Liban

Le Liban se tient officiellement à l’écart de la crise entre Riyad et Doha

Éclairage
14/06/2017

Jusqu'à présent, aucun pays du Golfe n'a demandé à Beyrouth de prendre position dans la crise qui oppose l'Arabie saoudite et ses alliés au Qatar. Conscientes de la situation délicate du pays du Cèdre, ainsi que de son fragile équilibre interne, les puissances régionales ne se sont pas hasardées à exiger quoi que ce soit du Liban, d'autant qu'elles savent bien que ce pays préfère garder ses distances par rapport aux conflits interarabes, une position en harmonie avec le pacte national, qui prône la neutralité dans ce genre de situation, et que les autorités libanaises continuent d'appliquer à la lettre jusqu'à ce jour.

Beyrouth demeure donc attaché à cette ligne diplomatique, renforcée récemment par le discours d'investiture du président de la République, Michel Aoun, dans lequel il avait mis l'accent sur la nécessité de tenir le pays à l'écart des conflits régionaux. Le président avait d'ailleurs réaffirmé cette orientation lors de son intervention dans le cadre du dernier sommet de la Ligue arabe qui s'était tenu fin mars en Jordanie, lorsqu'il avait appelé à l'arrêt des guerres fratricides entre les pays de la région et la résolution des conflits par le dialogue. Il s'était également dit prêt à contribuer à jeter des ponts entre les adversaires, en expliquant que le Liban a un rôle à jouer dans l'apaisement des tensions interarabes.

Il reste que la persistance de la crise entre l'Arabie et le Qatar est de nature à inquiéter car celle-ci va inexorablement avoir des conséquences concrètes non seulement sur les divers pays de la région mais également au Liban. Aucun État n'a donc intérêt à voir cette crise s'installer dans le temps. Plusieurs acteurs se sont d'ailleurs portés volontaires pour proposer une médiation entre les pays rivaux. Parmi les pays du Golfe, c'est le Koweït, qui, le premier, s'était dit prêt à rabibocher les deux frères ennemis. La Turquie est également intervenue pour proposer une solution négociée, suivie ensuite des États-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne et de plusieurs autres pays européens. Tous disent vouloir trouver une issue rapide à cette crise, de peur d'en voir les conséquences négatives se traduire au niveau régional par une amplification des conflits déjà existants, notamment en Syrie. Pour toutes ces raisons, on estime que la brouille saoudo-qatarie est entrée dans une phase marquée par des tentatives de compromis. Ce compromis est fondé d'abord sur le respect de la souveraineté et de l'indépendance de chacun des deux protagonistes, et la nécessité d'autre part d'adopter une position claire par rapport aux relations avec l'Iran. Il s'inspire aussi des résolutions du dernier sommet arabo-américain de Riyad. Celles-ci représenteraient une limite à ne pas dépasser pour tous les pays qui y ont pris part, y compris le Qatar.

 

(Pour mémoire : Quelles répercussions de la crise du Golfe sur les Libanais ?)

 

Le Koweït a intensifié ces dernières heures ses contacts avec les différents protagonistes de la crise afin d'en accélérer la résolution en se fondant sur ces principes, pendant que le Qatar continue d'affirmer à qui veut bien l'entendre – aux plans régional et international – que son agence de presse nationale a bel et bien été piratée et que les informations qui ont fait éclater le différend avec l'Arabie sont en fait l'œuvre de pirates informatiques.

Sur le plan international, plusieurs pays commencent à exprimer leur mécontentement quant au blocus maritime, aérien et terrestre imposé à cet émirat, et rappellent que, lors du dernier sommet du Conseil de coopération du Golfe, il avait été demandé au Koweït de prendre contact avec l'Iran pour que ce pays précise la nature de ses relations avec chacun des pays de la région.

Du côté de Riyad, on laisse entendre que désormais, et surtout au lendemain du sommet arabo-américain, il n'est plus possible de permettre à aucun État de la région de faire entendre des voix discordantes, surtout lorsqu'il s'agit de l'Iran. L'attitude très dure adoptée à l'égard de Doha sert donc de mise en garde pour tous les autres pays qui ont pris part au sommet de Riyad et qui seraient tentés de l'imiter.

Les Européens ont de leur côté pris contact avec Doha pour lui exposer les craintes de l'Arabie et lui expliquer dans le même temps la nécessité, pour l'émirat, de les prendre en considération dans le contexte actuel. Ils ont parallèlement demandé à l'Arabie de mettre un terme au « blocus » imposé au Qatar, ce à quoi les Saoudiens ont répondu par le biais de leur ministre des Affaires étrangères, Adel al-Jubaïr, qui a affirmé que le boycottage de l'émirat n'est absolument pas un blocus mais l'exercice de droits fondamentaux et souverains. À peine ironique, M. Jubaïr a également fait savoir que son pays est disposé à assurer des aides alimentaires et médicales, si nécessaire, au Qatar.

Les Européens ont aussi demandé à Riyad de passer à la phase de négociations sans plus attendre car il convient de mettre fin à la tension qui prévaut au niveau de la région. Une ébauche de formule d'accord semble d'ailleurs avoir été trouvée. Elle consiste à demander à Doha de mettre un terme au soutien qu'elle apporte aux Frères musulmans et au Hamas. De hauts responsables de ces deux partis auraient d'ores et déjà quitté Doha, certains pour l'Iran et d'autres vers différents pays arabes, dont le Liban. Mais le scénario suivant lequel la crise devrait être résolue n'est toujours pas trouvé, et plusieurs propositions continuent d'être examinées par les différents protagonistes.

 

 

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