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Liban

Contre-amiral français, Jean-Patrick Pluvinet se souvient de l’attentat du Drakkar

France-Liban

Évacuation de Yasser Arafat de Beyrouth, livraison d'armes à Jounieh et François Mitterrand à la Résidence des Pins, un ancien officier français égrène ses souvenirs du Liban.

13/06/2017

Parfois, le passé nous rattrape quand on s'y attend le moins. Jean-Patrick Pluvinet était commandant de flottille de la marine française entre 1982 et 1983, quand il a séjourné à plusieurs reprises au Liban. Il était présent à de nombreux moments ayant marqué la guerre civile, notamment l'évacuation du chef de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat, les massacres de Sabra et Chatila et l'attentat-suicide contre le Drakkar qui avait coûté la vie à 59 parachutistes français.

Pour le contre-amiral Jean-Patrick Pluvinet, le Liban est devenu un vieux souvenir, qui s'estompait petit à petit. Il pensait qu'avec le temps qui passe, les images qui étaient encore un peu marquées dans sa mémoire disparaîtraient à jamais. C'était compter sans les plans de son petit-fils, Maxime, étudiant en sciences politiques qui a décidé d'effectuer un stage de six mois à L'Orient-Le Jour. Jean-Patrick Pluvinet décide donc de revenir au Liban lui rendre visite. Durant trois jours, il revoit quelques souvenirs de sa jeunesse défiler sous ses yeux.

Beyrouth, certes, n'est plus une ville divisée et en guerre. Et la Résidence des Pins, domicile de l'ambassadeur de France, symbole de la présence mandataire au Liban, a retrouvé sa superbe quand les canons se sont définitivement tus.

Jean-Patrick Pluvinet a effectué son premier séjour au Liban en août 1982. Il devait participer à l'évacuation à bord de son hélicoptère du chef de l'OLP, Yasser Arafat, encerclé par les forces israéliennes, en direction de Chypre ou vers un bâtiment en mer. « Le leader palestinien a été exfiltré sur un navire civil escorté par un aviso (petit navire militaire) français, et deux Super Frelon (hélicoptères) étaient en alerte pour une intervention de secours en mer en cas d'attaque perpétrée contre le navire civil », rapporte le vice-amiral à la retraite. Sa première impression du Liban à l'époque ? « Dans l'inconscient de nombreux Occidentaux, le Liban était durant les années soixante-dix la Suisse de l'Orient. Le plus impressionnant pour moi, lors de mon premier séjour au Liban, était la situation de l'hippodrome de Beyrouth. Des animaux avaient été tués et égorgés. Il y avait des carcasses de chevaux en décomposition. J'ai vu les cadavres de pur-sang par terre. J'ai pensé qu'un pays qui possède autant de beaux chevaux est riche. Cela m'a beaucoup attristé de le voir ainsi dévasté par la guerre », dit-il.

Son deuxième séjour au Liban est très court. Il l'effectue quelques semaines plus tard, en septembre 1982, suite à l'assassinat du président élu Béchir Gemayel et aux massacres de Sabra et Chatila.

 

(Pour mémoire : Sur les sinistres décombres du Drakkar, la France s'adonne à son travail de mémoire)

 

Des noms de bateaux aux immeubles
Un an plus tard, alors que la Force multinationale est toujours déployée au Liban, l'hélicoptère qu'il pilote livre des armes près de la base militaire de l'armée à Jounieh.

L'événement qui a marqué le début de sa carrière et qui lui a valu plus tard l'attribution de la croix de la Valeur militaire, qui est l'équivalent de la croix de Guerre hors conflit, est sa participation au sauvetage effectué à l'issue de l'attentat contre le Drakkar.

« Ce sont les Bretons (de grands marins) qui, en arrivant au Liban dans le cadre de la force française multipartite, ont instauré la tradition de donner aux immeubles abritant des militaires des noms de bateau. Et Beyrouth abritait notamment le Drakkar, la Frégate et le Canoë. »

Le 23 octobre 1983, un camion piégé fonce sur le Drakkar. Bilan : 59 militaires français tués. La première mission de Jean-Patrick Pluvinet est d'évacuer les soldats à bord de son hélicoptère vers Chypre. Il atterrit au stade Armand du Chayla, qui était à l'époque le quartier général des soldats français. Il se souvient comme si c'était hier d'un jeune parachutiste qui avait perdu les jambes. Pour ne pas traîner, le tissu constituant les jambes de son pantalon était épinglé sur sa chemise.

Deux jours après l'attentat du Drakkar, le commandement lui demande de se rendre à la Résidence des Pins. Quand il atterrit, il découvre qu'il devait transporter vers l'aéroport de Beyrouth et ensuite vers le porte-avions Foch le président français de l'époque François Mitterrand. « Il portait un casque et un gilet pare-balles. Je l'ai vu uniquement de profil. Il était extrêmement pâle. Il n'a rien dit, n'a rien fait. À le voir ainsi, on se rendait compte de la gravité de la situation. Il avait très peur, mais à cet instant, j'ai réalisé que c'était un homme de grand courage », conclut le contre-amiral Pluvinet.

 

 

Pour mémoire

« C'est toujours dans le souci de retrouver la paix que 850 soldats français sont présents au Liban »

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George Khoury

dommage, les francais n'auraient jamais du donner l'independence au Liban, regardez ce que l'ont a fait de notre pays et ce que l'ont fait encore...

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