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Économie

Des entrepreneurs américains se rêvent en pionniers de la ruée vers l’herbe

Focus
OLJ/AFP
19/06/2017

Ils sont banquiers, comptables, informaticiens, et n'ont rien de marginaux. Mais ils ont en commun le désir de se lancer dans le cannabis.
Pour y arriver, ils étaient une bonne centaine à participer la semaine dernière à New York à une formation sur « Comment investir dans le cannabis », un secteur en plein boom avec quelque 7 milliards de dollars de chiffre d'affaires attendus cette année.

Parmi ces étudiants en herbe, Mark Giannone et son fils Justin, résidents de l'État voisin du New Jersey. « On aime vraiment cette plante, on veut s'impliquer dans cette industrie. On sent vraiment qu'il y a beaucoup plus que juste l'usage récréatif », explique Justin, ingénieur en cybersécurité, 31 ans. « On est venus se renseigner. L'industrie est encore très incertaine, je ne veux pas jouer à la roulette », tempère Mark, 60 ans, comptable.
Le projet de Patricia, qui taira son nom de famille car elle « travaille pour le gouvernement fédéral », est plus avancé : cette femme de 33 ans espère ouvrir dès cette année, avec son mari banquier, un dispensaire dans le Connecticut (Nord-Est). Le Connecticut comme le New Jersey ont légalisé l'usage médical du cannabis. Mais leurs autorités n'attribuent des licences d'exploitation qu'au compte-gouttes, maintenant leur marché à un stade encore embryonnaire.

Griller Wall Street

Convaincus des vertus de la marijuana qu'ils consomment régulièrement, Mark, Justin et Patricia représentent une nouvelle vague de cadres désireux d'investir dans le secteur avant qu'il ne soit complètement légalisé et pris d'assaut par « Wall Street et les grands groupes », dit Mark.

Depuis que le Colorado (Ouest) a légalisé le cannabis à usage récréatif en 2012, sept États américains, dont la Californie (Ouest), le Massachusetts (Nord-Est) et la capitale fédérale Washington, lui ont emboîté le pas. L'usage thérapeutique est déjà autorisé dans 29 États, plus la capitale américaine. Mais la marijuana reste illégale au niveau fédéral.

Les apprentis entrepreneurs espèrent qu'en dépit des ultraconservateurs de l'administration Trump, comme le ministre de la Justice Jeff Sessions, le secteur poursuivra la courbe ascendante pronostiquée par les experts, qui tablent sur un marché de 23 milliards de dollars en 2020.

Déjà, explique Karson Humiston, patronne du cabinet de recrutement spécialisé Vangst venue de Denver (Colorado), « on voit de plus en plus de professionnels pas du tout marginaux, venus de la finance, de grandes entreprises du monde agricole ou de la science ». « On reçoit 500 CV par jour, de gens venus de tout le pays et au-delà, qui voient une possibilité d'améliorer leurs revenus ou leur carrière et qui sont aussi, souvent, des passionnés, dit cette dirigeante de 24 ans. On se croirait dans la Silicon Valley quand l'industrie de la high-tech démarrait à peine. »

Nichole West, basée à Denver, ne cache rien des difficultés du secteur. Cette pionnière raconte volontiers les déboires de ses débuts, qui ont failli la ruiner. Avant de rebondir et de devenir aujourd'hui, à 32 ans, vice-présidente de « Sweet Leaf » (« Douce feuille »), une entreprise de plus de 400 personnes qui cultive et vend cannabis et produits dérivés. Les réglementations sont très variables et souvent confuses en fonction des États, créant d'énormes incertitudes pour les entreprises, explique-t-elle.
Surtout, si la proportion d'Américains favorables à une légalisation généralisée ne cesse d'augmenter – ils étaient 61 % en avril, selon un sondage CBS News –, ils restent nombreux à considérer le cannabis comme dangereux. Une hostilité qu'il faut respecter pour réussir, dit Mme West.
« Tenez-vous à l'écart des enfants », notamment des écoles, car « il suffit d'une mère remontée contre vous, et vous devenez le diable ! » explique-t-elle.


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