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Économie

Le Liban est-il prêt pour la reconstruction de la Syrie ?

Conférence

Certains observateurs craignent que les faiblesses structurelles de leur pays pénalisent les entrepreneurs libanais qui lorgnent vers leur voisin du nord.

19/05/2017

Alors qu'un nouveau cycle de négociations pour mettre fin à la guerre en Syrie lancé mardi à l'initiative des Nations unies a débouché hier sur une proposition de discussions sur des questions constitutionnelles (voir page 7), les Libanais continuent de ronger leur frein en attendant le coup d'envoi de la reconstruction de ce pays en conflit depuis 2011.

Le Liban possède de nombreux avantages stratégiques – notamment sa proximité géographique avec la Syrie – par rapport aux autres pays qui lorgnent ce chantier à plus de 200 milliards de dollars – selon les estimations faites en 2016 par le président syrien, Bachar el-Assad. Mais ces atouts pourraient être inopérants si le pays du Cèdre « n'est pas prêt » au moment où le feu vert pour la reconstruction sera donné, a estimé mercredi l'ancien ministre de l'Économie et du Commerce, Nicolas Nahas, lors du 22e Salon professionnel BTP Project Lebanon, qui se déroule du 16 au 19 mai au BIEL, à Beyrouth.

 

Télécoms et infrastructures pétrolières
S'exprimant dans le cadre d'une conférence en marge du Salon consacrée aux « opportunités et défis du Liban dans la reconstruction de la Syrie », – un thème abordé lors de la précédente édition de cette manifestation –, M. Nahas a notamment regretté que « le gouvernement n'ait toujours pas élaboré de stratégie » pour optimiser les bénéfices que le pays pourrait tirer. « Certains projets existent, comme la construction d'une zone économique spéciale (ZES, qui est en phase de recherche de fonds) à Tripoli ou le projet de pôle industriel dans la Békaa (l'une des trois zones que le gouvernement projette de construire d'ici à 2020) », mais « pas de vision globale » pour permettre au Liban de jouer le rôle de plaque tournante, ajoute-t-il.

Et ce n'est pas faute d'opportunités. « Les entrepreneurs libanais peuvent apporter leur contribution à la Syrie dans de nombreux secteurs comme l'immobilier, les services bancaires, la santé ou l'éducation », a énuméré de son côté l'économiste Jassem Ajaka. « La Syrie va d'abord avoir besoin de développer ses télécommunications et ses infrastructures pétrolières », indique de son côté à L'Orient-Le Jour Habibollah Mozaffari, un entrepreneur iranien spécialisé dans les solutions en alimentation électrique. « La stratégie du gouvernement devra également inclure un volet financier qui tienne compte du fait que le régime syrien ne pourra certainement pas financer tous les projets lui-même », a poursuivi pour sa part M. Ajaka.

Mais cet effort de planification n'est pas suffisant pour M. Nahas, qui considère que le Liban doit également lancer des réformes afin d'améliorer sa « compétitivité » et sa « transparence » pour pouvoir avoir un rôle à jouer en Syrie. « Le climat des affaires au Liban ne s'est pas amélioré depuis les années 90, notamment parce qu'il n'y a pas de continuité de l'action publique », a-t-il lancé, reprenant les principales conclusions du dernier rapport de la Banque mondiale sur l'économie libanaise, publié en avril. Un constat globalement partagé par le chef de l'équipe dédiée à la reconstruction de la Commission économique et sociale pour l'Asie occidentale (Escwa), Ahmad Sikh Ebid, et le premier agent chargé des affaires économiques au sein de cette organisation, Salim Araji, tous deux présents à la conférence. « La reconstruction doit également être l'occasion pour la Syrie de se réformer pour éviter de retomber dans les mêmes travers qui ont provoqué l'implosion du pays », a noté pour sa part Rabih Nasr, chercheur au Centre syrien pour la recherche politique.

Tous les intervenants à la conférence se sont enfin accordés sur la nécessité pour les gouvernements libanais et syrien de laisser le secteur privé assumer la plus grande part dans la reconstruction en partenariat avec leurs institutions. Un message qui semble avoir été bien reçu par le ministre libanais de l'Industrie, Hussein Hajj Hassan, et certains responsables syriens, qui ont invité les hommes d'affaires libanais à participer à la reconstruction de la Syrie, hier lors d'une réunion organisée à Beyrouth pour présenter la troisième exposition pour la reconstruction de la Syrie qui se tiendra du 19 au 23 septembre à la Foire de Damas.

 

Pour mémoire

La reconstruction de la Syrie guettée par les entrepreneurs libanais

Hajj Hassan mise déjà sur la reconstruction en Syrie

Reconstruire la Syrie, un préalable nécessaire au retour de la paix

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Sam

Quelle crédibilité pour le liban sans infrastructures performantes depuis si longtemps?
Sans véritables députés et gouvernance.
En attendant je crains que la reconstruction syrienne ne soit qu'un mirage de plus ...

waegnoor

Avant d aller reconstruire chez les autres tous ces Messieurs devraient de concentrer sur tout ce qu'il y a à construire dans notre Cher Liban ne trouvez vous pas ! Dommage

Irene Said

Quand les dollars sont en jeu, tout-le-monde il est beau...tout-le-monde il est d'accord...tout-le-monde il est prêt à travailler...
hourrah !!!
Irène Saïd

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