Les frais d’itinérance disparaîtront le 15 juin dans l’Union européenne. Philippe Huguen/AFP
Longtemps une importante source de revenus pour les opérateurs de télécommunications, les frais d'itinérance disparaîtront le 15 juin dans l'Union européenne (UE). Une décision validée en avril dernier par le Parlement européen et publiée au Journal officiel, hier, qui va affecter un secteur déjà très concurrentiel.
« L'itinérance, intra et extra-européenne, c'est environ 5 % du chiffre d'affaires des opérateurs en moyenne », rappelle Sylvain Chevallier, spécialiste télécoms chez BearingPoint. Sur le marché espagnol, soumis à de fortes variations saisonnières en raison du tourisme, l'opérateur Telefonica estime que la fin de l'itinérance dans l'UE va entraîner une baisse de 1,2 % de son chiffre d'affaires sur l'exercice en cours. Pour autant, selon Victor Marçais, spécialiste des télécoms et médias chez Roland Berger, le cabinet de conseil allemand, « ce ne sera pas un choc pour les opérateurs, les discussions avancent depuis plusieurs années et les effets ont pu être largement anticipés ».
« Si les opérateurs ne sont pas prêts, ce sera plus de leur faute qu'autre chose », abonde Dexter Thillien, analyste chez BMI Research. De fait, les opérateurs n'ont pas tous préparé de la même manière la fin de l'itinérance.
En France, par exemple, Free a élargi la gratuité de l'itinérance dès mars tandis qu'Orange et Bouygues ont mis fin aux frais en mai et SFR suivra le mouvement le 15 juin.
La Commission européenne (CE) estime que la fin de l'itinérance devrait représenter une perte de 1,2 milliard d'euros (1,3 milliard de dollars) pour l'ensemble des opérateurs européens. Ce marché représente 4,7 milliards d'euros (5,2 milliards de dollars) par an, selon un rapport de l'organe des régulateurs européens des télécoms, le Berec.
Effet de compensation
Mais la part de l'itinérance dans l'activité a largement reculé ces dernières années car les prix des appels et SMS ont baissé de 90 % depuis 2007, alors que ceux des données ont chuté de 96 % depuis 2012 pour un trafic multiplié par 100, selon l'UE. Dans les faits, la situation varie fortement d'un pays à l'autre, entre ceux qui profitent des revenus liés au tourisme, principalement le sud de l'Europe, quand d'autres sont moins concernés, au Nord. « Les pays du Sud, tels que le Portugal ou la Grèce, ont beaucoup de clients de manière fluctuante mais moins d'abonnés, les revenus de l'itinérance permettaient aussi de financer le renforcement du réseau pour faire face aux pics saisonniers », reconnaît Isabelle Jégouzo, cheffe de la représentation en France de la CE.
Le marché de gros, entre opérateurs, a dès lors été l'un des principaux points d'achoppement des discussions, entre ceux qui espéraient des prix élevés et ceux qui voulaient les voir baisser. Ainsi, le prix du gigaoctet (Go) est pour l'instant fixé à 7,70 euros (8,61 dollars), puis il déclinera jusqu'en 2022, avec cependant la possibilité pour un opérateur d'appliquer une surcharge, en accord avec son régulateur, si la perte liée à l'itinérance dépasse les 3 % de son bénéfice net annuel. « Les consommateurs vont prendre l'habitude de consommer de la donnée en Europe et seront (...) sans doute enclins à le faire en dehors également, cela peut compenser une partie des pertes », estime cependant Sylvain Chevallier. C'est aussi le pari fait par Bruxelles, rappelle Mme Jégouzo : « Les prix baissent mais la consommation augmente bien plus. Le gain est là pour les opérateurs. »


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