et même à l'international, où les start-up et investisseurs doivent désormais regarder la Grèce comme un pays d'opportunités ».

 

Retrouvez toute notre édition spéciale Impact Journalism Day, Un monde de solutions, ici

 

 

 

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.