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Économie

L’armée cubaine, un maillon essentiel de l’économie dans le collimateur de Trump

Éclairage
OLJ
19/06/2017

En annonçant l'interdiction des transactions avec des entités contrôlées par l'armée cubaine, Donald Trump vise au cœur du régime de Raul Castro, qui a confié aux militaires des pans entiers de l'économie de l'île.
Vendredi, M. Trump a interdit aux entreprises américaines de commercer avec le Groupe d'administration d'entreprises (Gaesa), puissant conglomérat de l'armée, qui opère dans de multiples secteurs et matérialise l'omniprésence de l'armée dans l'économie cubaine depuis les années 1990.
À l'époque, la chute du grand frère soviétique et la fin des subsides de Moscou avaient provoqué un besoin urgent de devises. Les frères Castro avaient alors su s'arroger la fidélité de l'armée en lui confiant les rênes de secteurs économiques-clés. Cette emprise a débuté avec la création de l'Union des entreprises militaires (UEM) pour entretenir et fabriquer localement l'armement cubain, puis celle du groupe touristique Gaviota, censé coordonner et contrôler l'ouverture du pays au tourisme avant la création d'autres groupes touristiques civils tels que Cubanacan ou Gran Caribe.

Du laboratoire au conglomérat
Peu auparavant, le ministère de l'Intérieur avait monté de son côté le Cimex. Ce groupement de dizaines d'entreprises s'était spécialisé dans la création de sociétés écran vouées à déjouer les restrictions de l'embargo économique américain imposée à l'île depuis 1962. Laboratoire d'expériences visant à augmenter la productivité, l'UEM s'est rapidement transformé en Gaesa. Le conglomérat a ensuite coiffé Gaviota, mais aussi le groupe de grande distribution TRD, l'administration du terminal de conteneurs du mégaport de Mariel (ouest de La Havane) et le groupe financier Rafin, copropriétaire du monopole des télécommunications Etecsa.
Figure de proue du Gaesa, Gaviota détient plus de 50 hôtels (40 % de l'infrastructure hôtelière d'État), cinq marinas, plus de 25 restaurants, une compagnie aérienne éponyme et plusieurs compagnies de taxis et de location de véhicules. Sous la férule de Raul Castro, sont plus récemment passés dans le giron du Gaesa la holding Cimex, la Banque financière internationale et Habaguanex, propriétaire de nombreux restaurants et hôtels de la vieille Havane.

« Parade pragmatique »
Ce conglomérat reste très opaque et aucun registre officiel recensant les entités qu'il contrôle n'est disponible à Cuba. Détail éloquent : l'immeuble censé abriter la maison mère de Gaesa, dans l'ouest de La Havane, ne porte aucune enseigne. Le Gaesa est dirigé par le général Luiz Rodriguez Lopez-Callejas, membre du comité central du Parti communiste cubain (PCC) et gendre de Raul Castro. Cet homme très discret goûtant peu la lumière reste inconnu de la plupart des Cubains. « Sans enseignes indiquant les entreprises liées aux FAR à Cuba, il sera difficile (pour les entreprises américaines) de ne pas violer les mesures » de Donald Trump, ironisait vendredi dans un tweet Sergio Gomez, un responsable du quotidien officiel cubain Granma.
« Vu la présence des militaires cubains dans de nombreuses activités productives, il est difficile d'imaginer que les liens commerciaux entre les deux pays puissent être très étendus », observe de son côté Jorge Duany, directeur de l'Institut des recherches cubaines de l'Université de Floride. Il relève qu'il « a été dit que le gouvernement américain élaborerait une liste des entreprises cubaines qui dépendent majoritairement des forces armées » avant d'appliquer ces mesures qui entreront en vigueur dans les prochains mois.
Mais l'économiste cubain Pavel Vidal, de l'Université Javeriana de Cali, souligne l'ampleur et la difficulté de la tâche et estime qu'il faudra attendre de « voir comment vont être appliquées les nouvelles mesures pour évaluer leur efficacité ». Selon lui, les restrictions de Donald Trump devraient à terme contraindre les autorités cubaines à « trouver une parade pragmatique de manière immédiate » à l'omniprésence de l'armée dans l'économie, qui « devait être corrigée à un moment ou à un autre ».
Parmi les experts, deux options principales sont avancées : dissoudre le Gaesa et faire passer ses entités sous contrôle civil, ou le convertir en conglomérat civil. Mais cette dernière solution obligerait le conglomérat à faire preuve de plus de transparence, souligne M. Vidal.
Carlos BATISTA /AFP

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PAS UN MAILLON ESSENTIEL... MAIS L,ACCAPAREUR DE L,ECONOMIE DE TOUT GENRE...

HABIBI FRANCAIS

Cuba,venezuela,algerie....pays communistes ou l economie est controlee par des generaux maffieux a la tete de fortunes dans les paradis fiscaux pendant que le peuple meurt de faim ...a vomir...merci Donald Trump pour ces mesures tout a fait appropriees contre GAESA.

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