Faut-il être un doux rêveur aujourd'hui pour croire encore à notre humanité ? Celle qui a permis tant de belles réalisations communes au cours des siècles, y compris dans notre pays ? Si c'est le cas, alors je veux être le rêveur le plus fou, et proclamer une foi inébranlable dans notre capacité à vivre ensemble, à construire un monde où il y aurait de la place pour tous, quelle que soit la croyance religieuse, l'adhésion à un système économique, l'appartenance à une ethnie ou communauté, l'orientation sexuelle, la couleur de peau, etc. La liste est tellement longue, il suffirait de parler de « notre parfaite diversité ». Libérons-nous de cette vision duelle et belliqueuse, qui veut que tout doit se faire dans la confrontation, dans l'imposition d'un point de vue étroit et étriqué, et dans la négation de l'autre.
L'élaboration de ce monde commence certainement par l'acceptation de soi, de ses failles et de ses imperfections, tout comme de ses qualités et forces. Dans ma pratique, je vois régulièrement des femmes et des hommes qui se remettent en question, qui acceptent l'idée qu'ils « ne savent pas », qui expriment leur désarroi face à la difficulté de leur parcours de vie, mais qui décident de travailler diligemment sur eux-mêmes pour avancer sur le chemin de la découverte de soi, et je me dis que nos dirigeants auraient tant à apprendre de ces héros anonymes.
Dans les démocraties qui se respectent, on demande aux responsables politiques et économiques de montrer patte blanche quant à leur probité morale. C'est bien... mais est-ce suffisant ? Ne faudrait-il pas leur imposer une réelle entreprise de travail sur soi ? Tout thérapeute est tenu d'être suivi par un superviseur pour assurer à ses clients qu'il n'outrepasse pas ses prérogatives, qu'il ne dérive pas dans la toute-puissance et la manipulation. Ne devrions-nous pas exiger des personnes qui aspirent aux responsabilités ce même système de garde-fou ? Favorisons un environnement où un responsable politique serait dans l'obligation de puiser au sein d'un groupe de sages un directeur de conscience, un « garant de son humanité ». Imaginons un président ou ministre se rendant toutes les semaines auprès d'un fermier de 70 ans, non pour lui exposer telle ou telle ligne politique, mais pour s'exposer en lui-même dans son humanité la plus profonde, dans un bel exercice d'humilité.
Rêvons un peu !
Psychothérapeute
Nos lecteurs ont la parole - Rony Mecattaf
Faisons un rêve
OLJ / le 08 juin 2017 à 00h00

