Société

Quand les jeunes Afghanes jouent leurs rêves

Afghanistan
24/06/2017

Zarifa Adeeb a longtemps rêvé de devenir chanteuse de pop, mais elle s'est finalement prise de passion pour la musique classique. Aujourd'hui, dans l'une des salles de l'Institut national de musique d'Afghanistan (ANIM), elle joue du violon au milieu de ses camarades avec une dextérité admirable.
Cette jeune Afghane n'avait qu'un an lorsqu'elle a trouvé refuge au Pakistan. Elle y est restée plus de 15 ans, avant de décider de retourner dans son pays. « Je suis venue ici fin 2014. Alors que je cherchais un professeur de musique, je me suis rendue compte qu'il y avait un institut où l'on apprend la musique de manière professionnelle », dit-elle. Actuellement en classe de terminale, cela fait deux ans que Zarifa Adeeb pratique le violon. Il y a à peine dix ans, alors que l'Afghanistan était sous la coupe des talibans, cela lui aurait été interdit.

 

L'ANIM a été inauguré en 2010 par Ahmad Nasser Sarmast, son actuel directeur général, et l'établissement s'inscrit dans une tradition d'enseignement musical fragilisée par l'histoire récente. C'est en 1974, avec la création de l'École de musique, que cette dernière est entrée dans le curriculum du ministre de l'Éducation nationale. En 1988, elle a toutefois dû cesser ses activités, gardant ses portes fermées pendant la guerre et la tutelle des talibans qui jugeaient la musique haram.

 

C'est sous la présidence de Hamid Karzaï que l'école a rouvert ses portes. Et en 2008, Ahmad Nasser Sarmast a pris la tête d'un projet baptisé « Reconstruction de la musique afghane », subventionné par la Banque mondiale. Deux ans plus tard, l'École de musique est devenue l'ANIM, des formations à la musique classique occidentale et orientale. Aujourd'hui, des instruments comme le violon, l'alto, la guitare, le piano, la trompette, la flûte, mais également le robab, le ghichak, le tambour, le tabla, le qashqarcha, le sorod et le delroba sont enseignés aux élèves.

 

Le premier orchestre afghan exclusivement féminin

Actuellement, l'ANIM compte 250 élèves, dont 75 filles. Ces dernières se sont organisées pour jouer ensemble et former l'orchestre Zohra, le premier orchestre afghan constitué exclusivement de filles. Il a commencé son activité en 2014 et son premier concert a eu lieu à l'ambassade du Canada à Kaboul. « Quand je suis arrivée à l'ANIM, nous étions seulement cinq filles. Nous voulions organiser un groupe féminin car cette année-là, à l'institut, les garçons créaient des groupes de rock et de pop. C'était comme une compétition. Alors, nous avons créé un groupe de chant. Au fur et à mesure, d'autres filles ont rejoint notre groupe », poursuit-elle. Rapidement, le groupe de chant s'est transformé en orchestre. Aujourd'hui, les musiciennes qui le composent ont entre 12 et 21 ans.

« C'est une jeune fille qui s'appelle Mina, et qui était étudiante ici, qui a eu l'idée de l'orchestre Zohra. Le Dr Nasser Sarmast a validé cette idée, et aujourd'hui nous sommes témoins du succès de l'orchestre Zohra », souligne Mohammad Murad Sharkhush, qui enseigne le qashqarcha, un ancien instrument afghan. À l'institut, Mina avait appris la trompette pour laquelle elle avait un véritable talent. En raison de problèmes familiaux, Mina a toutefois dû rentrer dans sa province natale et sa famille ne l'a plus autorisée à revenir à Kaboul.

 

Ces derniers temps, l'orchestre Zohra a participé à différents programmes à l'extérieur du pays comme le forum de Davos en Suisse. « L'un de nos succès était de pouvoir montrer une image positive de l'Afghanistan et de sa culture au monde. Cet orchestre a été soutenu par plusieurs pays et est également connu sous le nom des Anges de la musique », indique Mohammad Murad Sharkhush.

 

Le symbole de l'Afghanistan de demain

Chaque année, entre 300 et 400 candidats passent le concours d'entrée à l'institut, et seulement 50 d'entre eux sont pris. 50 % des candidats sont des enfants vivant dans les rues ou dans des orphelinats, et sont présentés par les ONG travaillant sur le droit de l'enfant en Afghanistan. En dehors de l'orchestre Zohra, onze autres groupes sont actifs au sein de l'institut.

« Lorsqu'un changement vient dans un pays, il ne faut pas s'inquiéter, il faut être positif, et je suis optimiste. L'Afghanistan est un pays où l'art occupe une place prépondérante dans la vie du peuple », dit Mohammad Murad Sharkhush.

À l'Institut national de musique d'Afghanistan, des élèves riches et des orphelins suivent les cours de la musique sous le même toit. Ils jouent leur douleur, leurs espoirs, leur joie et leur chagrin afin qu'un jour ils arrivent à réaliser leurs beaux rêves d'enfance. Comme l'indique Ahmad Nasser Sarmast : « L'Institut national de musique d'Afghanistan est comme une île d'espoir dans l'obscurité. Cet institut est le symbole de l'Afghanistan de demain. »

 

Retrouvez toute notre édition spéciale Impact Journalism Day, Un monde de solutions, ici

 

 

 

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.

Quand les jeunes Afghanes jouent leurs rêves - Hassan KARIMI/Hasht e Subh - L'Orient-Le Jour

Société

Quand les jeunes Afghanes jouent leurs rêves

Afghanistan
24/06/2017

Zarifa Adeeb a longtemps rêvé de devenir chanteuse de pop, mais elle s'est finalement prise de passion pour la musique classique. Aujourd'hui, dans l'une des salles de l'Institut national de musique d'Afghanistan (ANIM), elle joue du violon au milieu de ses camarades avec une dextérité admirable.
Cette jeune Afghane n'avait qu'un an lorsqu'elle a trouvé refuge au Pakistan. Elle y est restée plus de 15 ans, avant de décider de retourner dans son pays. « Je suis venue ici fin 2014. Alors que je cherchais un professeur de musique, je me suis rendue compte qu'il y avait un institut où l'on apprend la musique de manière professionnelle », dit-elle. Actuellement en classe de terminale, cela fait deux ans que Zarifa Adeeb pratique le violon. Il y a à peine dix ans, alors que l'Afghanistan était sous la coupe des talibans, cela lui aurait été interdit.

 

L'ANIM a été inauguré en 2010 par Ahmad Nasser Sarmast, son actuel directeur général, et l'établissement s'inscrit dans une tradition d'enseignement musical fragilisée par l'histoire récente. C'est en 1974, avec la création de l'École de musique, que cette dernière est entrée dans le curriculum du ministre de l'Éducation nationale. En 1988, elle a toutefois dû cesser ses activités, gardant ses portes fermées pendant la guerre et la tutelle des talibans qui jugeaient la musique haram.

 

C'est sous la présidence de Hamid Karzaï que l'école a rouvert ses portes. Et en 2008, Ahmad Nasser Sarmast a pris la tête d'un projet baptisé « Reconstruction de la musique afghane », subventionné par la Banque mondiale. Deux ans plus tard, l'École de musique est devenue l'ANIM, des formations à la musique classique occidentale et orientale. Aujourd'hui, des instruments comme le violon, l'alto, la guitare, le piano, la trompette, la flûte, mais également le robab, le ghichak, le tambour, le tabla, le qashqarcha, le sorod et le delroba sont enseignés aux élèves.

 

Le premier orchestre afghan exclusivement féminin

Actuellement, l'ANIM compte 250 élèves, dont 75 filles. Ces dernières se sont organisées pour jouer ensemble et former l'orchestre Zohra, le premier orchestre afghan constitué exclusivement de filles. Il a commencé son activité en 2014 et son premier concert a eu lieu à l'ambassade du Canada à Kaboul. « Quand je suis arrivée à l'ANIM, nous étions seulement cinq filles. Nous voulions organiser un groupe féminin car cette année-là, à l'institut, les garçons créaient des groupes de rock et de pop. C'était comme une compétition. Alors, nous avons créé un groupe de chant. Au fur et à mesure, d'autres filles ont rejoint notre groupe », poursuit-elle. Rapidement, le groupe de chant s'est transformé en orchestre. Aujourd'hui, les musiciennes qui le composent ont entre 12 et 21 ans.

« C'est une jeune fille qui s'appelle Mina, et qui était étudiante ici, qui a eu l'idée de l'orchestre Zohra. Le Dr Nasser Sarmast a validé cette idée, et aujourd'hui nous sommes témoins du succès de l'orchestre Zohra », souligne Mohammad Murad Sharkhush, qui enseigne le qashqarcha, un ancien instrument afghan. À l'institut, Mina avait appris la trompette pour laquelle elle avait un véritable talent. En raison de problèmes familiaux, Mina a toutefois dû rentrer dans sa province natale et sa famille ne l'a plus autorisée à revenir à Kaboul.

 

Ces derniers temps, l'orchestre Zohra a participé à différents programmes à l'extérieur du pays comme le forum de Davos en Suisse. « L'un de nos succès était de pouvoir montrer une image positive de l'Afghanistan et de sa culture au monde. Cet orchestre a été soutenu par plusieurs pays et est également connu sous le nom des Anges de la musique », indique Mohammad Murad Sharkhush.

 

Le symbole de l'Afghanistan de demain

Chaque année, entre 300 et 400 candidats passent le concours d'entrée à l'institut, et seulement 50 d'entre eux sont pris. 50 % des candidats sont des enfants vivant dans les rues ou dans des orphelinats, et sont présentés par les ONG travaillant sur le droit de l'enfant en Afghanistan. En dehors de l'orchestre Zohra, onze autres groupes sont actifs au sein de l'institut.

« Lorsqu'un changement vient dans un pays, il ne faut pas s'inquiéter, il faut être positif, et je suis optimiste. L'Afghanistan est un pays où l'art occupe une place prépondérante dans la vie du peuple », dit Mohammad Murad Sharkhush.

À l'Institut national de musique d'Afghanistan, des élèves riches et des orphelins suivent les cours de la musique sous le même toit. Ils jouent leur douleur, leurs espoirs, leur joie et leur chagrin afin qu'un jour ils arrivent à réaliser leurs beaux rêves d'enfance. Comme l'indique Ahmad Nasser Sarmast : « L'Institut national de musique d'Afghanistan est comme une île d'espoir dans l'obscurité. Cet institut est le symbole de l'Afghanistan de demain. »

 

Retrouvez toute notre édition spéciale Impact Journalism Day, Un monde de solutions, ici

 

 

 

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.