Moyen Orient et Monde

Donald d’Arabie à la conquête de l’islam sunnite

Éclairage

Le président américain doit prononcer un discours sur l'islam demain lors d'un sommet à Riyad.

20/05/2017

« En train de me préparer pour mon premier grand déplacement à l'étranger. Je protégerai les intérêts américains avec force – c'est ce que j'aime faire ! » a tweeté hier matin le président américain avant son départ. À l'occasion de son premier voyage officiel à l'étranger, Donald Trump doit se rendre aujourd'hui à Riyad pour rencontrer le roi Salmane avant d'enchaîner demain sur un sommet réunissant près de 55 chefs d'État d'Afrique et du Moyen-Orient. Le choix de l'Arabie saoudite est hautement symbolique. Poids lourd du Moyen-Orient et berceau de l'islam, les relations entre Riyad et Washington s'étaient drastiquement dégradées sous l'ère Obama. La visite de Donald Trump s'inscrit donc dans la continuité du « tournant historique » entamé en mars lors de la venue à Washington du vice-prince héritier, Mohammad ben Salmane.

Ce difficile exercice diplomatique doit ensuite s'étendre sur huit jours au cours desquels le président américain se rendra à Jérusalem, Bethléem, Rome, Bruxelles, et enfin en Sicile. Ce voyage débute dans des conditions particulières alors que Washington fait actuellement face à une crise au niveau national suite aux confidences de Donald Trump sur des informations classifiées à la Russie. La presse s'est empressée de comparer ce déplacement à celui de Richard Nixon en 1974, qui avait été un prétexte pour faire oublier le scandale du Watergate, sans succès.

 

(Lire aussi : Au sommet de Riyad, le début d'une offensive arabo-US contre le Hezbollah)

 

« Combattre la haine et l'extrémisme »
Au-delà de la sphère interne, les regards du monde entier sont tournés vers le président américain pour ce premier périple. Débuter par Riyad marque aussi l'occasion d'arrondir les angles avec ses alliés au Moyen-Orient, peu rassurés par ses discours de campagne. C'est dans ce contexte que le président américain s'apprête à prononcer un discours sur l'islam devant plus de 50 chefs d'État musulmans. Son allocution devrait refléter ses « espoirs » pour une « vision pacifique » de la religion et sur « la nécessité d'affronter les idéologies radicales », selon le général H.R. McMaster, conseiller de M. Trump à la Sécurité nationale.
« Je les appellerai à combattre la haine et l'extrémisme », a également assuré le dirigeant américain.

L'ironie de la situation dans laquelle se trouve M. Trump est difficile à ne pas soulever. Ce dernier s'est de nombreuses fois illustré pendant sa campagne électorale et après son investiture par des propos islamophobes, estimant que les musulmans sont « un problème ». Peu après la tuerie d'Orlando, celui qui pense que « l'islam hait » les États-Unis avait notamment proposé de profiler les personnes de confessions musulmanes pour lutter contre le terrorisme. Mais c'est avec la promulgation du Muslim Ban interdisant l'entrée aux ressortissants de six pays musulmans qu'il s'est attiré les foudres de la communauté au Moyen-Orient et dans le monde.

 

(Lire aussi : Et la puissance, alors ?... L'édito de Issa GORAIEB)

 

Risque de faux pas diplomatique
L'enjeu est donc de taille. « L'objectif de ce discours pour Donald Trump est de ne pas perdre en crédibilité », explique Nicholas Dungan, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques et spécialiste des États-Unis. Mais le président américain est connu pour son instabilité et « on ne sait jamais ce que va dire Donald Trump même s'il est supposé lire un texte », observe le chercheur, interrogé par L'Orient-Le Jour. Connu pour ses commentaires spontanés, le locataire de la Maison-Blanche n'est pas à l'abri d'un faux pas diplomatique. « M. Trump est porteur de mauvaise chance », ironise le spécialiste. Quel que soit le contenu de ses propos, son discours sera nécessairement comparé à celui qu'avait tenu Barack Obama au Caire en 2009.

Dans une longue allocution intitulée Un nouveau départ, le prédécesseur de M. Trump avait tendu la main aux peuples musulmans dans une tentative de réconciliation après le bilan désastreux de l'administration Bush au Moyen-Orient. Mais les personnages sont aux antipodes l'un de l'autre. « Obama avait été éloquent, sa rhétorique et ses idées étaient bonnes, même si les choses ont très peu changé ensuite », estime M. Dungan. « Si le discours de M. Trump est celui d'une réconciliation, personne ne le croira. Il a déjà propagé trop de haine et de préjugés sur les musulmans », précise-t-il. Le contexte de cette visite est cependant bien différent de celui de 2009. M. Trump, dont la devise est America first, devrait en profiter pour tenter de rassurer ses alliés dans la région et insister sur la lutte commune contre l'État islamique.

 

Message à l'Iran
L'Arabie saoudite, elle, est prête pour l'événement. Le cheikh Saleh ben Hamdi, l'imam de La Mecque, a béni hier le sommet de demain, réunion qui « rassemblera des frères et amis » dans le pays « porteur de la bannière de l'islam ». Durant son prêche, il a également demandé aux dirigeants qui y participeront de « faire preuve de réalisme, de mettre les points sur les "i" et de souligner l'impact négatif des ingérences dans les affaires de la région ». Il a aussi appelé a « réfréner le chaos armé provoqué par des terroristes et leurs parrains ». Faisant référence à l'Iran, ce sommet marque l'occasion pour le royaume de s'imposer face à son rival, dans la lutte contre le terrorisme. C'est un « message au régime iranien radical qu'il aura contre lui un consensus mondial et un accord global entre les États-Unis et les mondes arabe et musulman », souligne à l'AFP Salman al-Ansari, président du Saudi American Public Relation Affairs Committee (Saprac). L'objectif du dirigeant saoudien est d'inclure Washington pour « forger une alliance panislamique voulue comme un rempart contre le jihadisme et l'Iran », précise à l'AFP Andreas Krieg du King's College de Londres.

L'administration Trump, pro-israélienne et sur la même ligne que celle de Riyad sur la question iranienne, cherche à contrer l'expansion iranienne au Moyen-Orient, alors que Barack Obama s'était efforcé de normaliser les relations entre les deux pays.

 

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Talaat Dominique

dites , la femme et la fille de Trump, sont bien SANS VOILES.
comment ! que vont dire les gens qui ont critiqués Marine Le Pen, qui a refusé de se voiler !
grand silence

Jaber Kamel

Conquête ? ????????????????????

aliosha

Parler de conquete ? quelle conquete ? des pays dirigés par des familles illegales degenerees , ou par des zombies ( elu : Algerie ). Comment peut on faire des references ? Pour une fois ils n'ont qu'a voire les elections libres d'Iran ,ca doit etre qu'ils ont peur des resultats
Qu'ils fassent des elections chez eux ( les 55 dirigents ) toute opposition risque d'avoir la tete coupée .
Ils veulent combattre l'extremisme , mais l'extremisme et le barbarisme c'est eux ..
Merci Israel et Etats Unis ....

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA ROUE A TOURNE ! LE MASTODONTE ET SON AXE ARABO-ISLAMIQUE REPRENNENT EN MAIN LEUR VRAI ROLE DANS LA REGION AU DETRIMENT DE L,AXE PROVOCATEUR DES PSEUDOS MOUMANA3ISTES...

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