Une partie des participants à la conférence, hier, à l'hôtel Le Gabriel.
« Faire de Jérusalem une ville de pèlerinage ouverte à tous les croyants. » Tel est le premier appel à vocation régionale lancé hier par la Rencontre de Saydet el-Jabal. Cette plate-forme de réflexion sur le rôle citoyen des chrétiens a pris son initiative en partenariat avec le centre d'études palestiniennes, Tatwir, à l'issue d'un atelier de travail libano-palestinien à l'hôtel Le Gabriel, Achrafieh.
Formulé ainsi, cet appel prend pour base la rencontre des religions comme vecteur de paix dans la région. C'est par ce biais que pourrait commencer la libération de Jérusalem des cloisons identitaires où elle est artificiellement enfermée. Parce que « Jérusalem est le commencement de la paix dans la région », dira Hicham Debsi, président de Tatwir.
En outre, ouvrir la ville sainte à « tous les croyants », c'est l'ouvrir à tous les Arabes, toutes communautés confondues, musulmans, chrétiens et juifs. Mais le président de la Rencontre de Saydet el-Jabal, Farès Souhaid, consacre une mention particulière aux chrétiens. Il argue en effet du rôle pionnier de l'Église catholique pour la consécration de Jérusalem comme lieu de pèlerinage universel. L'appel de Saydet el-Jabal se fait en effet l'écho de la visite du pape François à Jérusalem en 2014, où il était accompagné notamment par le patriarche maronite Mgr Béchara Raï. Ce dernier a été salué hier pour son « courage » d'avoir fait le voyage en Terre sainte, en dépit des accusations de « traîtrise » émanant de l'axe (syro-iranien) de la « moumanaa ». « Nous appelons les autorités religieuses musulmanes à emboîter le pas aux autorités chrétiennes », a ajouté M. Souhaid.
L'appel libano-palestinien de Saydet el-Jabal se veut donc une initiative arabo-chrétienne de paix lancée depuis Beyrouth, une initiative porteuse aussi d'une dimension politique évidente.
Pour les chrétiens du Liban, il s'agit de passer du repli identitaire à la participation active à des solutions de paix nouvelles, dans une région en métamorphose. « Nous pouvons adhérer à l'alliance des minorités face à la majorité musulmane », un pari perdant à plus d'un égard, « nous pouvons aussi nous réduire à faire de la petite politique au Liban, sous prétexte que les développements régionaux ne nous conviennent pas (...). Ce que nous offrons aujourd'hui est une initiative pour la paix (...), en dehors de laquelle les chrétiens ne sauraient vivre (...) », a expliqué M. Souhaid dans son allocution.
Trois strates
Cette participation active pour la paix dans la région est tout aussi cruciale pour les Palestiniens. « Les Palestiniens, tous les Palestiniens, ont besoin aujourd'hui et demain de paix... à l'instar de tous les peuples de la région, sans exception », a déclaré M. Debsi. Pour lui, les entraves à la paix sont nombreuses : « L'extrémisme politique et religieux, dont s'alimentent les gouvernements sionistes », les idéologies, lorsque celles-ci ne sont pas au service de l'homme, mais aussi « l'absence jusqu'à ce jour d'une stratégie palestinienne politico-administrative claire et inspirante de lutte pacifiste ». « L'amère réalité est l'émergence d'un radicalisme islamiste face au radicalisme juif (...), mais cette réalité n'est pas une fatalité », a-t-il ajouté.
Et de revenir sur l'exemple « d'une résistance civile, celle de Fayçal Husseini, la plus noble épreuve de résistance qui soit, et celle qui a été la moins médiatisée ». Il expliquera ensuite, lors du débat, l'inutilité des stratégies de « boycottage » qui continuent de dicter les réponses des pays arabes à l'occupation : ce n'est pas Israël qui interdit le pèlerinage des Arabes en Terre sainte, mais les régimes dont répondent ces derniers. « Le jeu sioniste est hypocrite et le meilleur moyen de révéler ses intentions réelles est, au moins, de ne pas imposer des interdits à sa place », a fait remarquer l'ancien diplomate palestinien.
L'initiative prise hier comporte en somme trois strates : l'approche pacifiste du conflit palestinien, la solidarité arabo-palestinienne, le vivre-ensemble dont le Liban est le reflet – bien que terni par la gestion actuelle du pouvoir. À chacune de ces strates, l'éminent sociologue Mohammad Hussein Chamseddine a choisi d'associer des pensées, citations ou faits historiques, reflets d'un vivre-ensemble universel : « La visite du prisonnier ne saurait être un cautionnement de l'action du geôlier » (dixit le Rassemblement national chrétien de Jérusalem après la visite du pape en mai 2014) ; « Nous sommes tous responsables les uns envers les autres devant Dieu et l'histoire » (extrait du premier message des évêques catholiques d'Orient)... Et M. Chamseddine d'ajouter : « Le Liban et la Palestine sont deux corps dans une même douleur, telle est la leçon de cette douleur. »
Il a décrit enfin la non-violence comme condition de la pérennité des entités libanaise et palestinienne, en s'inspirant du parcours de Hamid Frangié et de la pensée de Samir Frangié « dans son voyage au bout de la violence... Je veux dire, au bout de la paix ». Le premier, Hamid Frangié, avait été élu à l'unanimité président de la Conférence des peuples arabes lors de sa première réunion à Damas, à quelques jours de la guerre de 1956... Un Libanais maronite, choisi par une plate-forme arabe d'une diversité politique et populaire inégalée. Le second, Samir Frangié, avait écrit, dans sa contribution politique au texte du synode maronite de 2006, que « le Liban est une patrie définitive pour tous ses fils... ou il n'est pas ».
C'est sur la base de ce précepte que Saydet el-Jabal a entendu « hisser » le rôle des Libanais, et des chrétiens en particulier, au niveau de la paix dans la région, comme l'énonce le communiqué de la rencontre, dont a donné lecture notre confrère Élie el-Hage.
Le débat a notamment été l'occasion d'évoquer la situation des Palestiniens au Liban, l'instrumentalisation politico-sécuritaire des camps de réfugiés et le dépassement du conflit de 1975, en présence notamment du vice-président du parti Kataëb, Joseph Abou Khalil, de l'ancien ministre Hassan Mneimné, du député Nadim Gemayel et du cadre Forces libanaises Nadi Ghosn.
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Formulé ainsi, cet appel prend pour base la rencontre des religions comme vecteur de paix dans la région. C'est par ce biais que pourrait commencer la libération de Jérusalem des cloisons identitaires où elle est artificiellement enfermée. Parce que « Jérusalem est le commencement de la paix dans la région », dira Hicham Debsi, président de Tatwir.
En outre, ouvrir la ville sainte à « tous les...


Jamais la timidite, la peur et l'hypocrisie n'ont trouve de meilleurs allies.
15 h 52, le 12 juin 2017