Eau

L'eau d'I-Drop Water fait des vagues

Afrique du Sud

Pour Petunia Mohale, avoir l'eau potable n'allait pas de soi. Après avoir découvert de la rouille dans les canalisations de sa maison, elle hésitait à boire l'eau du robinet.

24/06/2017

Selon un rapport de 2015 de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 1,8 milliard de personnes dans le monde utilisent une source d'eau contaminée par des matières fécales. Petunia Mohale fait partie des 300 millions de personnes privées d'accès à l'eau potable en Afrique.

Lorsqu'un représentant d'I-Drop Water lui suggère d'installer un système de purification de l'eau dans sa confiserie de Soweto, elle adhère à l'idée.
« Les gens n'ont pas le choix. L'alternative est de mettre sa santé en danger en buvant une eau peu sûre ou de débourser le prix incroyablement élevé de bouteilles d'eau à l'effet dévastateur sur l'environnement, en plus d'être une aberration économique », explique James Steere, cofondateur d'I-Drop Water.

 

Solution alternative
En créant I-Drop Water, James et Kate Thiers Steere voulaient une solution alternative pour rendre l'eau potable abordable et accessible à des gens comme Petunia Mohale, en Afrique du Sud et sur le reste du continent.
Depuis sa fondation en 2015, I-Drop Water a signé des partenariats avec des propriétaires d'épicerie dans quatre pays africains : Afrique du Sud, Zimbabwe, Botswana et Ghana. Plus de 60 systèmes de filtration y ont été installés et un demi-million de litres d'eau potable vendus.
Les systèmes de purification d'I-Drop Water peuvent être installés, sans frais pour le propriétaire, dans n'importe quelle épicerie disposant d'eau courante. Les clients peuvent ensuite y acheter de l'eau potable pour à peine 1 rand (0,078 USD) par litre, soit 80 % de moins qu'une bouteille. À la fin du mois, I-Drop Water répartit le bénéfice à parts égales entre l'organisation et le propriétaire de la boutique.
« Le prix de l'eau est assez bas pour que tout le monde puisse en acheter », déclare James Steere, qui décrit le modèle économique d'I-Drop Water comme « incroyablement performant ». « Nous avons supprimé la barrière que constituait l'investissement initial car n'importe quelle épicerie peut installer gratuitement (le système de filtration) et commencer à vendre ».

 

 

Efficace et économique
Les mois suivant, l'installation de la machine, Petunia Mohale vendait cinq bouteilles d'eau filtrée par jour, et davantage le week-end. Malgré sa réticence initiale, elle encourage maintenant ses clients à acheter l'eau d'I-Drop Water. Les clients ont d'abord cru qu'il s'agissait d'eau du robinet, et non d'une eau propre à la consommation comme celle des bouteilles, se rappelle-t-elle.
Le système de filtration d'I-Drop Water est plus efficace et économique que les bouteilles d'eau grâce à trois composantes majeures : le filtre lui-même, les réseaux de téléphonie mobile et le développement durable.
Fabriqué aux Etats-Unis, le système de filtration d'I-Drop Water utilise du nano-carbone pour écarter virus, bactéries et kystes – tout ce qui, à base de carbone, peut rendre quelqu'un malade – tout en préservant les minéraux de l'eau.
« Le filtre fonctionne selon une configuration simple : l'eau arrive contaminée et ressort propre. Il ne rejette pas d'eau impure, ce qui est essentiel car les ressources en eau sont limitées », précise James Steere.

Efficace, le filtre ne nécessite qu'une surveillance minimale. Chaque machine est connectée par GSM à la plateforme d'I-Drop Water pour permettre à Kate Thiers Steere de la superviser à distance.
« Je suis accro aux données. C'est moi qui gère toute la plateforme et diagnostique les problèmes. C'est fou ce qu'on peut apprendre des informations que nous recevons », s'exclame Kate Thiers Steere.
Un technicien I-Drop Water est disponible pour réparer les machines en cas de mauvais fonctionnement. Mais Kate Thiers Steere est capable de résoudre tout type de problème technique à distance grâce aux données transmises par connexion mobile.


Les interventions sur place d'I-Drop Water se limitent donc à un changement de filtre tous les six ou huit mois par machine – et même cela, les propriétaires des épiceries peuvent apprendre à le faire.
« Il n'y a pratiquement plus d'endroit en Afrique sans couverture mobile correcte. Et comme nous avons conçu notre système pour fonctionner entièrement à l'énergie solaire, il peut alimenter la pompe et les communications électroniques en autonomie », précise James Steere.
L'utilisation de l'énergie solaire est l'un des bienfaits environnementaux d'I-Drop Water, de même qu'un recours réduit au plastique. Plutôt que d'acheter des bouteilles individuelles, les clients apportent leurs propres récipients ou en achètent un réutilisable.

 

Traiter l'eau à boire comme la nourriture
Le but ultime d'I-Drop Water est de proposer une alternative abordable et respectueuse de l'environnement à l'industrie de l'eau en bouteille, et une solution concrète palliant la détérioration des infrastructures d'eau.
« L'énorme investissement à consentir par le gouvernement pour que l'eau qui parvient aux gens soit potable est irréaliste », estime James Steere. Selon un rapport de l'Institut sud-africain des infrastructures de génie civil datant de 2011, la valeur de remplacement des équipements de distribution d'eau s'élève à 139 milliards de rands (près de 11 milliards de USD).
« Pourquoi ne pas plutôt traiter l'eau à boire comme la nourriture ? Si le prix peut être abaissé au point de devenir abordable pour tout le monde et les canaux de distribution existants (les épiceries) utilisés pour la vente, la question est réglée », s'enthousiasme James Steere.


James et Kate Thiers Steere reconnaissent cependant que le prix de 1 rand par litre est encore trop élevé pour certains. « Nous voulons contribuer à résoudre le problème de l'eau potable. Nous devons relever le défi en nous appuyant sur l'activité commerciale, et c'est ce que notre modèle économique permet », déclare James Steere.
I-Drop Water est une organisation à but lucratif, qui espère financer l'installation d'autres systèmes de filtration grâce aux ventes réalisées dans les épiceries. Elle a ainsi pu installer une machine à l'école primaire de Bapedi, à Soweto, où le personnel et les élèves peuvent désormais boire gratuitement de l'eau potable.
James et Kate Thiers Steere croient au potentiel d'I-Drop Water de se développer à une tout autre échelle, en Afrique et ailleurs. En attendant, ils se concentrent sur sa croissance sur le marché sud-africain, à commencer par les alentours de Johannesburg et la province du Cap oriental.

 

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L'eau d'I-Drop Water fait des vagues - Michelle Bao et Jacquelyn Guillen/City Press - L'Orient-Le Jour

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L'eau d'I-Drop Water fait des vagues

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Pour Petunia Mohale, avoir l'eau potable n'allait pas de soi. Après avoir découvert de la rouille dans les canalisations de sa maison, elle hésitait à boire l'eau du robinet.

24/06/2017

Selon un rapport de 2015 de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 1,8 milliard de personnes dans le monde utilisent une source d'eau contaminée par des matières fécales. Petunia Mohale fait partie des 300 millions de personnes privées d'accès à l'eau potable en Afrique.

Lorsqu'un représentant d'I-Drop Water lui suggère d'installer un système de purification de l'eau dans sa confiserie de Soweto, elle adhère à l'idée.
« Les gens n'ont pas le choix. L'alternative est de mettre sa santé en danger en buvant une eau peu sûre ou de débourser le prix incroyablement élevé de bouteilles d'eau à l'effet dévastateur sur l'environnement, en plus d'être une aberration économique », explique James Steere, cofondateur d'I-Drop Water.

 

Solution alternative
En créant I-Drop Water, James et Kate Thiers Steere voulaient une solution alternative pour rendre l'eau potable abordable et accessible à des gens comme Petunia Mohale, en Afrique du Sud et sur le reste du continent.
Depuis sa fondation en 2015, I-Drop Water a signé des partenariats avec des propriétaires d'épicerie dans quatre pays africains : Afrique du Sud, Zimbabwe, Botswana et Ghana. Plus de 60 systèmes de filtration y ont été installés et un demi-million de litres d'eau potable vendus.
Les systèmes de purification d'I-Drop Water peuvent être installés, sans frais pour le propriétaire, dans n'importe quelle épicerie disposant d'eau courante. Les clients peuvent ensuite y acheter de l'eau potable pour à peine 1 rand (0,078 USD) par litre, soit 80 % de moins qu'une bouteille. À la fin du mois, I-Drop Water répartit le bénéfice à parts égales entre l'organisation et le propriétaire de la boutique.
« Le prix de l'eau est assez bas pour que tout le monde puisse en acheter », déclare James Steere, qui décrit le modèle économique d'I-Drop Water comme « incroyablement performant ». « Nous avons supprimé la barrière que constituait l'investissement initial car n'importe quelle épicerie peut installer gratuitement (le système de filtration) et commencer à vendre ».

 

 

Efficace et économique
Les mois suivant, l'installation de la machine, Petunia Mohale vendait cinq bouteilles d'eau filtrée par jour, et davantage le week-end. Malgré sa réticence initiale, elle encourage maintenant ses clients à acheter l'eau d'I-Drop Water. Les clients ont d'abord cru qu'il s'agissait d'eau du robinet, et non d'une eau propre à la consommation comme celle des bouteilles, se rappelle-t-elle.
Le système de filtration d'I-Drop Water est plus efficace et économique que les bouteilles d'eau grâce à trois composantes majeures : le filtre lui-même, les réseaux de téléphonie mobile et le développement durable.
Fabriqué aux Etats-Unis, le système de filtration d'I-Drop Water utilise du nano-carbone pour écarter virus, bactéries et kystes – tout ce qui, à base de carbone, peut rendre quelqu'un malade – tout en préservant les minéraux de l'eau.
« Le filtre fonctionne selon une configuration simple : l'eau arrive contaminée et ressort propre. Il ne rejette pas d'eau impure, ce qui est essentiel car les ressources en eau sont limitées », précise James Steere.

Efficace, le filtre ne nécessite qu'une surveillance minimale. Chaque machine est connectée par GSM à la plateforme d'I-Drop Water pour permettre à Kate Thiers Steere de la superviser à distance.
« Je suis accro aux données. C'est moi qui gère toute la plateforme et diagnostique les problèmes. C'est fou ce qu'on peut apprendre des informations que nous recevons », s'exclame Kate Thiers Steere.
Un technicien I-Drop Water est disponible pour réparer les machines en cas de mauvais fonctionnement. Mais Kate Thiers Steere est capable de résoudre tout type de problème technique à distance grâce aux données transmises par connexion mobile.


Les interventions sur place d'I-Drop Water se limitent donc à un changement de filtre tous les six ou huit mois par machine – et même cela, les propriétaires des épiceries peuvent apprendre à le faire.
« Il n'y a pratiquement plus d'endroit en Afrique sans couverture mobile correcte. Et comme nous avons conçu notre système pour fonctionner entièrement à l'énergie solaire, il peut alimenter la pompe et les communications électroniques en autonomie », précise James Steere.
L'utilisation de l'énergie solaire est l'un des bienfaits environnementaux d'I-Drop Water, de même qu'un recours réduit au plastique. Plutôt que d'acheter des bouteilles individuelles, les clients apportent leurs propres récipients ou en achètent un réutilisable.

 

Traiter l'eau à boire comme la nourriture
Le but ultime d'I-Drop Water est de proposer une alternative abordable et respectueuse de l'environnement à l'industrie de l'eau en bouteille, et une solution concrète palliant la détérioration des infrastructures d'eau.
« L'énorme investissement à consentir par le gouvernement pour que l'eau qui parvient aux gens soit potable est irréaliste », estime James Steere. Selon un rapport de l'Institut sud-africain des infrastructures de génie civil datant de 2011, la valeur de remplacement des équipements de distribution d'eau s'élève à 139 milliards de rands (près de 11 milliards de USD).
« Pourquoi ne pas plutôt traiter l'eau à boire comme la nourriture ? Si le prix peut être abaissé au point de devenir abordable pour tout le monde et les canaux de distribution existants (les épiceries) utilisés pour la vente, la question est réglée », s'enthousiasme James Steere.


James et Kate Thiers Steere reconnaissent cependant que le prix de 1 rand par litre est encore trop élevé pour certains. « Nous voulons contribuer à résoudre le problème de l'eau potable. Nous devons relever le défi en nous appuyant sur l'activité commerciale, et c'est ce que notre modèle économique permet », déclare James Steere.
I-Drop Water est une organisation à but lucratif, qui espère financer l'installation d'autres systèmes de filtration grâce aux ventes réalisées dans les épiceries. Elle a ainsi pu installer une machine à l'école primaire de Bapedi, à Soweto, où le personnel et les élèves peuvent désormais boire gratuitement de l'eau potable.
James et Kate Thiers Steere croient au potentiel d'I-Drop Water de se développer à une tout autre échelle, en Afrique et ailleurs. En attendant, ils se concentrent sur sa croissance sur le marché sud-africain, à commencer par les alentours de Johannesburg et la province du Cap oriental.

 

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