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Culture

Wissam Charaf, ses yeux d’enfant et son ovni « Tombé du ciel »...

Rencontre

Il filme le « wazwaz », le plouc, à la Bresson, la vulgarité libanaise avec style et élégance. « Heaven Sent » (projeté au Metropolis Empire Sofil) est aussi un cadeau tombé du ciel pour Wissam Charaf.

25/05/2017

Coécrit avec Mariette Désert, tourné en quinze jours, Tombé du ciel a été sélectionné à Cannes dans la section ACID, consacrée aux films indépendants, au souffle nouveau. Un peu de Tati, un peu de Jarmush, pour cette œuvre et pour Wissam Charaf, qui ne se targue pas d'être metteur en scène ni réalisateur, mais simplement monteur ou encore rêveur, « car je n'aime pas diriger des acteurs mais créer des mondes où ceux-ci puissent y délirer ».

Tombé du ciel suit un ancien milicien supposé mort et disparu depuis plus d'une dizaine d'années, qui revient chez son frère devenu garde de corps d'une chanteuse pop. Est-ce un mort-vivant ? Un fantôme ? Wissam Charaf répond : « C'est un absent qui est aujourd'hui présent, et c'est à partir de là que l'audience construira sa propre trame. Un film en mille feuilles qui semble léger et tranquille, mais dont la densité transparaît à chaque scène. D'apparence ludique, il est bourré de symboles et à plusieurs lectures. Ayant nécessité dix ans de travail, je ne voulais certainement pas qu'on le bouffe en une seule fois. Et de citer Elia Suleiman. « Il est de notre responsabilité publique qu'on fasse des films denses qui se voient en plusieurs fois. »

 

 

 

Comment êtes-vous tombé dans la marmite du cinéma ?
Je n'ai pas poursuivi des études d'audiovisuel, mais je suis un bouffeur de films. J'ai eu donc envie un jour d'en faire moi-même. J'ai commencé à la radio, puis j'ai travaillé au montage pour Arte. Je pense que les astres ses sont alignés à un moment donné lorsque j'ai fait mon premier film. D'ailleurs, a posteriori, je ne regrette pas de n'avoir pas poursuivi des études. Elles sont nécessaires pour être chef opérateur ou monteur, mais pas pour être réalisateur. Il suffit de construire son esprit et de savoir ce qu'on a envie de dire. Tout ceci s'apprend dans les bibliothèques. Lire des livres, voir de l'art et côtoyer des gens, c'est ce qui nourrit l'esprit et vous apprend à vous connaître vous-même.

 

(Pour mémoire : Un court-métrage a sa vie propre)

 

De retour au Liban, êtes-vous tombé de haut ?
Après m'être établi en France et y avoir travaillé (d'ailleurs, je continue à faire des correspondances pour Arte), réalisé quatre courts métrages et un documentaire, je suis revenu au Liban pour des raisons personnelles. Bien que je trouve le pays un peu étriqué, ne permettant pas des rencontres intéressantes, il est néanmoins bigarré et coloré, ce qui est un formidable compost pour faire des films et une grande source d'inspiration pour les scènes.
Les personnages dans le film semblent souvent tomber en arrêt...
Oui, ils sont contemplatifs. Ils sont neutres et observent le monde autour d'eux et son absurdité. Ce sont des buvards. À contempler Raed Yassin de près, qui est pourtant une montagne de chair et une boule de poils, on remarque qu'il a des yeux d'enfant, tout comme le jeune comédien de mon court métrage L'Armée des fourmis, Wissam Farès. La particularité de tous mes comédiens, c'est leur regard d'enfant qui est tout autant le mien.

 

Vos comédiens tombent-ils dans un gouffre, dans une situation dramatique ?
Pas du tout. Je n'aime ni les lamentos sur pattes et les films tire-larmes, ni même les clowns complets rigolos, mais plutôt les clowns tristes. Ces derniers sont les plus proches du désespoir, qui est en général le thème porteur de mes films.

 

Ils sont quasi muets, comme une tombe...
Je n'ai pas voulu un drame social où tout le monde raconte la guerre (qu'on devine en filigrane) et pleure, mais un film métaphore qui décrit non le retour de l'absent, mais du refoulé – celui qui a refoulé toute la guerre, celui qui n'en parle pas... J'ai voulu que la parole se bloque physiquement. Le spectateur découvrira en même temps que l'acteur si Samir est réel ou non.

 

Vous démontez et brisez tous les clichés. Croyez-vous être tombé dans l'excès ?
J'aime me moquer joyeusement de tous ces clichés libanais, car pour exorciser les démons et vaincre le traumatisme, il faut s'en moquer. J'avoue avoir fait la guerre, en 3D. C'est donc un film exutoire et thérapeutique. Et j'espère contagieux...

 

Pour mémoire

La mémoire, ce passé au présent

 

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